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Un dernier pour la route (critique de Fast & Furious 7, de James Wan)

Un dernier pour la route (critique de Fast & Furious 7, de James Wan)

Note de l'auteur

f&f7afficheIl était particulièrement attendu vu les circonstances tragiques de son tournage et l’arrivée de James Wan au poste de réalisateur, après trois volets consécutifs signés Justin Lin. Résultat : une meilleure tenue de route que le précédent film tout en restant fidèle aux figures imposées débilitantes de la franchise.

RESUME

Ex-membre incontrôlable des forces spéciales britanniques, l’impitoyable Deckard Shaw (Jason Statham) traque les membres de l’équipe de Dom Toretto (Vin Diesel) avec un seul objectif :  une vengeance aveugle contre ceux qui ont fait tomber son frère Owen lors de leur dernière mission.

Après avoir éliminé Han (Sung Kang) à Tokyo, Shaw et ses sbires s’en prennent à Hobbs (Dwayne Johnson) à Los Angeles, avant de faire exploser la maison de Toretto, manquant de peu de tuer ce dernier, sa soeur Mia (Jordana Brewster), Brian et leur jeune fils. Pour coincer l’insaisissable Shaw, Dom et Brian n’ont pas d’autre choix que d’accepter le marché que leur propose le mercenaire barbouze « Mr Nobody » (Kurt Russel) : l’aider à récupérer un prototype de géo-localisation révolutionnaire convoité par le terroriste Jakande (Djimon Hounsou) et en échange bénéficier du joujou pour retrouver la trace de Shaw et l’éliminer.

Une nouvelle aventure pour Dom, Brian, Letty (Michelle Rodriguez), Roman (Tyrese Gibson) et Tej (Ludacris) qui va les mener jusqu’à Abu Dhabi en passant par l’Azerbaïdjan… avant une confrontation finale à L.A.

 

Eclats de rires et gloussements, interjections diverses, applaudissements nourris… La projection de presse unique de Fast & Furious 7, ce matin à Paris, s’est passée comme sur des roues à jantes en alliage 20 pouces. Dans une salle étonamment clairsemée malgré les “invitations Facebook” lancées par le distributeur, un public visiblement conquis d’avance vrombissait littéralement devant le spectacle cartoonesque des péripéties de la bande à Toretto.

Faut dire que ce 7e volet porte-poisse, endeuillé par la mort tragique de Paul Walker en plein tournage le 30 novembre 2013, était vivement attendu au virage en épingle à cheveux par les fans au vu de sa potentielle charge émotionnelle. Et surtout après une médiocre sixième virée, appelant un redressement impératif pour renouer avec le rythme plus alerte du 5e opus. Angoisse au démarrage :  Furious 7 consterne pendant ses 20 bonnes premières minutes. Proprement catastrophique, son prologue dégouline de ce que la saga peut offrir de pire : une première séquence avec Jason Statham filmée/montée à la Snatch, suivie par une visite thérapeutique de Vin Diesel et sa Rodriguez dans une course de bagnoles, ouvrant le cahier des charges “popotin/vroum/tuning/areuh” de la franchise.

FF7bandeLa suite ne change pas un seul écrou à la mécanique parfaitement huilée du système Fast & Furious : succession de plans sur des cul féminins en bikini ou mini short (par au dessus, par en dessous, de trois-quart biais…), misogynie banalisée réduisant la femme à l’alternative incontournable maman/putain-objet, confusion entre émotion et soap putassier, lavage des synapses à base de montage surdécoupé et de B.O saturée de basses, ambition scénaristique au ras du gravier, violence cartoon sans impact de balles et où deux montagnes de muscles (les personnages de Diesel et Statham) peuvent se tabasser pendant 10 minutes sans la moindre marque ou presque sur le visage…. Fast and Furious, comme Transformers, c’est toujours la lie du blockbuster d’action, la célébration de la régression mentale de ce genre jadis anobli par McTiernan, Cameron ou Verhoeven. Sous les vivas d’une élite complice, les films racoleurs produits par l’abrutisseur de masses Neal H. Moritz ont réussi à faire le trait d’union entre beauferie sans complexe et hyper spectacle consommable en mode méta.

FF7dometroriguezJ’aurais pourtant l’air d’un fieffé hypocrite si je n’avouais pas moi-même avoir pris, à au moins trois reprises, un certain plaisir primal devant les trois “morceaux de bravoure” du film : une course poursuite multi-bolides dans les montagnes d’Azerbaïdjan, un casse perpétré par la team au sommet d’une tour d’Abu Dhabi se soldant par une partie ahurissante de “saute gratte-ciel” en bagnole et un final transformant le centre-ville de L.A en zone de guerre. Inutile de détailler davantage l’invraisembable empilement de surenchère généreusement dispensé, vous irez le consommer en salles ce sera plus simple. Oublions la moindre notion de suspense lors des séquences sus-mentionnées : dans Fast & Furious, comme dans un Bugs Bunny, personne ne meurt jamais ou alors sous forme de dérogation très spéciale. Et puisque tout, absolument tout est physiquement possible (y compris cavaler à flanc de car pour échapper à la chute de ce dernier au fond d’un précipice), on ne ressent JAMAIS le danger, la menace, le péril. Juste un amusement gonflé d’adrénaline, comme dans un Grand 8. Ou éventuellement devant une vieille bande d’Harold Lloyd. Au crédit du film, on est venu pour ça et « ça » nous est donné.

James Wan et son armada de cascadeurs se sont réellement mis une pile pour ne pas décevoir en terme de “toujours plus”, tandis que les répliques bien burnées de The Rock font toujours leur petit effet badass Audiardo-Seagalesque – “Je vais te casser ce doigt en six et te le carrer là où le soleil ne passe pas”… waouh ! N’oublions pas un Kurt Russell quant à lui plutôt fringuant et assurant le show sans effort.

FFtherockEntre deux scènes de tôle froissée fonctionnant comme la baise dans un porno, les scénaristes font de leur côté comme il peuvent pour donner vie à leurs stéréotypes sur pattes et comme attendu, ça niaisoise pied au plancher à grand renfort de phrases dignes des Anges de la Télé-Réalité. Jusqu’à l’hommage inévitable au cher disparu, à la fois balourd mais légitime, sincère et émotionnellement plutôt payant, allez… De toute manière, plus encore que pour n’importe quel autre blockbuster, toute tentative critique rationnelle de Fast & Furious 7 s’avère aussi vaine que d’essayer de faire jouer correctement cette tarte molle d’Elsa Pataky. Réjouissons-nous que ce 7e F&F se situe au moins à peu près au même niveau que le 5e : con, beauf MAIS bien torché lorsqu’il s’agit d’appuyer sans complexe sur le champignon. Une virée d’adieux pas trop honteuse pour son héros martyr. De la à battre des mains à tout rompre au générique de fin, faut pas pousser non plus…

Fast & Furious 7, de James Wan. Avec : Paul Walker, Vin Diesel, Dwayne Johnson, Michelle Rodriguez. Sortie salles le 1er avril.

 

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