Un homme très recherché, d’Anton Corbijn (critique)

Un homme très recherché, d’Anton Corbijn (critique)

Note de l'auteur

un-homme-très-recherché-trailer-bande-annonce-philip-seymour-hoffman-anton-corbijn-robin-wright-willem-dafoe-rachel-mcadams-mars-distribution-la-critiqueriePeuplé de stars, ce thriller d’espionnage, qui marque l’une des dernières apparitions du grand Philip Seymour Hoffman, nous plonge en Allemagne dans un cauchemar parano à base de djihadistes et d’espions au bout du rouleau. Glaçant.

En compétition samedi à Deauville, A Most Wanted Man était attendu au tournant par tous les fans du réalisateur néerlandais Anton Corbijn. Venu présenter dans la salle du C.I.D. son troisième long métrage, ce grand échalas en a profité pour rendre hommage à son acteur principal, le regretté Philip Seymour Hoffman, qui apparaît ici dans l’un de ses derniers rôles (on le reverra une ultime fois en novembre dans Hunger Games – la révolte : partie 1). Affable et d’une grande humilité, le cinéaste a mis en avant la performance de son comédien, il est vrai extraordinaire…

unhommetresrecherchéCorbijn, qui a commencé sa carrière à Londres au magazine New Musical Express, a été l’un des photographes les plus adulés de la scène rock. Ses clichés en noir et blanc extrêmement contrastés ont façonné l’identité visuelle de nombreux groupes de new wave dans les années 1980 (il a notamment signé les clips et pochettes de disques de U2 et Depeche Mode, mais aussi ceux de Tom Waits – que l’on entend d’ailleurs au générique de fin d’Un homme très recherché). En 2007, Control, son biopic sur Ian Curtis, le chanteur de Joy Division, marque ses débuts derrière la caméra et fait l’unanimité. Mais en 2010, son thriller The American déçoit. La faute à George Clooney, qui phagocyte le film en tant que tête d’affiche et producteur (son narcissisme imprègne chaque plan de ce polar tourné dans la région montagneuse des Abruzzes au nord de Rome).

Tourné courant 2012 et tiré d’un roman homonyme de John Le Carré, Un homme très recherché est donc pour Corbijn le film de la revanche. L’action se déroule quelques années après le 11-Septembre. Seymour Hoffman y incarne Günther Bachmann, le patron d’une brigade antiterroriste basée à Hambourg, qui collecte les renseignements sur les réseaux salafistes. Quand un douteux réfugié tchétchène, torturé dans les prisons russes, débarque dans le port de la ville et tente d’entrer en contact avec la communauté musulmane, les services secrets allemands et américains sont en alerte. Bachmann et son équipe suivent à la trace cet étrange immigré dans l’espoir de remonter la filière qui finance le terrorisme.

Sans un seul coup de feu, ce drame psychologique qui s’inscrit dans la lignée de La taupe décrit avec force détails les guerres de services et les méthodes de travail de ces agents, dont la discrétion peut aller jusqu’à l’effacement. Sous la lumière blafarde des néons verts éclairés par le Français Benoît Delhomme (Des hommes sans loi), on assiste à un étrange ballet d’indics, d’espions, de banquiers véreux et d’avocats droit-de-l’hommistes, qui entretiennent des rapports troubles et ambigus. La froideur et le style antiseptique de Corbijn font merveille dans ce récit qui montre la solitude de ces hommes et femmes, plongés dans un monde bureaucratique particulièrement inhumain. Dans ce théâtre cruel où la trahison est monnaie courante (un fils y précipite la chute de son propre père), on prend plaisir à retrouver une brochette de stars (Rachel McAdams, Willem Dafoe, Robin Wright, tous excellents) et la crème du nouveau cinéma allemand (Daniel Brühl et surtout, la séduisante Nina Hoss).

UN+HOMME+TRES+RECHERCHE+PHOTO2En l’état, le passionnant A Most Wanted Man se range parmi les meilleures adaptations à l’écran de Le Carré (avec L’espion qui venait du froid). Ce qui n’est pas rien. Parfaitement écrite et dialoguée, cette œuvre où chacun s’épie par le biais d’écrans et de caméras vidéo est en tout cas une victoire pour Corbijn, qui s’attèle déjà à la post-production de son prochain film, Life, avec Robert Pattinson, Joel Edgerton et surtout Dane DeHaan (le vilain de Chronicle et l’inquiétant Bouffon vert du dernier Spider-Man) dans le rôle de… James Dean.

Film d’Anton Corbijn (2012, GB-Allemagne-USA). Avec Philip Seymour Hoffman, Rachel McAdams, Willem Dafoe, Robin Wright, Daniel Brühl, Nina Hoss. 2h01. Sortie le 17 septembre.

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