Violent Love de Frank J. Barbiere et Victor Santos

Violent Love de Frank J. Barbiere et Victor Santos

Note de l'auteur

L’équipée sauvage de Daisy Jane qui, avec l’aide du vétéran du Vietnam Rock Bradley, fout le feu au Texas et au Nouveau-Mexique pour se venger d’un truand sadique. Un récit classique mais diablement efficace, servi par un trait pulp qui confine au sublime.

L’histoire : Au début des années 1970, Daisy Jane et Rock Bradley étaient deux des plus célèbres braqueurs des États-Unis, dévalisant banque après banque dans tout le sud-ouest du pays. Ils n’avaient qu’un seul amour : celui des billets verts. Mais petit à petit, une véritable idylle est née entre les deux.

Mon avis : Voici un vrai couple à la Bonnie & Clyde… même si rien n’est aussi simple. Car si Daisy Jane est une vraie Bonnie, elle se définit largement en dehors de tout couple. D’ailleurs, elle braque d’abord des banques en duo avec Charlie avant que l’idylle ne naisse avec Rock, un vétéran du Vietnam que rien ne semble toucher (sauf elle, peut-être). Daisy Jane est « un ouragan qui dévorait le monde et qui recrachait tout ce qui était assez idiot pour se dresser sur sa route ». Avec toujours « quelque chose de mélancolique ».

Avant cela, nous sommes en 1969. Le père de Daisy possède un garage… et un sombre secret. Son passé de criminel est-il vraiment derrière lui ? Daisy va le découvrir. Et frôler la mort pour cela. Avant de la semer. Partie elle-même sur une route ultraviolente, elle finit par rencontrer Rock Bradley. C’est alors un « homme de main de bas étage ». Derrière ses yeux bleus, il a quelque chose de dangereux, de « sauvage ». Son passé dans l’armée l’a laissé en miettes :

J’ai fait ce que j’avais à faire. Pour survivre. Et ensuite ? On ne peut pas simplement s’arrêter comme ça. Tuer… ça vous transforme. Quand je suis rentré, tuer, c’est tout ce qui me restait. Certaines guerres ne cessent jamais. Après tout ce temps, je continue à ne faire que… survivre. »

Au Nouveau-Mexique en 1971, Daisy laisse son besoin de vengeance se déchaîner et abandonne derrière elle une scène d’abattoir : une double page terrible où la pièce, les meubles et les corps sont éparpillés façon puzzle et noyés dans une même couleur brun-rouge. Soulignant au passage la dimension indéfinie du « pas de quartier, Dieu reconnaîtra les siens » qui semble être devenu la devise de la jeune femme.

Afin de retrouver et de dézinguer le truand Johnny Nails, Daisy se met à dos la Jauria (terme qui signifie « horde de chiens sauvages » et désigne la mafia locale) et provoque une véritable guerre où tout le monde joue un double jeu, qu’il s’agisse de mafieux ou d’US Marshals.

La narration de Frank J. Barbiere opère par flash-backs permanents, entre un « présent » où Oncle Lou raconte à la jeune Penny l’histoire de Daisy, et un « passé » où cette dernière traverse l’enfer à la recherche de Nails, braque des banques à tire-larigot et revit la violence de son passé par cauchemars et hallucinations interposés. Jusqu’à ce que les temporalités se rejoignent dans un dénouement certes prévisible, mais toujours efficace.

Violent Love est aussi un récit féministe, avec ce personnage de femme confrontée constamment à la violence des hommes, à leurs faiblesses, à leurs bons sentiments aux conséquences catastrophiques, à leur paternalisme aussi. Et lorsque sa colère éclate, alors qu’elle tabasse à mort un sbire de Johnny Nails, elle lui hurle : « Vous vous prenez tous pour des durs ! J’en ai ras-le-bol ! » Daisy est à la fois une dure-à-cuire et un être blessé, une femme en colère et vulnérable. Un bien beau personnage, à vrai dire, complexe et sensible. Les hommes, par comparaison, semblent assez monolithiques et plus proches d’archétypes masculins.

Dans ce film noir, entre polar et équipée sauvage, chacun est hanté par son passé, ses souvenirs de brutalité. Chacun est victime et coupable, mais nul autant que Daisy Jane. Via la confrontation avec sa propre fille, Daisy fait face à la nécessité d’une métamorphose. Et doit répondre à l’éternelle question : peut-on changer quand on a été marqué.e au fer rouge ? La rédemption est-elle possible ? La douleur peut-elle s’atténuer suffisamment pour continuer à vivre ?

Un propos classique mais bien maîtrisé, électrisé par le trait pulp de Victor Santos, rappelant Frank Miller (les deux jeunes tueuses de la Jauria évoquent irrésistiblement Kevin, le tueur mutique de Sin City), Eduardo Risso voire Kevin O’Neill dans le grain. La silhouette et le visage de Daisy, quant à eux, nous renvoient à Richard Sala et Denis St. John.

Santos nous offre notamment de superbes doubles pages, illustrant le parcours de Daisy et Rock (une voiture s’envole, des coups de feu et des biftons pareil) comme une ligne de free jazz indomptable. Ou cette autre double figurant une nuit d’amour de Daisy et Rock, avec ses 36 cases muettes dont une noire, comme autant de détails des corps et des sentiments.

À lire si vous aimez : les romances criminelles et les récits pulp – rejeter un œil sur le Sin City de Frank Miller est toujours une bonne idée.

En accompagnement : la BO de Pulp Fiction, of course, et surtout la reprise de Girl, You’ll Be a Woman Soon de Neil Diamond par Urge Overkill.

Violent Love
Écrit par
Frank J. Barbiere
Dessiné par Victor Santos
Édité par Glénat Comics

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