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Un Toit et des tuiles (critique d’Everest, de Baltasar Kormákur)

Un Toit et des tuiles (critique d’Everest, de Baltasar Kormákur)

Note de l'auteur
Jason Clarke, Baltasar Kormakur et le producteur britannique Tim Bevan à Deauville vendredi. Crédit : DR.

Jason Clarke, Baltasar Kormakur et le producteur britannique Tim Bevan à Deauville vendredi. Crédit : DR.

L’ouverture de Deauville 2015 jouait la carte du spectaculaire, avec une projection en Dolby Atmos 3D d’un film immersif et au cast international retraçant une expédition fatale de 1996 sur le Toit du monde. Une destination qui fait rêver autant de grimpeurs qu’elle en laisse sur le carreau. On était dans la salle avec nos doudounes de rentrée.

Everest a failli recevoir un accueil glacial de votre serviteur. En effet, entre les adieux clichetonnants du guide de Adventure Consultants (également un des personnages-clés d’un film qui en compte bien 6 ou 7) Rob Hall (Jason Clarke, habitué aux rôles de seconds couteaux chez Michael Mann, entre autres, et pour la série de Showtime Brotherhood) et sa femme enceinte jusqu’aux yeux (Keira Knightley), puis la vision d’un Népal de cartes postales, on sent le mélo hollywoodien poindre le bout de ses grosses bottes de neige.

Mais c’est sans compter sur un baroudeur entre Islande et Etats-Unis au profil à part : Baltasar Kormákur. On peut le taxer de venir faire le yes man sur cette production internationale, du fait de son passif comptant 2 Guns avec lequel notre Docteur No n’avait pas été tendre. Mais il était l’homme idéal vu sa restitution d’hommes perdus face aux éléments déchaînés avec The Deep (sorti discrètement chez nous sous le nom de Survivre). Dès lors, cette reconstitution d’une expérience fatale relative à deux expéditions distinctes en mai 1996 prend une toute autre tournure.

A son meilleur, Everest est un récit authentique dénué de tout effet spectaculaire, suivant ses personnages s’étant donné pour défi de conquérir le Toit du Monde à bras le corps. On ne nous fait jamais oublier ni les lieux particuliers à surmonter pour les grimpeurs, ni le temps qui s’écoule inexorablement et implacablement. Il n’y a ni héros, ni salauds, ni mégalos dans le film : juste des humains avec leurs bagages respectifs, qui sont là pour un seul objectif. Qu’ils le fassent en délaissant leur famille et leur Texas natal comme Beck Weathers (Josh Brolin), ou pour ajouter un col de plus à leur tableau de chasse comme Yasuko (Naoko Mori), au final, tous sont égaux face à l’effort. Et face à la météo.

Même si le scénario est invariablement rythmé par le récit fidèle de l’expédition, ce qui intéresse Kormakur, c’est de rendre compte des physiques changés et mutés par le défi. Au cinéma, et surtout dans des blockbusters, la montagne avale et modifie les corps. Et, considérant les doudounes North Face interchangeables et le caractère souvent monolithique des guides (coucou le hippie souriant Jake Gyllenhaal, un post-scriptum dans le film), c’est les engelures, l’épuisement certain et la recherche certaine des bouteilles d’oxygène manquantes qui font le film. Au sein même des scènes, les paroles se font lancinantes, à l’économie, les visages tuméfiés, enfouis sous des bonnets : comment l’extrême affecte l’humain, en somme.

Ce qui n’empêche pas Everest de pécher par une certaine artificialité : les reconstitutions en studio de certaines scènes sont flagrantes à l’œil nu, et ne peuvent être qu’une distraction, même nécessaire. Une douce révolution permise par les environnements virtuels, mais qui sortiraient presque du film. Heureusement, l’enfer glacé est unifié, entre virtuel et prises de vue réelles, (dans les massifs italiens entre autres) par la photographie de Salvatore Totino. C’est ce désir d’authenticité qui prend le pas sur le spectaculaire, et une 3D qui privilégie les plans larges axés sur l’évolution des groupes, sur le jeu, sur les crevasses et failles. Un scénario cosigné de Simon Beaufoy et le vieux routard William Nicholson qui va à l’épure et l’essentiel, achève les bons points.

Ceci dit, les prouesses techniques n’empêchent pas Everest de rester dans la moyenne des films catastrophe de ce genre, et le manque voulu de performances qui se démarquent du lot (c’est un vrai film d’ensemble) ne le rend pas inoubliable. Un blockbuster assez futé dans ses choix qui justifie à lui seul un supplément 3D (ou IMAX pour les plus chanceux). Et c’est déjà pas mal.

Everest, de Baltasar Kormákur, avec Jason Clarke, Jake Gyllenhaal, Emily Watson, Keira Knightley, Josh Brolin. UK/USA/Islande. Durée : 2h02. Sortie le 23 septembre.

 

 

 

 

 

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