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Violette Cabesos : « C’est un roman historique où 95% de l’histoire est vraie »

Violette Cabesos : « C’est un roman historique où 95% de l’histoire est vraie »

Dans son ouvrage, Le teinturier de la Lune, Violette Cabesos met en scène deux personnages. Théogène est un alchimiste de la renaissance (la critique, ici) . Victoire est une journaliste de l’entre-deux-guerre. Leurs destins vont se croiser à Prague.

L’auteure nous accueille dans une petite salle, au Salon du livre de Paris, au stand Albin Michel. Le temps de finir une cigarette, la voilà qui vous regarde, un petit sourire, de grands yeux verts, perçants, légèrement penchée en avant pour mieux entendre les questions, et se faire comprendre.

Crédit photo : Déborah Gay / Le Daily Mars

Crédit photo : Déborah Gay / Le Daily Mars

Violette Cabesos, pourquoi avoir écrit ce roman, pourquoi l’alchimie et pourquoi Prague ?

Violette Cabesos : Alors, tout est parti d’un coup de foudre amoureux, non pas pour un garçon ou pour une fille mais pour Prague. Tout est parti d’un cadeau d’anniversaire de ma petite sœur, un voyage surprise, et elle a choisi Prague connaissant mon amour pour Kafka, pour la musique en général, la musique tchèque en particulier. J’ai eu un vrai coup de foudre pour cette villes, ces pierres, malgré le tourisme de masse, il m’a semblé que les pierres me parlaient, ça peut sembler idiot, mais j’avais envie de me perdre dans les venelles, de lever la tête sans arrêt sur ces bâtiments médiévaux, arts nouveaux, arts décos… Et je me disais, mais quelles histoires recèlent cette ville, c’était évident que c’était une terre de légende et de mystère. Donc je n’ai eu de cesse de lire ensuite tout ce qui j’avais sous la main sur Prague. Et je suis tombée sur ler personnage réel de Rodolphe II de Habsbourg, ce personnage fantasque, très versé dans l’occultisme du XVIè siècle.

Et là, j’ai découvert le monde de l’ésotérisme de la renaissance. J’ai trouvé ça éminemment compliqué pour un esprit du XXIè siècle, habitué aux sciences dures, à la séparation entre astronomie et astrologie, face à ce monde magique. Puis ça m’a fascinée et j’ai trouvé ça poétique. Pensé que nous sommes dans un univers où le microcosme peut agir sur le macrocosme et inversement, où l’homme intervient sur la nature grâce à la magie. C’est ce qu’on appelle le ré-enchantement du monde.

Quel travail avez-vous du effectuer sur les villes et les époques ?

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Crédit photo : Déborah Gay / Le Daily Mars

V.C. J’avais effleuré le sujet de l’alchimie, de la magie, dans La promesse de l’ange par rapport à la symbolique de l’architecture médièvale, l’histoire des compagnons. Là, j’ai quand même travaillé, travaillé, travaillé et j’ai essayé de comprendre.

Ce livre, c’est cinq ans de travail. Je suis allée dans certaines bibliothèques, dont la Mazarine, j’ai acheté des livres, dont certains très anciens, je suis allée dans certaines librairies ésotériques… J’ai découvert que certaines vieilles librairies dont je parle dans le livre existent encore à Paris, qu’il y a toujours un rideau rouge avec une boule de cristal derrière… J’ai amoncellé une somme d’ouvrages assez considérable, j’ai essayé de comprendre, et comme j’ai une âme d’historienne, j’espère y être parvenue. Je n’ai vraiment pas regardé comme cela comme une ésotériste, mais comme une historienne.

Vous mélangez faits-réels et imaginaires dans votre roman, qu’est-ce qui est vrai ?

V.C. Alors le personnage de Victoire, cette féministe des années trente est totalement inventé mais il y a aussi des choses vraies. À l’époque il y a une seule grande reporter femme, et la société est misogyne, je n’ai rien inventé, bien au contraire : la femme inférieur car son cerveau serait plus petit que celui des hommes… la négation du droit de vote… Tout cela m’a beaucoup énervée, et j’ai voulu le raconter car on oublie aujourd’hui. Pour les femmes, ça a été très compliqué, et ça l’est encore.

Le personnage de Théogène est purement imaginaire, mais largement étayé par des alchimistes ayant existés au Moyen âge ou à la renaissance. Tout ce que je raconte sur Rodolphe II est vrai, John Dee, Edward Kelley étaient vraiment à sa cours… Ensuite, l’histoire de Prague et l’Histoire. Je ne me permettrais jamais de falsifier l’Histoire mais je mets mon imaginaire dans les blancs. Quand on ne sait pas.

