Vikings : prends Asgard à toi (critique du pilote)

Vikings : prends Asgard à toi (critique du pilote)

Note de l'auteur

Quand il fut question de choisir entre les deux nouvelles séries de la chaîne History, The Bible ou Vikings, l’occasion de lâcher des vannes sur la mythologie scandinave l’emporta. Quand Thor tue, le Thor pille, les casse-Thor, à Thor et à travers… On allait se régaler. Et puis franchement, on a toujours préféré ici les underdogs aux premiers de la classe.

Sauf qu’au regard des premiers chiffres d’audience, Vikings semble intéresser plus de spectateurs qu’un simple cercle d’amateur de l’humour troupier pré-médiéval de votre serviteur. Si Vikings récolte deux fois moins de pèlerins que The Bible (13 millions de brebis), ses quelques 6,2 millions de téléspectateurs feraient néanmoins rougir d’envie nombre de séries des networks US.
Mince, il allait falloir oublier le tout-à-la-vanne et se fendre d’un papier sérieux. Damn it.

Le 13e guerrier, Beowulf, Dragons, Outlander, Pathfinder, Valhalla Rising et, dans une moindre mesure, Astérix chez les Vikings, le monde du grand écran regorge des récits des guerriers-explorateurs du Nord, mais la télévision ne montrait que peu d’intérêt ou de goût du risque pour ces peuplades soit-disant barbares. Sauf qu’entre-temps, Game of Thrones est passé par là. Si la série de HBO s’inscrit dans un univers de fantasy, l’approche médiévale rugueuse a séduit au-delà de toute espérance. Racoleuse, la chaîne History n’hésitera pas à construire ainsi la promotion de Vikings en s’appuyant sur une accroche “A Storm is coming” sans équivoque dans son intention de rallier les trône-de-feristes acquis au “Winter is coming” de GoT.

Vikings ne se cache pas d’être une série “produit”, lancée après le succès surprise sur History de Hatfields & McCoys au printemps dernier. Cette mini-série avec Kevin Costner et Bill Paxton était le tout premier scripted drama d’History et fut un carton absolu, tant au niveau de l’audience (près de 14 millions de téléspecateurs en moyenne) que de la critique, raflant nominations et récompenses, dont deux Emmy. Bien décidé à jouer dans la cour des grands, History sait s’entourer pour faire de Vikings une réussite en misant sur Michael Hirst. Créateur des Tudors, de Camelot et producteur sur The Borgias (à ne pas confondre avec Borgia de Canal+), Hirst est un récidiviste dans le drama costumé. Et s’il n’hésite pas à revisiter avec certaines largesses l’Histoire avec un grand H, les haters pourront toujours aller se faire voir ici.

“Seul sur le sable, les yeux dans l’eau, mon rêve était trop beau.” Ragnar Voisine

La série s’inspire de la légende de Ragnar Lothbrok, un guerrier que l’ambition poussera à s’aventurer vers l’Ouest vierge et ainsi de conquérir de nouveaux territoires, grâce notamment aux progrès en matière de construction navale qu’il a entrevus. Il fut le premier à attaquer la France par les voies fluviales, assiégeant en 845 ce qui deviendra Paris, se faufilant dans les méandres de La Seine avec ses 120 navires. Ragnar, c’était aussi le regretté Ernest Borgnine dans Les Vikings de Richard Fleischer en 1958. Mais, mis à part quelques faits historiques, une légende, c’est parfait : personne ne viendra te reprocher de faire quelques petits arrangements avec la réalité, et ça, Michael Hirst, il aime bien, ça lui fait des vacances :  “J’ai dû prendre des libertés dans Vikings car personne ne sait pour sûr ce qui s’est passé à cette époque. […] On retrouve peu d’écrits de cette période.”

Et puis, Nancy Dubuc, la responsable du divertissement sur History, son truc à elle ce sont les jeunes mecs qui se battent et sentent le vestiaire. Ça lui fait des choses, mais surtout ça lui procure de la part de marché sur un créneau qui fait défaut à la chaîne. “La série est très attractive pour un jeune public masculin, je crois qu’on y trouve de nombreux points communs avec certains jeux vidéo préférés des jeunes garçons aujourd’hui,” déclarait-elle au New York Times. Décomplexée, on vous dit, Vikings assume très bien son côté putassier. “Un docu-fiction sur les Vikings attirerait quelques centaines, peut-être quelques milliers de personnes. Ici, on veut en toucher des millions,” lance Hirst, probablement avec un peu de bave aux lèvres. Un pari déjà gagné : Vikings a décroché la timbale sur les 18-49 ans, devant les chaînes du câble mais aussi devant les networks.

