Un retour à Séries Mania presque parfait

Un retour à Séries Mania presque parfait

series mania

Revenir à Séries Mania est toujours un plaisir sériephile majeur. Les festivals séries sont assez rares en France pour qu’on les chérisse, qu’ils soient maîtrisés de bout en bout, ou en période d’apprentissage. Nous sommes aujourd’hui à l’année 5 de l’existence de Séries Mania. Une saison 5 qu’on attend mûre, qu’on espère maîtrisée. Et dans bien des aspects, il l’est, ce festival.

Nicolas Robert avait fait une interview des co-organisateurs de l’évènement, Elise Tessarech et Frédéric Lavigne. On le sentait dans leurs paroles : ils aiment les séries sincèrement. Ce qui s’est produit, hier soir, durant la projection de True Detective, joli coup du festival (qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, on en parle dans notre podcast) est d’une tristesse infinie.

Dans son discours inaugural, on sentait pourtant de la fierté dans les mots de Laurence Herszberg, directrice du Forum des Images. Et elle pouvait. Son écrin est beau. Les séries y sont mises en avant comme dans très peu d’endroits (grands écrans adaptés, son de qualité). La sélection y est certes parfois un peu élitiste, mais elle est cohérente. Son équipe est efficace et dévouée. De quoi être fière.

Fière aussi, elle pouvait l’être d’avoir dans sa salle, l’homme du moment : Nic Pizzolatto, créateur et scénariste unique de True Detective. Un Nic Pizzolatto, à qui elle a demandé, le plus sincèrement et le plus sérieusement du monde pourquoi il était passé d’un art majeur (la littérature) à un art secondaire (mais pas mineur, ouf), la série télé. Malvenu, déplacé, maladroit… un moyen de réaliser l’ampleur de la bourde ? Imaginez la même chose à Cannes. Non. C’est normal. C’est impossible que pour un festival de cinéma quelqu’un se permette de remettre en cause sa légitimité dans un discours d’ouverture.

C’est certes une maladresse de sa part, une fulgurance non maîtrisée. Mais hélas elle n’a aucun sens. Elle fut relayée, tout aussi tristement, par le directeur général d’OCS qui, pensant bien faire, décrie True Detective comme une série bonne car elle est « proche du cinéma ». Là encore maladresse flagrante.Le problème, c’est que ça intervienne après la sortie gratuitement polémique de Serge Kaganski (qui doit bien s’en tenir les côtes quand on imagine la popularité de son texte). Et que ça intervienne ici. A Séries Mania. Un des rares lieux sériephiliques de France.

On en revient toujours à la même chose, hélas. Le sériephile doit toujours se JUSTIFIER. Il doit toujours expliquer pourquoi il aime ce machin qu’on diffuse sur un meuble, quand ceux qui s’extasient devant des choses projetées sur une toile n’ont jamais à le faire. D’autant plus débile qu’on peut aimer sincèrement les deux, qu’ils s’alimentent l’un l’autre, qu’il sont différents par nature, mais liés parfois indiciblement, parfois énormément.

Le débat art mineur-art majeur, c’est un débat de niveau 4-2-1, à ranger aux côtés de « ah les politiques ,tous des pourris » et « il est nul le sélectionneur ». Le genre de débat qu’on attend pas voir ressurgir à cet endroit, à ce moment, dans cet état d’esprit de communion autour d’un art chéri par des millions de personnes. Des personnes qui ne devraient pas avoir à se justifier.

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