V.I.T.R.I.O.L. (n° 1) d’Ambre

V.I.T.R.I.O.L. (n° 1) d’Ambre

Note de l'auteur

Ce premier numéro de V.I.T.R.I.O.L. offre une plongée saisissante dans les coulisses de la création. Ambre (a.k.a. Laurent Sautet) y alterne retour sur la conception de certaines de ses couvertures, récits sans parole et illustrations d’une grande beauté.

Le livre : Dans cette revue (au sens propre) personnelle, Ambre (pseudo de Laurent Sautet) revient sur certains aspects de son travail, mené depuis le début des années 1990 et la fondation de sa revue Hard Luck. En cinq chapitre + un cahier iconographique, il propose une formidable plongée dans son approche du dessin et de la bande dessinée.

La couverture se fait à la fois austère et riche, portrait d’un homme barbu dont on apprendra qu’il s’agit de Wilhelm Busch, humoriste, peintre, dessinateur et poète allemand mort en 1908, créateur notamment du séminal Max und Moritz. Un visage relevé, en page intérieur, de touches de couleurs tabac, mais qui, dans ce noir et blanc complété de gris en première de couverture, s’avère tout à fait remarquable. Presque hypnotique.

Dans son premier chapitre, Ambre retravaille J’ai six ans, un récit d’une page à l’origine, ici décliné en trois pages. « Réalisé en mars 2012 à l’issue d’une invitation par Gilles Rochier à un atelier de bande dessinée à la prison de Fresnes », l’auteur y livre un beau récit sur l’origine (ou l’une des origines) de son envie de dessiner : des BD américaines traduites en français, dévorées chez sa grand-mère dans une ferme isolée de la Drôme. Sur fond de Jack Kirby passé au crible du souvenir, il parle aussi de « ce sentiment indispensable, salvateur et précieux, qui me pousse à dessiner : l’ennui ».

Ambre parle ensuite de sa collaboration avec les éditions 6 pieds sous terre, envisagée sous l’angle des couvertures réalisées pour les livres qu’il a signés ou auxquels il a participé. Un travail accompli pour les 20 ans de la maison d’édition (en 2011) et qu’il complète, fin 2019, des derniers ouvrages en date. Il offre, au passage, un coup d’œil passionnant dans les coulisses d’ouvrages exigeants, et sur la façon dont s’élabore une couverture.

On y voit toute la variété des possibles : carte noire grattée au cutter, « simple » illustration agrandie, dessin d’après un montage de photographies, superposition de traitements (gomme bichromatée, brou de noix), etc. Le titre et sa conception ont leur importance, depuis un titre composé à la main à l’aide de photocopies de lettres, jusqu’à un titre numérique avec une font créée à partir d’imprimés de la Renaissance. Les couleurs, enfin : bichromie noir/rouge, léger calque de couleur, quadrichromie, noir et blanc avec un titre au rouge soutenu…

Chaque choix est pesé, discuté, défendu (ou pas). Les idées sont parfois refusées par l’éditeur. Pour Trinité, Jean-Philippe Garçon, cofondateur de 6 pieds sous terre et collaborateur avisé sur chacune de ces couv’, n’est ainsi pas convaincu. Ambre réalise alors plusieurs peintures d’après le récit, afin de parvenir à une sélection finale où « tous les éléments qui la composent sont rejetés à la périphérie du format, laissant un espace neutre important au centre ». Il arrive toutefois que l’auteur lui-même ne se dise « pas vraiment convaincu après coup », ayant l’impression « de ne pas avoir assez défendu une idée initiale ».

Ambre ressent parfois une grande frustration, par exemple pour avoir travaillé dans l’urgence après avoir terminé un livre : « Je reste persuadé qu’une couverture doit se penser en même temps que le livre, et non après. » À l’inverse, le résultat obtenu avec son éditeur peut lui plaire mais pas à son co-auteur, ce qui le « blesse ».

Une idée de couverture peut se dégager d’emblée ; à un autre moment, Ambre et Jean-Philippe Garçon ont pu aller jusqu’à une trentaine de propositions (Strates), « comme si nous avions besoin de tester tous les possibles ». L’inspiration peut venir d’une seule case du livre, ou exiger le recours à des illustrations extérieures, comme pour les couvertes des trois volumes de La Passion des anabaptistes (cosignés avec David Vandermeulen), qui plongent leurs racines dans une sculpture de Rodin (dessin ci-dessous, d’après une gravure reproduite en page 2 de V.I.T.R.I.O.L.) et des photos de membres des groupes metal Neurosis et Godflesh. Pour des gros plans saisissants.

Ambre alterne les récits sans parole, tel ce W.B., portrait étrange de Wilhelm Busch (une commande pour un ouvrage jamais paru), et les textes manuscrits et illustrés, comme ce portrait d’Alfred Kubin, une commande réalisée pour le collectif Art monstre. Ce « mineur de fond du monde des rêves », reclus dans son « Arche » avec animaux et épouse « lui repassant au fer chaud son vieux papier à dessin », était un illustrateur et graveur autrichien (1877-1959). Approché par Gustav Meyrink pour illustrer son roman Der Golem en cours d’écriture, il se lasse d’une livraison du texte au compte-gouttes et des négociations permanentes de Meyrink avec les éditeurs potentiels, jette l’éponge et écrit, en 12 semaines (plus 4 semaines pour les illustrations), son propre roman, intitulé L’autre côté, qui influencera Kafka, Lovecraft, Jünger et les surréalistes.

Après deux pages en manière de jeu de l’oie (50, réalisé pour les 50 ans de Gilles Rochier en 2018), le cahier iconographique présente certains des travaux accomplis pour les couvertures évoquées dans le 2e chapitre. Des dessins magnifiques, à l’encre sur papier, destinés aux livres Une trop bruyante solitude et La Passion des anabaptistes.

Ce premier numéro de V.I.T.R.I.O.L., outre ses mérites propres évoqués ci-avant, ouvre une fenêtre sur toute la production d’Ambre et donne envie de s’y plonger, en apnée et les yeux grands ouverts. Pour commander, c’est ici.

V.I.T.R.I.O.L. (n° 1)
Écrit, dessiné et édité
par Ambre

Toutes les illustrations de cet article © Ambre

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