Un homme parfait : une mort qui n’en vaut pas la peine

Un homme parfait : une mort qui n’en vaut pas la peine

Note de l'auteur

Un homme veut obliger sa future ex à libérer la maison conjugale, et la menace, si elle n’obtempère pas rapidement, de récupérer la garde de leur fils. Une machination cousue de fil blanc, prévisible et sans intérêt, comme (presque) tout dans ce premier roman de Jo Jakeman.

L’histoire : Imogen vit seule avec son petit garçon, Alistair. Phillip, son ex, vit désormais avec une nouvelle compagne. Le divorce n’est pas encore tout à fait signé, mais Phillip lui impose soudain de quitter leur ancienne maison commune. Si elle ne s’exécute pas, il réclamera la garde de leur fils. Imogen part sur le sentier de la guerre, d’abord timidement, puis plus brutalement, et trouvera une aide inattendue en la personne de l’ex précédente de Phillip… et de sa nouvelle “recrue”.

Mon avis : Le titre français est d’une platitude absolue. Au Royaume-Uni, le titre original, Sticks and Stones, fait référence à l’expression « Sticks and stones may break my bones but names will never hurt me », une réplique (un peu datée) à toute tentative de bullying dans les cours de récré britanniques. En gros : tu peux me blesser physiquement, mais tes paroles ne me feront pas souffrir. Un titre nettement plus évocateur et en lien avec le livre, où beaucoup tournent autour de la parole et de ses effets sur la narratrice.

Signalons qu’aux États-Unis, on a préféré un titre plus direct, centré sur les femmes de l’histoire : The Exes’ Revenge, autrement dit « la revanche des ex ». C’est idiot, réducteur et franchement risible, mais au moins, cela parle des personnages féminins. En France, on joue sur l’homme avec (peut-être) une touche d’ironie… À vous de juger.

Un homme parfait, cela m’évoque d’abord La Mère parfaite, un thriller bien raté publié voici quelques temps chez Les Escales. Les mêmes défauts s’y exprimaient déjà. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agissait du premier roman publié par son auteure, ils traitaient tous deux de femmes confrontées à l’adversité et tentant de protéger leur progéniture, et ils n’ont que très, très peu d’intérêts.

Le présent livre de Jo Jakeman est un peu mieux écrit que celui d’Aimee Molloy, mais ce n’est guère un exploit. Plusieurs éléments rappellent également des romans de Stephen King, notamment Jessie (et son épouse menottée au lit : ici, le mari menotté dans la cave). Mais Jakeman n’atteint jamais le niveau d’écriture et la profondeur des personnages du Roi de l’horreur.

Car c’est bien là que pèche Un homme parfait : les persos n’ont quasiment aucune épaisseur. Le récit est mené à la première personne par Imogen, mais ses pensées n’ont pas de force, pas de consistance, aucune originalité ni élément de surprise. Imogen n’est même pas particulièrement faible, ou lâche, ou stupide. Elle est désespérément banale. Or, la banalité fait rarement une bonne histoire. Les dialogues de Jakeman ne sont guère chargés de sens, les propos intérieurs de la narratrice demeurent superficiels… Ses conversations avec Phillip ne sont ni très riches ni très tendues, ce qui semble contre-intuitif et ne concourt pas à densifier le récit.

Le plus intéressant est à chercher dans l’histoire du père d’Imogen, qui s’est suicidé quand elle était encore toute jeune. Un homme dont elle conserve un souvenir solaire, mais qui recèle un sombre secret (dont le mystère ne sera pas complètement levé). On pense alors verser vers le Dolores Claiborne de King, mais Jakeman ne creuse pas son sillon jusqu’au bout. Dommage. Car cet entrelacs de liens complexes au père (celui d’Imogen, mais aussi Phillip) et, partant, à la mère (Imogen entretient une relation conflictuelle avec la sienne, et s’avère une mère peut-être trop protectrice pour Alistair, sans oublier le fait que le remariage de Phillip impliquerait l’arrivée d’une nouvelle “maman” pour le garçon), aurait pu consolider le récit.

Jo Jakeman

Le moins réussi est encore à trouver dans le personnage de Phillip lui-même. Il n’est jamais cohérent. Un instant, il a tout du psychopathe meurtrier, prêt à surgir une hache à la main ou à foutre le feu à une maison pleine de gens ; l’instant suivant, il redevient presque normal, voire faible, même si plein de colère. Intouchable parce que flic, attaché par-dessus tout à son image d’homme parfait, et pourtant prêt à tous les extrêmes… pourquoi ? Par simple narcissisme ? Incompréhensible.

Reste que ce livre manque singulièrement d’intensité. Le compte à rebours (“X jours avant l’enterrement”) a pu paraître une bonne idée dans un premier temps, car il rythme les chapitres et emboîte de manière assez satisfaisante le récit principal avec les flash-back. Problème : il évacue d’emblée toute tension quant au dénouement. On sait, dès la première page, ce qui se passe à la fin ; qui meurt et qui survit, du moins dans les grandes lignes. Dommage, pour un thriller. D’autant qu’il ne faut rien attendre du dénouement proprement dit.

Ajoutez à cela un nombre infini de poncifs sur la maternité attribués à la “voix intérieure” d’Imogen. Mention spéciale à cet arc-en-ciel qui apparaît après la mort du “méchant”, et qui symbolise le bébé mort avant la naissance. Grotesque.

Rajoutez à cela des situations tirées par les cheveux, qui font penser que Jakeman avait des images très précises en tête (l’homme menotté dans la cave, l’homme qui apparaît soudain sur le perron), images qu’elle a tenté d’exploiter en les justifiant à la serpe. Et vous obtenez un bon vieux téléfilm vaguement thrilleresque d’un soir de semaine sur M6.

(Petite note de conclusion pour Marabout, il faut corriger le nom de l’auteur sur votre site internet : ce n’est pas “Jakerman” mais bien “Jakeman”.)

L’extrait : « Je n’avais plus mal au nez, ni aux côtes. Je me sentais forte, invincible. Je me sentais moi-même, plus que jamais. Je ne me souciais plus de ce que les autres pensaient de moi, seulement de ce que je pensais de moi-même. Tant que je pourrais me regarder dans le miroir et me dire que j’avais fait du mieux que j’avais pu pour moi et mon fils, je serais heureuse. La porte de mon avenir était grande ouverte. J’avais hâte de la franchir et de la fermer sur mon passé.
J’ai posé un pied sur la première marche de l’escalier, regardant Phillip une dernière fois par-dessus mon épaule. J’ai essayé de fixer cette image dans mon esprit. Il était fait de chair et d’os, comme nous tous, mais son cœur était vide. Je ne ressentais plus rien, pas même de la pitié. Il était responsable de la position dans laquelle il se trouvait.
Il allait récolter ce qu’il avait semé. »

Un homme parfait
Écrit par
Jo Jakeman
Édité par Marabout

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