Mais pour toucher plusieurs millions de téléspectateurs, il va d’abord falloir en débourser plusieurs pour que le production design soit à la hauteur. Ainsi, on sait que les 9 épisodes de Vikings ont coûté dans les 40 millions de dollars, soit à peine 2 millions de moins par épisode que sur Game of Thrones. Tourné en Irlande, Vikings s’est ainsi dotée de deux drakkars de 17m construits en République tchèque. Ah, c’est beau l’Europe quand même.

Coucou, c’est moi ! Mais si Gabriel, Gabriel Byrne…

Comme GoT, il fallait à Vikings son Sean Bean, un nom, pour attirer le chalant. Ce sera Gabriel Byrne, que l’on avait pas vu depuis… Mais oui, au fait, on l’avait pas vu depuis quand ce bon vieux Gaby ? On s’en fout, parce qu’honnêtement, ce n’est pas lui qui crève l’écran mais Travis Fimmel, qui incarne Ragnar. Fimmel, c’était le Tarzan de la série de 2003, mais surtout le partenaire au FBI de Patrick Swayze dans la série The Beast. Physique, malicieux, il séduit, tout genre confondu (no homo). À ses côtés, il faut compter sur Clive Standen, son “frère” Rollo (cela donne des instants LOL comme : “Hello Rollo”), dont on se souvient ou pas dans Camelot. De même, on avait vite oublié Jessalyn Gilsig, personnage secondaire dans Nip/Tuck, ici en épouse de Byrne/Haraldson. Ils sont accompagnés de George Paul Blagden qui voit ici une chance de pardon après son rôle de Grantaire dans Les Misérables.

Alors tout ça pour quoi au final ? Le pilote de Vikings s’avère honnête, sans plus. Pas grand chose à reprocher sur la forme, même si les rares effets numériques des premières minutes évoquant les personnages de la mythologie scandinave avouent leur faiblesse. Le jeu d’acteurs est solide mais pas transcendant ; Gabriel Byrne ne s’impose pas en chef viking d’emblée, il faut bien le dire. À en croire la presse US qui a vu davantage d’épisodes, il convient de laisser le temps à Vikings de se développer.

J’ai été Tarzan, j’ai joué un agent du FBI avec Patrick Swayze… Je suis ? Je suis ?

Mais l’univers des Vikings, ce n’est pas la cour d’Henry VIII dans Les Tudors, ni les luttes intestines du clergé des Borgias. La finesse des manigances n’est pas ici de circonstance et le show ne joue pas davantage sur le gros muscle pour s’illustrer. Ni très causante, ni très baston, Vikings trace une voie du milieu qui nous laisse un peu sur notre faim pour l’instant. Ceci dit, la série sait trouver des ficelles, pas trop grosses, pour faire écho au monde d’aujourd’hui, comme la course à la technologie pour dominer le monde, ici manifestée par la maîtrise des mers.

De même, le rôle de la femme dans ce monde de brutes prend ses distances avec le traitement victimisé façon Game of Thrones, et ce pour des raisons historiques : car si la société viking est “viriliste” et patriarcale, c’est bien sur la femme que reposait la solidité de la communauté en l’absence prolongée du chef de famille, lors des mois de raids estivaux. La phase de christianisation du peuple viking pointe son nez également dès ce pilote, alors que Ragnar est aussi excité par les richesses de l’Ouest que par ses promesses de nouveaux mythes fondateurs. Le combat entre tradition et modernité laisse ainsi augurer davantage que des barbarismes, qu’une série de capes et de pets. Comme l’annonce Ragnar, “Odin a sacrifié l’un de ses yeux pour obtenir la connaissance, je suis prêt à en donner bien plus”, nous y avons jeté un œil et sommes prêts à donner davantage de nous pour voir ces Vikings prendre le large.

Le générique de Vikings et sa musique envoûtante (If I Had A Heart de Fever Ray)

Le site de la série sur History

 

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