VENOM : SUPER ZERO ?

VENOM : SUPER ZERO ?

Note de l'auteur

Contaminé par un parasite extraterrestre, un journaliste bogoss se métamorphose en alien-culturiste dégoulinant et plein de canines. Tom Hardy dans un nanar, très série B, inspiré d’une BD Marvel.

 

Plutôt surprenant la polémique et le bad buzz autour de Venom.

Dans un premier temps, Tom Hardy, coproducteur du film, commence à cracher dans la soupe en promo, affirmant devant un Riz Ahmed médusé que les meilleures scènes, une quarantaine de minutes, n’ont pas été montées.

Puis, des critiques-geeks US démontent le film : raté, grotesque, pas drôle, pas assez violent, nul…

Et pour finir, ce week-end, le film défonce tous les records aux États-Unis.

On peut en conclure que :

– Le monde entier se fout de la critique.

– Et/ou les spectateurs américains sont des veaux.

– Venom est un mauvais film.

Effectivement, Venom est un mauvais film.

Pourtant, une question me turlupine, comme dirait l’autre. Si la presse se déchaine, après avoir offert à Venom de belles couvertures bien complaisantes (hello Première), le film n’est pas pire que n’importe quelle marvellerie ou bêtise made in DC. J’aimerais que l’on m’explique en quoi Venom est plus mauvais, bas du front, ringard qu’Ant-ManThor, Batman V Superman, X-MenSuicide Squad et autres Captain America ? Car ces films sont DÉJÀ la quintessence de la nullité cinématographique, des trucs sans scénario, sans réalisateur, sans âme, pensés par des comptables décérébrés et des collabos du marketing. Du rien, mais avec du pognon, des images de synthèse et des mecs en collant qui bandent leurs petits muscles.

Alors oui, Venom est foireux. L’idée de départ est même une aberration. Dans la BD de la Marvel, le personnage de Venom est l’ennemi juré de Spider-Man, sa Némésis. Au cinéma, on le découvrait dans le calamiteux Spider-Man 3 de Sam Raimi (2007), sous les traits de cette andouille de Topher Grace. Ici, tu as donc ce super vilain, qui ne rêve que de détruire l’Homme-araignée, dans un film SANS Spider-Man.

 

Les trois scénaristes – déjà coupables des trucs aussi ahurissants que La Tour sombre, 60 secondes chrono, le remake de Jumanji, 50 nuances de Grey… que des chefs-d’œuvre – semblent avoir bossé dans des directions opposées. On se retrouve avec une origin story paresseuse qui tente de surfer entre comédie pimpon, noirceur de comics de Todd McFarlane et action débridée, avec un script doctor qui tente en vain de rapiécer le bouzin, d’où les dialogues débiles et les ruptures de ton plus ou moins maîtrisées. À l’écran, Venom devient un anti-héros cool, bogoss et top sympa (bon, il bouffe quand même quelques cerveaux, rassurez-vous, mais plutôt ceux des méchants), prend un bain avec des homards, fait de la moto à fond la caisse, défend la veuve et l’orphelin… L’ensemble ne tient vraiment pas debout et tu comprends vite que les producteurs ont dû remonter leur produit dans tous les sens. Le film a été « mis en scène » par Ruben Fleischer (Bienvenue à Zombieland) et pas moins de 16 assistants réalisateurs ! Pourtant, Fleischer sait filmer et il donne au film un aspect série B très jouissif qui change agréablement de l’ambiance cul serré et prévisible des blockbusters comme Civil War et autres X-Men. Il cisèle quelques plans stupéfiants mais se fourvoie avec des trucs vraiment gênants (la poursuite de voitures ratée, hommage à Bullitt, dans les rues de San Francisco), des gags mongolos, des séquences ridicules… Fleischer a eu néanmoins la bonne idée d’embaucher Matthew Libatique, le génial chef op de Darren Aronofsky qui torche des plans crépusculaires et un combat final dantesque avec Riot, avec un super ralenti qui évoque une installation vidéo de Bill Viola.

Dernier point réjouissant, les méchants ne sont pas les crétins habituels multicolores genre Apocalypse et autres bouffons en collants, mais les Gafa, oui, oui, avec un Riz Ahmed incarnant un clone mégalo d’Elon Musk.

Alors Venom, un film politique ?

Non, j’déconne !

 

Venom
Réalisé par Ruben Fleischer
Avec Tom Hardy, Michelle Williams et Riz Ahmed.
Sortie le 10 octobre 2018.

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