V-Girls, l’œil du diable (T.1 Incantare) de Pécau et Ukropina

V-Girls, l’œil du diable (T.1 Incantare) de Pécau et Ukropina

Note de l'auteur

Dans l’entre-deux-guerres, deux femmes, jeunes et jolies, se découvrent des talents cachés et extraordinaires. Des talents liés aux quatre éléments (eau et air pour ce premier exercice), des talents qui vont leur servir à tenter d’abattre le régime national-socialiste. Des talents, enfin, que les nazis, justement, vont chercher à s’approprier. Le tout avec un combo détonnant : Histoire et fantastique. Tentez le mariage.

L’histoire : Hedy Lamarr prend la poudre d’escampette quand les Nazis décident de s’arroger ses pouvoirs destructeurs. C’est grâce au cinéma, l’œil du diable, qu’ils espèrent préempter sa force. Elle laisse en plan son mari collaborateur et entame une carrière de l’autre côté de l’Atlantique. Sa comparse, qu’elle découvrira à la fin de cet épisode, fait de la voltige aérienne. Et même quand l’accident d’avion se profile, faites-lui confiance pour s’en sortir grâce, là aussi, à des possibilités exceptionnelles. Ces deux femmes veulent jouer un sacré tour aux chemises noires. Reste plus qu’à rechercher les deux dernières détentrice élementaires (la terre et le feu).

Mon avis : dans la production assez improbable en termes quantitatifs qu’entreprend chaque année Jean-Pierre Pécau, cette trilogie va garder une place à part. Une place de choix. Ses Victory girls, dont nous découvrons les deux premiers spécimens, Hedy Lamarr et Lucy Lang, proposent un alliage qui, s’il fonctionne de prime abord, peut être également piégeux. Là, le scénario est suffisamment bien construit pour que le ratio entre réalité (toute la vie d’Hedy Lamarr, notamment) et invention soit équilibré. On ne dérive pas vers du tout impossible ou du tout invraisemblable. Ou, au contraire, du trop littéral.

C’est qui est intrigant dans ce scénario, c’est que les éléments, l’eau et l’air dans ce premier tome, se comportent comme des amants ou des amoureux. Ils sont très jaloux envers leur muse, ils font bien comprendre que tout se paie, qu’il faut toujours donner pour recevoir et qu’il est très compliqué de les dompter complètement.

Comme le Hollywood des années 30. Lieu de stupre, de luxure et aussi d’artistes. On assiste à une micro-plongée dans cet univers où les egos sont aussi démesurés que les lettres qui célèbrent l’industrie du cinéma au-dessus de la cité des Anges.

Cette aventure historico-fantaisiste réunit beaucoup d’atouts savamment mélangés, ce qui en fait une véritable promesse pour les deux épisodes à venir de ce triptyque.

Si vous aimez : L.A. noire de l’excellentissime éditeur de jeu Rockstar sur PS4.

En accompagnement : Extase du réalisateur tchèque Gustav Machaty avec comme principale héroïne Hedy Lamarr (née Hedwig Kiesler). Actrice autrichienne qui a changé de nom pour percer à Hollywood et fui son mari le sulfureux marchand d’armes, Friedrich Mandel. Pas sûr que vous mettiez la main rapidement sur une copie car le mari jaloux les a faites toutes brûler ; Hedy y figurait nue et simulait même un orgasme. Sors de ce corps Sharon Stone, on était en 1933.

Autour de la BD : on ne présente plus Pécau, davantage Jovan Ukropina, un auteur serbe reconnu et qui est un habitué des collaborations avec son scénariste (Là où vivent les morts, Et si la France avait continué la guerre…). Un trait fin et parfois agressif qui correspond bien à l’époque où se joue cette BD.

Extraits : « Fräulein Kiesler.  »

« Vous faites erreur, je m’appelle Hedy Lamarr. »

« Fräulein Kiesler, ne nous obligez pas à des extrémités désagréables. »

« Qui êtes-vous ? Qui vous envoie ? »

« Votre époux souhaite vous parler. »

« Lâchez-la ! »

« Vous ne savez pas qui je suis, j’ai l’immunité diplomatique. »

« Et moi, j’ai un .38, vous ne faites pas les poids. »

Écrit par Jean-Pierre Pécau
Dessiné par Jovan Ukropina
Édité par Soleil

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