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Tuer une série en 5 étapes (ou comment précipiter une douloureuse agonie) – par whisperintherain

Tuer une série en 5 étapes (ou comment précipiter une douloureuse agonie) – par whisperintherain

Par whisperintherain

Si l’on devait compter les séries dont la production s’est faite sans accroc tout au long de leur existence, je ne suis pas certain qu’on en trouve des masses. Comme nous avons tous pu le constater au fil des saisons, il faut parfois faire preuve de beaucoup de tolérance et d’indulgence pour pardonner les travers auxquels succombent plus souvent qu’à leur tour certaines productions. Pour ce dernier article au Daily Mars, je vous propose donc aujourd’hui un petit tour d’horizon de ces égarements qui jalonnent la vie d’une série, au point que seuls ses plus fervents admirateurs lui restent fidèles d’un bout à l’autre…

1. Les changements de scénaristes

« I have to go back »

Parce que c’est toujours des mouvements au sein de l’équipe créative que dépend la cohésion de l’ensemble, on déplore hélas trop souvent de voir des scénaristes contraints de se plier aux exigences des chaînes quitte à dénaturer leur vision de l’œuvre. L’industrie du divertissement est, il n’est jamais superflu de le rappeler, avant tout autre chose, une industrie.

C’est ainsi que des différends artistiques ou des considérations budgétaires amènent malheureusement trop souvent un créateur à quitter le programme qu’il avait conçu. Une fois un succès établi, aucun scrupule à remplacer un showrunner jugé trop protecteur de sa vision de l’avenir du programme par un autre moins impliqué émotionnellement et qui sautera sur l’occasion d’apporter sa pierre à l’édifice pour un salaire moins conséquent.Résultat des courses ? Crise identitaire de la série et continuité mise à mal à prévoir.

Pour citer un exemple récent, considérons le cas de Community, qui après une saison 4 en dents de scie sous la houlette de Moses Port et David Guarascio reprend du poil de la bête grâce au retour de Dan Harmon pour la cinquième. Notons déjà que nous sommes face à une exception, car les showrunners débarqués reprennent rarement la tête du programme dont on avait fait une simple formalité de les éjecter. Toujours est-il que si, artistiquement parlant, Community semble revenir dans le droit chemin, le pari n’est pas encore gagné : les audiences de la série, qui n’ont certes jamais été mirobolantes, n’ont pour l’instant connu qu’une légère remontée.

Dans le même ordre de procédé douteux pour adoucir les mœurs sur les plateaux de tournage et raviver l’intérêt du public, il est parfois décidé de procéder à une restructuration de l’œuvre pour tenter de corriger ses imperfections les plus flagrantes et de redorer son blason, mais force est de constater que les résultats sont souvent peu concluants. Ainsi, la mise à l’écart de Theresa Rebeck, créatrice de Smash et son remplacement par Joshua Safran, ancien scénariste de Gossip Girl, avant la mise en route de la seconde saison seront peine perdue : la série s’effondre dans les audiences et sort par la petite porte, reléguée à un créneau de la mort le samedi soir par une chaîne qui n’y croit plus.

 

2. Les intrigues sans résolution

« Oh-oh, yes… I’m the great… Pretender »

Quoi de mieux pour avoir l’impression d’avoir perdu un temps considérable à suivre une série qu’un épisode final qui laisse le téléspectateur en suspens ? Je ne parle pas tant ici des productions qui ne décollent jamais d’audiences anémiques, dès le départ, et s’achèvent dans l’indifférence générale au bout des 13 épisodes de la commande initiale – voire moins en cas de déprogrammation anticipée – mais bel et bien de ces séries dont le public s’est désintéressé au bout de plusieurs saisons, et qui n’offrent pas à ceux qui sont restés une conclusion digne de ce nom. La frustration de l’inachevé laisse irrémédiablement un goût amer. Qu’elle résulte d’une indécision de la chaîne, incapable de trancher sur l’avenir d’un programme alors qu’il est encore en cours de production et qu’il est encore possible de lui donner une vraie fin ou d’un excès de confiance des scénaristes, qui jouent un coup de poker en pensant reconquérir leur public à la dernière minute avec un rebondissement qui amène plus de nouvelles questions qu’il n’apporte d’éléments de réponse à celles laissées en l’air.

