Un jour, une palme : Pulp Fiction (1994)

Un jour, une palme : Pulp Fiction (1994)

Note de l'auteur

Avant de s’y prendre à deux fois pour tuer Bill (un film brillantissime et jouissif suivi d’un autre moins emballant), avant de filmer des pieds dans Death Proof, et de radoter comme un fou dans Django Unchained, Quentin Tarantino a signé l’un des plus grands chefs d’oeuvre du cinéma, le très justement palmé Pulp Fiction.

A l’époque, Tarantino était le petit débutant qui excite tout le monde. Il venait d’écrire True Romance, l’un des meilleurs films de Tony Scott, l’année passée. Deux ans plus tôt, il avait signé un premier film marquant : Reservoir Dogs. Un film qui montre beaucoup d’aspects du fonds de commerce de Quentin : des malfrats en costumes noirs, des dialogues ultra-référencés, drôles, et débités à un rythme élevé, une narration déconstruite et une violence graphique.

Avec Pulp Fiction, il porte au pinacle toutes ces composantes. Le film est une réussite flagrante. Le président du Jury cette année-là, c’est Clint Eastwood. Lui et son jury décident de récompenser un sale gosse. Quand on voit la compétition cette année-là, on ne peut pas parler de Palme qui coule de source. Atom Egoyan était venu avec son meilleur film, Exotica, Michel Blanc présentait son mésestimé et pourtant génial Grosse Fatigue, des grosses pointures dont le Festival est amoureux étaient là : Nikita Mikhailkov avec Soleil trompeur, Krzysztok Kieslowski avec Rouge, Moretti avec Journal intime.

Si avec le recul de vingt ans, Pulp Fiction reste une œuvre majeure, une de celles qui bouleverse le cinéma mondial, et du coup est une Palme absolument méritée, c’était loin d’être une évidence à l’époque. Comme parfois, Tarantino a eu le droit à sa bordée de sifflets en allant chercher son prix avec son équipe.

Le rapport de Tarantino avec Cannes a pourtant tout de l’histoire d’amour. Dès ses débuts, le Festival était là. D’abord avec la projo hors compétition de Reservoir Dogs. 10 ans après son couronnement, en 2004, il revient en tant que président du Jury et projette en ouverture Kill Bill : Volume 2. En 2007 c’est pour Death Proof qu’il débarque à nouveau; en 2008 il donne la « leçon de cinéma »… en 2009, il revient comme une star avec Inglourious Basterds, profitant de la montée des marches pour improviser un pas de danse avec Mélanie Laurent.

Pulp Fiction est une œuvre majeure (1), film dans lequel le talent de Tarantino s’est exprimé comme dans aucun autre. Cinéphile presque plus que cinéaste, Tarantino propose un cinéma nourri des autres, qui n’a rien d’auto-centré. Sa vie n’est pas un roman, c’est celle d’un homme qui s’est élevé aux séries B, Z, et dont il arrive à retirer une inspiration très personnelle.

Seul Quentin Tarantino peut faire du Tarantino. Ca semble évident à dire comme ça, mais pas tant. Beaucoup ont essayé de copier son style, sa façon de faire, mais rien n’y fait. Tarantino n’a jamais peur de l’esbrouffe, il réussit même la plupart du temps à la dompter. Il n’a pas peur de copier les maîtres, car il est d’une sincérité à toute épreuve. Il a beau imiter ce qu’il a vu ailleurs, cette logique d’hommage constant, doublé à la personnalité particulière du bonhomme fait qu’il a un style inimitable. Mais pas infaillible non plus (2).

Toujours est-il que le 47e Festival de Cannes reste un souvenir mémorable de ma construction en tant que cinéphile. Eastwood, Tarantino, Pulp Fiction, les frères Coen en ouverture… Une belle époque pour avoir 16 ans et aimer le cinéma.

 

(1): J’ai écrit deux fois majeur. C’est pas une répétition, mais un hommage à Tarantino, pour son geste sur scène quand il est venu prendre sa palme. (Non, en fait c’est vraiment juste une répétition, mais l’opportunité était trop belle de me rattraper aux branches)

(2): Je suis très loin d’avoir adoré ses trois derniers films. On peut même dire que je ne les ai pas aimés.

Partager