Un tour sombre (The Outsider / HBO / OCS)

Un tour sombre (The Outsider / HBO / OCS)

Note de l'auteur

Stephen King n’a jamais été aussi populaire que ces dernières années. Le succès de It au cinéma a confirmé que les adaptations du maître de l’horreur cartonnent, ce qui a lancé une vague assez fournie d’œuvres plus ou moins qualitatives, comme Pet Semetary, Gerald’s Game ou encore la suite de Shining, Doctor Sleep. A la télévision, en revanche, le bilan n’est pas folichon: mis à part Castle Rock qui a tenté le pari de l’univers étendu pour créer quelque chose « d’original » (notez les guillemets), il n’y a rien eu de notable. C’était avant qu’HBO, grand pourvoyeur de hits en série, ne vienne taper dans la fourmilière en proposant l’adaptation de The Outsider.

En Oklahoma, un petit garçon de onze ans est retrouvé mort en pleine forêt, le corps mutilé de façon atroce. Ralph Anderson (Ben Mendelsohn), l’inspecteur local, est chargé de l’enquête. Tous les indices trouvés sur les lieux du crime ainsi que de multiples témoins convergent vers Terry Maitland (Jason Bateman), un entraîneur de baseball aimé de tous et désormais principal suspect. Les preuves ne laissent planer aucun doute quant à sa culpabilité, sauf un élément crucial: Terry a été aperçu à 100 km du lieu du crime au même moment, durant une conférence dans un hôtel.

Si The Outsider happe le spectateur dès le départ, c’est dans sa capacité à débuter l’histoire comme une enquête policière avant de noyer petit à petit les protagonistes dans une noirceur propre à Stephen King. L’homme derrière la série, c’est Richard Price, scénariste qui a déjà roulé sa bosse sur plusieurs productions HBO comme The Wire, The Night Of ou récemment The Deuce. Si The Outsider s’amuse dans ses premiers temps à nous diriger vers une atmosphère aussi poisseuse que la première saison de True Detective, ce ne sont pas les personnages qui seront vecteurs de l’histoire mais plutôt la menace invisible qui rôde au-dessus d’eux. C’est la qualité première de la série: réussir à distiller le fantastique dans un cadre réel où l’esthétique rappelle les séries policières contemporaines comme le Mindhunter de Fincher.

Cette impression passe par bien des aspects, comme cette musique, faite de mélodies indescriptibles et presque dérangeantes, habillant les épisodes d’une sonorité morbide. La composition de chaque plan transpire un soin dingue pour capter une aura inhabituelle, dangereuse. La caméra décentre constamment l’action pour renforcer cette impression qu’une menace observe ce qu’il se passe. Comme si quelque chose d’abominable était là, quelque part, tapie dans l’obscurité pour assouvir les conséquences de ses acte et se réjouir du malheur des autres. C’est tout le propos de la série: comment un horrible événement parvient à engendrer un effet domino pour détruire des familles entières.

Pour incarner ces personnages qui paraissent désœuvrés et impuissants, la production a su s’entourer d’un casting assez prestigieux, Ben Mendelsohn en tête, accompagné d’une multitude de seconds rôles vus ici et là. On retiendra surtout Cynthia Erivo, révélation de cette mini-série qui débarque plus tard dans l’histoire pour y incarner Holly Gibney, personnage récurrent de l’univers de King, puisqu’elle était déjà présente dans la série Mr. Mercedes (mais avec une autre actrice). Jason Bateman, quant à lui, continue sa petite reconversion dans le thriller réaliste après son rôle dans Ozark.

The Outsider parvient à toucher du doigt la substance particulière des romans de King. Il arrive à retranscrire cette présence incontrôlable et maléfique qui entoure ses histoires fantastiques, à représenter le mal à l’état pur par ses images sordides et surnaturelles. Là où le bât blesse, c’est dans sa volonté de s’étirer parfois inutilement pour approfondir les traumas des personnages, alors même que le fil rouge se suffit à lui-même. Dès que l’intrigue se recentre sur l’enquête extérieure de Holly, plusieurs scènes reviennent sur l’inspecteur Anderson pour des ajouts qui n’apportent pas grand chose. On pourra facilement décrocher, surtout quand la série préfère garder des moments chocs pour la toute fin, choisissant de faire ré-apparaître des personnages secondaires qu’on avait déjà oublié. L’histoire aurait certainement gagné avec un ou deux épisodes en moins, afin de se resserrer sur l’intrigue principale. Ça n’empêche pas The Outsider de bénéficier d’un épisode final sacrément couillu et réussi, qui conclut l’histoire sur une note « positive », pleine de violence sanglante et de furie.

Moins facile d’accès que les précédentes adaptations télévisuelles de Stephen King, The Outsider récompensera ceux qui se laisseront happer par cette noirceur déconcertante, qui réussit avec brio à retranscrire fidèlement la sensation que l’on éprouve à la lecture d’un roman de King. Sournoise, somptueuse et habité par un casting au poil, The Outsider aurait certainement gagné à être raccourcie à huit épisodes plutôt que dix, mais reste tout à fait recommandable si vous aimez vous immerger dans une enquête policière lugubre et noire.

THE OUTSIDER (HBO) Minisérie en 10 épisodes
Diffusée sur OCS et dispo en replay
Série écrite par Richard Price
D’après le roman de Stephen King
Série réalisée par Andrew Bernstein, Jason Bateman, Charlotte Brandstorm, J.D Dillard, Karyn Kusama, Igor Martinovic & Daina Reid
Avec Ben Mendelsohn, Cynthia Erivo, Jason Bateman, Julianne Nicholson, Bill Camp, Jeremy Bobb…

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