Un air différent (critique d’Oxygène, de Hans Van Nuffel)

Un air différent (critique d’Oxygène, de Hans Van Nuffel)

Le 12 octobre prochain, pas moins de 20 films nouveaux sortiront sur les écrans français. Parmi les poids lourds : Beur sur la ville (pas vu), Les Trois Mousquetaires (pas vu), The Thing (vu et pas si mal) et surtout, The Artist (vu et très bien). Et parmi les poids plume (en termes marketing), je ne saurais trop vous conseiller d’aller voir Oxygène, du réalisateur belge Hans Van Nuffel. Explications !

A priori, Oxygène a tout pour étouffer sous la domination sans partage du bulldozer The Artist. Un sujet plombant : le combat quotidien d’un jeune homme, Tom, atteint par la mucoviscidose. Un tout petit budget. Un casting d’inconnus. Une langue peu familière – le flamand. Pas ou peu de promo dans les médias. Un parrainage par des associations engagées dans la lutte contre la maladie… STOP, REVENEZ !

Sans hurler au chef-d’œuvre, car ce film a ses défauts, voilà une œuvre surprenante qui mériterait amplement d’attirer votre attention et ne pas sombrer dans les tréfonds du box-office dés ses premières séances. Et c’est un fan de blockbusters US (enfin les bons, hein) qui vous parle, camarade fanboy, ne l’oublie pas ! En rentrant dans la salle de projection, je redoutais le pénible mouroir dramaturgique dont la sinistrose rampante n’aurait d’égal que la mocheté formelle. Raté ! Oui, le ton d’Oxygène est (forcément) grave, le contraire serait tout de même un peu obscène sur un tel sujet. Et pourtant : le traitement n’est jamais mortifère. Et Oxygène ressemble bien à un film de cinéma, pas une purge tire-larmes pour soirée Téléthon.

Tom (Stef Aerts) et son voisin de chambre, le frimeur Xavier (Wouter Hendricks) : deux destins liés jusqu'au bout.

Refusant le misérabilisme, Hans Van Nuffel, qui signe ici son premier long métrage et a co-écrit le scénario, nous met rapidement dans sa poche grâce à des personnages attachants et campés par d’excellents acteurs, tous justes : le jeune Tom (Stef Aerts), son voisin de chambre d’hôpital Xavier (Wuter Hendrickx), son amie Anneleen (Marie Vinck) ainsi qu’Eline, atteinte d’une infection pulmonaire grave et mise en quarantaine, avec laquelle Tom va entamer une drôle d’idylle.

Ce n’est pas un hasard si Oxygène a déjà remporté quelques prix dans plusieurs festivals dont, l’an dernier, le Grand Prix des Amériques au Festival des Films du Monde de Montréal (présidé alors par le réalisateur danois Bille August, palmé d’or à Cannes en 1988 avec Pelle le conquérant). Le rythme du récit est fluide, la photo soignée, la mise en scène ne manque pas de punch, on ne s’ennuie jamais et surtout, l’humour et la vivacité des dialogues offrent un bol d’air salvateur au spectateur. On apprécie de voir des personnages qui malgré leur destin et ses contraintes, malgré l’obstruction de leur avenir par leurs propres gènes, ne se comportent jamais en victimes. Ils se révoltent, se dépensent, décochent un chapelet de vannes, vivent leur vie à 100 à l’heure, font des projets fous et, grâce à l’amour de leurs proches et les efforts de la science, repoussent au maximum la détérioration de leur condition. Même si l’on en apprend beaucoup sur « la muco » et le vécu quotidien des patients, ce sont ces protagonistes, et pas la maladie, qui sont bel et bien les héros d’un film résolument optimiste malgré une dernière bobine, avouons le, éprouvante.

Eline (Anemone Valcke) et Tom : l'amour, entre autres, comme raison de vivre

Pas de violons grossiers cependant, pas de pathos déplacé, juste une émotion sobrement distillée. En sortant de la salle, la satisfaction d’avoir découvert une œuvre sincère et digne, qu’on emporte assurément avec soi. Donc voilà. Cette semaine, une très belle autoroute vous attend : elle s’appelle The Artist et pour l’avoir empruntée, je confirme qu’on y roule avec beaucoup de plaisir. Mais si l’envie vous prend de bifurquer vers un itinéraire bis et respirer aussi un autre air, traquez les quelques salles de cinéma dans lesquelles il sera distribué et donnez sa chance à Oxygène. Pas seulement parce qu’il vous fera porter un regard moins apitoyé sur les personnes atteintes de mucoviscidose. Pas seulement non plus parce qu’au travers de ces belles âmes que sont Tom, Walter, Anneleen et Eline, il délivre un message humaniste sur cette vie qui, quoi qu’il arrive, mérite d’être vécue. Non : il faut aller voir Oxygène en salles tout simplement parce que c’est un bon film.

 

End of transmission…

POUR EN SAVOIR PLUS : Oxygène,  le site officiel. Pour info : afin de donner un coup de pouce au film, une avant première publique parisienne a lieu ce lundi soir, 26 septembre, à 20h,  au cinéma Lincoln, en présence de l’équipe. Si mon post vous a un tant soi peu motivés, rendez-vous sur le site pour les détails !

 

Bande-annonce :

OXYGENE, de HANS VAN NUFFEL (1h38). Sortie nationale le 12 octobre.

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