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Vertigo à la Cinémathèque : la dernière séance (starring Paul Verhoeven)

Vertigo à la Cinémathèque : la dernière séance (starring Paul Verhoeven)

Une copie mythique de Vertigo, présentée de surcroit par Paul Verhoeven himself : c’est le genre de proposition qui ne se refuse pas ! Marc Godin n’a pas résisté à l’occasion et s’est faufilé dans les fauteuils de la Cinémathèque Française pour rapporter sur Mars la bonne parole du hollandais filmant.

C’est la foule des grands jours à la Cinémathèque ce jeudi 4 février dernier. Une foule qui se presse pendant une heure en attendant l’ouverture des portes de la salle Henri Langlois. Car ce soir, la Cinémathèque projette Vertigo. OK, vous l’avez vu cent fois et votre DVD trône en bonne place entre King Kong (version 33) et Les 7 Samouraïs. Sauf que ce soir, la copie diffusée est une copie rare, mythique ! Datant de 1958, elle a en effet été offerte par Alfred Hitchcock lui-même au fondateur de la Cinémathèque Henri Langlois en 1966. Copie VistaVision. Résolution d’image magnifique. Et cerise sur le gâteau, avec le système Technicolor, le film a été tiré en mode lithographie, avec le passage de trois encres successives sur chaque image. En gros, ce sont les couleurs de l’époque, avec l’étalonnage validé par Hitch himself. Et cette copie – un poil fatiguée – ne sera plus jamais projetée. La dernière séance, quoi ! L’autre événement de la soirée, c’est la venue de Paul Verhoeven, gros fan du maître du suspens, qui va faire un petit speech d’introduction en forme de déclaration d’amour. Vas-y Paulo.

Verhoeven Cinémathèque

Paul Verhoeven : « Je vais vous parler de Vertigo. Je l’ai vu à sa sortie, en 1958. J’avais une vingtaine d’années. À cette époque, j’étudiais les mathématiques à la fac, à l’université de Leyde. Je trouvais les maths magnifiques, comme la théorie de la relativité d’Einstein. C’est simple, beau, pur, comme du Mozart. J’ai vite réalisé que je ne serais jamais à ce niveau. Je voulais être créatif, donc je suis devenu peintre. Puis j’ai vu Vertigo et ce film a explosé mon esprit. Ensuite, j’ai découvert La Mort aux trousses. Et avec ma bande de potes, on a commencé à bricoler de petits courts métrages. »

« J’adore Hitchcock, le Hitch des années 30, 40, 50. Je les connais par cœur, je les ai étudiés avec attention, ils ont influencé mon style. Hitch est mon maître, mon inspiration. Vertigo et La Mort aux trousses sont toujours mes préférés, même si j’aime beaucoup des merveilles comme L’Inconnu du Nord-Express, L’Ombre d’un doute ou La Loi du silence… Il y a au moins une quinzaine de films qui méritent d’être étudiés. La beauté de Vertigo, c’est que c’est un thriller mais c’est également une tragédie. C’est l’histoire d’un homme qui perd celle qu’il aime. Il la retrouve miraculeusement et il la reperd à nouveau mais cette fois pour toujours. Le montage de George Tomasini, la musique de Bernard Herrmann, la photo de Robert Burks, le cast : tous les choix du réalisateur sont excellents. Plus tard, quand j’ai eu entre les mains le script de Basic Instinct qui se déroule à San Francisco avec également une jeune femme blonde, j’ai vraiment pensé que j’allais réaliser un Hitchcock des années 90. J’étais sur les traces d’Hitchcock. Mais quand j’ai voulu tourner une scène avec un pont, je n’ai pas pris celui d’Hitchcock, le Golden Gate, j’ai préféré changer de pont… Dans Basic Instinct, il y a beaucoup d’autres éléments inspirés par Vertigo, peut-être inconsciemment. J’ai toujours eu cette idée, ce fantasme, que si Hitch avait vécu trente ans plus tard, il aurait réalisé un film comme Basic Instinct, avec la même sexualité explicite. Ce qui était impossible à son époque à cause de la censure. »

« Dans un scénario de David Freeman, The Short Night, qu’Hitchcock devait réaliser avant de mourir en 1980, il y avait une scène entre une femme mariée et son amant. Ils sont assis sur la plage et ils regardent un bateau arriver. Dans le bateau, le mari de cette femme. Hitch voulait que la femme et son amant se masturbent. Il spécifiait que la femme et l’amant se regardaient en train de se masturber et regardaient également le mari se rapprocher. C’est bien sûr une scène que je vais réaliser ! »

MARC GODIN

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