Un exemple frappant : après l’annulation surprise de la série par NBC, la chaîne câblée TNT commande deux téléfilms censés conclure Le Caméléon en 2001. Mais les scénaristes font du zèle, encouragés par les bonnes audiences du premier et font le choix délibéré de ne pas résoudre l’intrigue une bonne fois pour toutes dans le second. Mauvaise pioche, car il n’y aura jamais de troisième téléfilm pour mettre un point final à la série et ce n’est qu’en 2013 que les scénaristes annonceront une suite… sous forme de romans. Certains diront que ça vaut mieux que rien, mais difficile de faire plus insatisfaisant !

 

3. Le recasting

« Ah ! Quel plaisir de s’installer devant un épisode qu’on a attendu avec impatience depuis la diffusion du précédent pour découvrir avec stupeur qu’un de nos personnages favoris a changé de tête en notre absence ! » – Personne, jamais.

On ne va pas se mentir, dans n’importe laquelle des situations évoquées aujourd’hui, le téléspectateur est toujours perdant, mais s’il y a bien un domaine où personne n’a rien à gagner, c’est bien le recasting ! Et pourtant, c’est une pratique profondément grossière qui refuse de mourir.

Il arrive malheureusement qu’un acteur décide de quitter une production pour aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs ou soit tout bonnement remercié pour ses services suite à un différend salarial ou encore, pour ceux qui n’ont qu’un statut récurrent et donc pas de contrat sur le long terme avec la production de la série, que des incompatibilités de calendrier de tournage entrent en jeu et rendent son retour impossible. Trop souvent, au lieu de se passer du personnage et de se concentrer sur les autres ou d’en introduire un nouveau pour occuper une fonction similaire au sein de la série, les producteurs choisissent de s’en référer au bon vieil adage selon lequel personne n’est irremplaçable et engagent le premier venu pour endosser un rôle rendu populaire par un autre interprète.

« A moi de jouer, maintenant ! »

La crédibilité de l’univers de la série en prend forcément un coup et personne n’en retire le moindre bénéfice. Le téléspectateur a besoin de temps pour faire son deuil du premier acteur et s’habituer au nouveau venu. De surcroît, il apprécie rarement d’être pris pour un imbécile quand le scénario fait totalement abstraction du remplacement et lève les yeux au ciel quand on lui fait le coup de l’opération de chirurgie esthétique suite à un terrible accident dont a réchappé le personnage concerné. On trouve les deux exemples dans Dynastie où tous les enfants adultes de Blake Carrington ont été remplacés successivement.

Il y a aussi le recasting paresseux : celui qui survient immédiatement après le tournage du pilote, mais parce qu’on considère l’opération trop coûteuse, celui-ci est diffusé comme tel sans qu’on ait pris la peine de refaire les scènes du personnage concerné ! Un exemple récent : le rôle d’Hillary dans Trophy Wife, incarné par Gianna LePera dans le pilote et récupéré par Bailee Madison dès le second épisode.

Outre la frustration du téléspectateur, les deux interprètes concernés n’en tirent pas meilleur parti : ils feront l’objet de comparaisons permanentes pendant tout le reste de la série. On demandera régulièrement au premier ce qu’il pense du travail du second, alors que peu nombreux sont ceux qui poussent le masochisme jusqu’à regarder une série dont ils ont soit claqué la porte soit été évincés. Le second se verra interrogé sur ce qu’il a gardé du travail du premier et sera contraint d’user d’une langue de bois à toute épreuve pour éviter de s’attirer les foudres d’un public déjà peu enclin à l’accueillir à bras ouverts.

Enfin, et c’est sans doute là l’effet le plus sournois du recasting : il entraîne presque systématiquement une redirection de l’écriture du personnage, qui s’appuie de plus en plus sur ce que le nouvel interprète apporte au rôle en gommant progressivement les traits qui faisaient de celui auquel on l’avait initialement confié la personne idéale pour l’incarner.

Je reconnais cependant qu’il arrive parfois qu’un recasting soit réussi – je ne citerai que l’exemple bien connu du remplacement de Dick York par Dick Sargent dans Ma sorcière bien-aimée– mais on conviendra que la pratique demeure douteuse et délicate.

