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VIDEO : interview de Ron Howard & critique de Au coeur de l’océan

VIDEO : interview de Ron Howard & critique de Au coeur de l’océan

Note de l'auteur

Cinéaste très inégal mais attachant, Ron Howard poursuit son exploration du courage et de la bravoure humaine, à travers la véritable histoire qui aurait inspiré à Melville son roman Moby Dick. Malgré quelques défauts de forme et d’écriture, Au cœur de l’océan parvient à bon port de l’émotion tout en révélant les coulisses de l’écriture d’un mythe. En préambule de la critique : l’interview vidéo du réalisateur pour le Daily Mars, enregistrée lors de son passage à Paris pour la promotion du film. Press junket oblige, c’est du rapide !


Au cœur de l’océan : interview du réalisateur… par DailyMars

 

AU CŒUR DE L’OCEAN :  LA CRITIQUE

image-819-2277Gung Ho, Le Journal, Apollo 13, Frost/Nixon, Rush. Dans la filmographie de Ron Howard, il y a ces cinq titres. Plus provoc’, ambigus, complexes, thématiquement passionnants… bref, à défaut de chefs-d’œuvre, des expériences de cinéma pleinement satisfaisantes et adultes sans renier leur nature de divertissement. Et puis, dans le CV de Ron Howard, il y a… tout le reste. Une grosse vingtaine de dramas et comédies sur le fil du rasoir entre le bon et le mauvais (Splash, Cocoon, La Rançon, Willow, En direct sur EdTV, Un homme d’exception, Portrait craché d’une famille modèle…), ainsi qu’une poignée de francs ratages comme Da Vinci Code ou Horizons Lointains.

Au cœur de l’océan tendrait à rejoindre la première catégorie… tout en échouant de peu, hélas, à égaler le brio de ses aînés. Un article fort bien troussé du Monde vient de comparer Ron Howard à Capra, avec lequel il partagerait la même appétence pour les héros optimistes, les courageux, les belles âmes capables de faire bouger des montagnes face à l’injustice du monde ou la violence des pires épreuves. Anoblissement de première classe pour l’ex-Richie Cunningham de Happy Days mais c’est vrai : Ron Howard s’intéresse davantage aux « gentils » et leur aura, il en fait son miel, souvent trop, incapable de doser comme il faudrait sa propension aux bons sentiments. Toujours la petite louche de sucre en trop. Très attendu suite à un pitch plutôt excitant – la véritable histoire derrière l’histoire de Moby Dick – et surtout après l’excellent Rush, Au cœur de l’océan ne renoue hélas pas avec la fougue et la justesse de ce dernier.

image-819-2173La faute à une première partie trop attendue, trop évidente, avec cette narration divisée en deux chronologies – le récit au présent, par le vieux baleinier Nickerson au jeune Herman Melville, des événements du navire Essex et les flash-backs déroulant l’histoire. Avec ses arrière-plans de la Nouvelle Angleterre du 19e siècle en images de synthèses ostensiblement artificielles, le film lève l’ancre vers une route maritime convenue. L’opposition de classe entre un capitaine de navire bien né (Benjamin Walker) et son second à qui le poste a échappé parce qu’il n’est pas natif de Nantucket (Chris Hemsworth) ; le départ du baleinier devant la foule et les familles ; les premières tensions en pleine mer jusqu’à la confrontation tragique avec la baleine tueuse… Impression de figures imposées et sans surprises malgré l’efficacité narrative évidente de Ron Howard. Le film réussi à capturer l’attention grâce à la puissance et l’implication du jeu d’Hemsworth, sans pour autant provoquer aucune lame de fond émotionnelle particulière. Versant parfois dans la succession de gros plans montés trop “cut” lorsque l’action s’emballe à bord, la mise en scène parait brouillonne, manquant singulièrement d’ampleur et de majesté, à l’image de toute la direction artistique de ce film au parfum d’inachevé.

image-819-2180Peu à peu cependant, après le naufrage de l’Essex au beau milieu du Pacifique, Au cœur de l’océan gonfle soudain ses voiles. A mesure que le récit de Tom Nickerson sombre dans le tragique, les corps des survivants coincés sur une île s’amaigrissent, les enjeux se resserrent et la noblesse des personnages émulsionne peu à peu. Celle d’un vieux baleinier qui au soir de sa vie accouche douloureusement de l’horrible vérité à Melville. Celle d’un capitaine de navire conscient de ses erreurs et prêt à en assumer les conséquences tragiques. Celle, enfin, d’un marin à l’éthique incassable et qui, lors du dernier acte du film, se comporte en pur héros digne de l’âge d’or hollywoodien. Autant de caractères dont l’évolution psychologique et celle des relations dans cette aventure humaine hors norme intéressent clairement plus le réalisateur que son cachalot meurtrier. On est d’ailleurs très, très loin d’une chronique de l’obsession mortifère d’un capitaine Achab pour son nemesis des profondeurs, telle que la décrivait le roman ou son adaptation par John Huston.

Moins cohérent que Rush, semblant souvent hésiter entre plusieurs voies, Au cœur de l’océan rachète au bout du compte ses erreurs et l’emporte aux points. Ses hommes brisés mais toujours debout ont fini par nous toucher et l’épilogue nous laisse reconnaissants. Davantage pour sa charge émotionnelle visant juste in extremis que pour le spectacle, certes parfois étourdissant, de son odyssée maritime. En filigrane, Au cœur de l’océan observe aussi en creux les coulisses de la fabrication d’un mythe et rejoint ce faisant une thématique chère au John Ford de L’Homme qui tua Liberty Valence : “Si la légende est plus belle que la réalité, imprime la légende”. Une maxime cruciale pour cette terre de mythes qu’est l’Amérique. En l’occurrence, la réalité décrite par Nickerson fut infiniment plus atroce que la légende imprimée par Melville.

Au cœur de l’océan, de Ron Howard. USA. Avec Chris Hemsworth, Benjamin Walker, Cillian Murphy. Scénario : Charles Leavitt, Rick Jaffa, Amanda Silver. Durée : 2h02. En salles depuis le 9 décembre.

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