United Colors of… Shonda Rhimes

United Colors of… Shonda Rhimes

Cette semaine, le Daily Mars vous propose de vous pencher sur la question de la représentation des minorités dans les séries télé. Aujourd’hui, début de notre panorama avec la grande Shonda Rhimes et la couleur de peau.

L’un des ouvrages références sur les séries s’appellent Les Miroirs de la Vie (par Martin Winckler). Un choix de titre pas innocent tant la série, par son rythme, tend à s’accorder sur nos existences jusqu’à devenir une représentation dramatique de celle-ci. Dès lors, il est logique de penser que son évolution accompagne les modifications de nos sociétés et l’image que l’on retient d’elle. Comprendre que la série s’accorde avec son temps. Aujourd’hui, il reste probablement des inégalités de traitement entre personnages masculins et féminins, blancs et de couleurs, riches et pauvres, de différentes sexualités, mais certaines séries se sont montrées habiles dans l’art de représenter une société telle qu’elle peut apparaître à travers nos fenêtres.

 

Made in Shondaland.

 

© ABC Studios

© ABC Studios

La célèbre showrunner et productrice, à défaut de s’être fait le porte-parole, est devenue un symbole d’une représentation fidèle de la pluralité de notre quotidien. De Grey’s Anatomy à Scandal, en passant par Private Practice et How to Get Away With Murder, ses séries montrent combien la dame reste attentive aux mouvements sociétaux. Seulement elle évite le piège principale qu’elle s’est tendue. Celui d’une démonstration artificielle qui pourrait rappeler une célèbre publicité : United Colors of…

 

Sa principale arme pour contrer ce piège : le soap. L’écriture comme principal refuge. Sa faculté à mélanger l’authenticité et le romanesque le plus hystérique impose une grille de lecture qui évacue toute définition d’une représentation par la couleur ou les préférences sexuelles. Les personnages ne sont jamais définis par leur peau, leur genre ou leur sexualité. Les émotions ou leur caractère sont leur moteur. Et cela ajoute un niveau d’universalité supplémentaire.

 

© ABC/Craig Sjodin

© ABC/Craig Sjodin

Il n’y a pas de calcul dans les séries de Shonda Rhimes. Aucune façon de composer ses personnages selon des principes de proportionnalité ou de quota. Les séries ne militent pas, elles exposent, simplement, parce qu’il n’y a pas plus dangereux que la caution sociale comme lecture. La dimension politique existe mais à un niveau symbolique. C’est sur le reflet que fonctionne cette tropologie. L’importance réside dans la liberté de donner à voir sans montrer. De ne pas appuyer mais conserver un naturel absolu.

Dans les séries made in Shondaland, on ne regarde pas la diversité, on la voit. C’est peut-être le geste le plus pur. D’une volonté un peu naïve au discours mutique fort parce qu’il refuse de répondre aux sirènes de la quantification. Le degré de calcul s’annule dans la faculté à produire de l’émotion, du drame, du rire, à broyer le spectateur par la roue de l’excès. C’est l’unique filtre de ses séries : le soap.

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