Une pluie sans fin : Apocalypse Rain

Une pluie sans fin : Apocalypse Rain

Note de l'auteur

L’histoire : Cohen vit dans un monde ravagé par des tempêtes incessantes et une pluie sans fin. Par choix ou par nécessité, il a refusé de partir en direction de la « Limite », une ligne de démarcation imaginaire qui divise le monde en deux. D’un côté, la sauvagerie et un univers qui se désagrège au fur et à mesure. De l’autre, le monde civilisé. Mais Cohen reste prisonnier de la mort de sa femme et de son enfant. Dans cet univers désespéré, Mariposa, Evan et Briscoe, des enfants, des adolescents, des femmes, sont eux des prisonniers d’Aggie, un prêcheur fanatique. Il sera un jour nécessaire de s’enfuir, d’un côté comme de l’autre.

alley10Mon avis : Les éditions Super 8 continuent leurs publications récits post-apocalyptiques. Ici, nous voici dans un monde de gris, où entrent personnes paumées par choix, par hasard, par abandon. Si Cohen est parfait en personne prématurément âgée par les épreuves, Aggie est l’exemple même de l’homme qui a su profiter d’une situation désastreuse. Parmi eux, la lumineuse Mariposa, adolescente paumée, inspirée par le vaudou que pratiquait sa famille, mais incapable d’y croire et de s’y ressourcer.

Le problème est sans doute dans la dimension de Genre de cette apocalypse. Aggie et son homme de main, violent et engrossent des femmes incapables de lui échapper sans l’intervention de Cohen, tandis que les naissances de bébés sont vécues comme un miracle optimiste dans un monde qui se déchire. Mariposa trouve protection auprès de Cohen, mais c’est au jeune Evan, un garçon moins âgé qu’elle, que Cohen apprend à tirer. Qu’il y ait des viols, violences, meurtres, prostitution dans un univers de fin du monde est compréhensible. On se dit pourtant que dans un monde de tant de fureurs, les femmes peuvent faire autre chose que de porter en leur corps les générations futures.

L’ouvrage de Michael Farris Smith se dévore tout de même d’une traite sous des orages menaçants, pour ces hommes qui se battent dans un monde de gris, qui pensent que l’argent a encore une odeur, où les flingues tirent plus vite que la parole. Roman divisé en plusieurs parties, on se laisser aller dans ce monde, mais morbide et oppressant… et où la femme est faible et sans défense.

Si vous aimez : les histoires de survie d’hommes en milieu hostile. Un western à la John Wayne, sous la pluie et tout aussi macho.

Autour du livre : il s’agit du deuxième roman de Michael Farris Smith, auteur natif du Mississippi.

Extrait : « Il prit la carabine posée sur le siège passager avec les cartouches mais la reposa aussitôt, descendit de voiture, repoussa son capuchon en arrière et examina les lieux. Des briques beiges, sales et moisies. Les grandes portes disparues. Il découvrit en s’approchant que le porche de béton était taché de noir par des cendres récentes, quoique mouillées, qu’il poussa vaguement de la pointe du pied avant de les enjamber pour se poster sur le seuil. L’arbre tombé qui avait crevé le toit du sanctuaire laissait pendre sur les bancs ses draperies de mousse. Des éclats de verre jonchaient le sol sous les trous béants des vitraux détruits. Le visiteur chercha du regard la place où il s’était assis autre fois. Tendit l’oreille à la voix de sa mère, qui lui disait de se tenir tranquille. Se demanda ce qu’elle dirait si elle savait dans quoi il s’était embringué. Immobile sur le seuil, il alluma une cigarette. En pensant à ce qu’il répondrait pour sa défense. »

Sortie : mai 2015, éditions Super 8, 500 pages, 20 euros.

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