 

4. Même acteur, personnage différent

L’effet inverse du recasting, sans doute moins visible pour le téléspectateur occasionnel, est en ce qui me concerne tout aussi agaçant. Je ne parle pas de ces séries qui nous font le coup du sosie,  un classique du soap opera qui intègre à l’intrigue cette confondante ressemblance entre deux personnes qui n’ont aucun lien de parenté, mais bien d’une pratique plus usitée par les formula shows qui consiste à engager à répétition les mêmes comédiens pour incarner des personnages différents. C’est indubitablement considéré comme plus acceptable et c’est plus facilement raisonné par le fait de se dire que la production a privilégié l’efficacité en rappelant quelqu’un qui avait eu l’occasion de lui prouver son professionnalisme au cours d’une précédente collaboration, mais c’est quand même quelque chose qui nuit à la cohésion de l’œuvre dans son ensemble, en plus de donner l’impression que l’industrie du divertissement fonctionne en circuit fermé.

Dans un milieu professionnel où il y a énormément d’appelés pour très peu d’élus, je trouve personnellement aberrant qu’on revienne chercher les mêmes personnes pour tenir divers rôles dans une même continuité alors que nombreux sont ceux qui n’attendent que l’occasion de montrer à la caméra de quoi ils sont capables entre le service du midi et le service du soir.

Cette pratique ne date certes pas d’hier, mais n’allez surtout pas croire qu’elle se limite aux productions qui ne se doutaient pas de la pérennité du programme à une époque où les rediffusions étaient rares et la commercialisation des séries sur le marché de la vidéo relevait de l’impensable. De séries cultes comme Star Trek aux procedurals qui composent la majeure partie de la grille de CBS – la franchise CSI en tête, les exemples sont nombreux, et c’est toujours aussi troublant. (1)

 

5. Une diffusion en dépit du bon sens

Don’t trust the B—-, la preuve qu’il n’y a pas que les français pour diffuser des séries dans le désordre

Parmi les joies de la sériephilie, je m’en voudrais d’omettre de citer le casse-tête auquel certaines chaînes prennent un malin plaisir à nous soumettre depuis quelques saisons : si tu veux comprendre quelque chose à la continuité de ce machin qu’on diffuse pour faire le lien entre les pages de publicité, amuse-toi donc à remettre les épisodes dans le bon ordre !

Ça pourrait paraître logique, comme ça, de suivre le déroulement chronologique de l’intrigue pour s’assurer de fidéliser la clientèle d’une semaine sur l’autre, mais visiblement, il doit y avoir une partie du message qui ne parvient pas au cerveau des programmateurs.

C’est tellement plus amusant de choisir de diffuser tout ça n’importe comment, sans se soucier de la progression naturelle de l’intrigue et des personnages pour mieux pousser des cris d’orfraie quand les rapports d’audience arrivent sur les bureaux !

Ces derniers temps, c’est principalement ABC qui nous a fait le coup, notamment avec feu Don’t Trust the B—- in Apartment 23, achevée en deux saisons avec un total de 26 épisodes alors qu’elle était considérée comme l’une des nouveautés les plus prometteuses de la saison 2011-2012 par la presse à l’issue de la saison des pilotes. Les plus téméraires peuvent témoigner de l’enfer que ce fut de remettre tout ça dans le bon sens !

Cette année, la chaîne nous refait le coup avec Super Fun Night, qui pour sa part, avait reçu un accueil nettement moins favorable de la part des journalistes. Ils n’ont pas aimé le pilote ? Eh bien soit, commençons donc la diffusion par le second épisode ! Et pour ceux qui, comme moi, en ont marre d’être pris pour des quiches, pas de panique ! Prenez votre mal en patience et respirez un bon coup. Le pilote a bel et bien été diffusé ultérieurement… deux mois après le lancement de la série, en guise de huitième épisode, histoire de s’assurer que le début arrive en plein milieu comme un cheveu sur la soupe, bien entendu ! Tout va bien !

 

Si avec tout ça, vous n’avez pas encore la conviction qu’il faut avoir le cœur bien accroché quand on est amateur de séries, je vous laisse volontiers le champ libre dans les commentaires ci-dessous pour me faire part des autres fléaux auxquels le genre est régulièrement exposé. Et profitez-en donc pour évoquer vos souvenirs les plus traumatisants de séries dont vous regrettez que la trajectoire ait dévié en cours de route, je suis sûr qu’elles sont hélas plus nombreuses que vous ne le pensez de prime abord.

(1) Je vous invite à consulter, en anglais, l’excellent article « You LookFamiliar » de TV Tropes sur le sujet.

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