C’est aussi un livre sur les livres, sur la poésie, et sur les vieux manuscrits. Je parle notamment du manuscrit de Voynich, qui est une énigme, encore aujourd’hui. On a daté ce manuscrit au carbone 14 aux environs du XVè siècle et qui a la particularité d’être écrit dans une langue, un alphabet que personne ne comprend, même aujourdh’ui. Tout le monde s’y est mis. Les gens de la Nasa, les spécialistes avec leurs ordinateurs ultra-perfectionnés, et encore aujourd’hui, on soupçonne que c’est un traité d’alchimie, à cause de ses dessins, mais on ne sait toujours pas le décrypter. C’est formidable.

Ce roman est un polar, un thriller, un roman historique où 95% est vrai.

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Crédit photo : Déborah Gay / Le Daily Mars

Vous avez choisi deux périodes à des tournants de l’histoire, avant la renaissance et avant la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi ?

V.C. Alors dans un cas, le récit commence fin 34, dans l’immédiat avant-guerre. Avant la renaissance, parce que, déjà, Rodolphe II de Habsbourg. Mais aussi parce qu’il s’agit d’une période fascinante magique, de tournant total de l’histoire… Et les années 50 : la montée des périls, une période très inquiétante qui collait à l’atmosphère du livre, et en fait, ces deux personnages, Théogène pour la renaissance et Victoire pour les années 30, en fait, c’est l’histoire d’une quête, de deux personnages qui ont décidé de leur vie et qui voient ce qu’ils ont décidé infirmé par la vie et l’Histoire. Comme ce sont deux périodes fortes au niveau historique, ça me semblait cohérent.

Vous ne croyez pas en l’alchimie….

V.C. Alors, c’est plus compliqué que ça. Si. J’y crois. Sur l’alchimie opérative et technique, j’ai des doutes, mais ce qui me plait beaucoup, et ce en quoi je crois éminemment, c’est ce qu’on appelle l’alchimie spirituelle. La transformation du mercure en or, ce n’est pas en très intéressant, ce qui l’est, est je l’explique dans le livre, c’est la panacée, l’élixir qui rend immortel. L’alchimiste est aussi matière première, c’est une quête spirituelle, c’est un absolu, donc là, oui, j’y crois. Faire la conjonction des opposés en soi, marier le soleil et la lune, en soi… Ça a un sens, qui n’a pas échapper à Jung, qui a beaucoup écrit sur l’alchimie, sur Paracelse et qui y a vu une métaphore avant l’heure du conscient et l’inconscient, l’inconscient collectif, etc… Ce qu’il ne faut pas oublié, c’est que l’alchimie est la plus vieille science connue, mais c’est une science globale, l’astrologie, la magie… Elle englobe tout et l’opérateur est matière première et change lui-même. Le but, c’est l’unification. Tu deviendras Un, c’est une devise de Raymond Lulle, alchimiste du Moyen âge, repris par Paracelse. C’est une quête du salut, de la rédemption.

Êtes vous, vous-même croyante, car vous parlez beaucoup de la foi dans votre roman ?

Crédit photo Déborah Gay / Le Daily Mars

Crédit photo Déborah Gay / Le Daily Mars

V.C. Il y a beaucoup de foi, parce que les véritables alchimistes, je ne parle pas des charlatans, étaient non seulement croyants, mais dévots. On ne pouvait pas réussir sans avoir l’aide de Dieu et avoir été aidé par l’Esprit saint. L’homme est relié aux étoiles et donc l’homme est relié à Dieu. L’achimiste est un démiurge et un thaumaturge. Moi, je suis croyante, mais ça relève de l’intime, mais je me refuse à penser qu’il n’existe que ce que l’on voit et j’espère que derrière les apparences sensibles, il y a un au-delà ou au moins, un monde invisible, plus beau que celui dans lequel on vit.

Mais au XVIIIe siècle, le catholicisme est une religion encore très particulière. La Renaissance est la période où on retrouve les écrits de l’antiquité grecque et notamment Platon, et ces érudits de la Renaissance, dont fait partie mon Théogène, certes sont croyants, qu’ils soient chrétien ou juifs, mais font la redécouverte de Platon. Il y a donc un espèce de syncrétisme où la Nature est habité, ce qui est grecque et pas du tout catholique, où il y a une âme dans chaque chose, dans les pierres… C’est tout le côté de la cabbale chrétienne qui intègre aussi la cabbale juive, c’est-à-dire le Zohar.

Pensez-vous que les lieux, comme ici Prague, permettent aux hommes de se retouver eux-même ?

V.C. Comme beaucoup d’écrivains, je pense que les lieux ne sont pas seulement des lieux, que les pierres ne sont pas sèches, mais peuvent être habités par des légendes, et par des morts. Et on peut le dire sans déflorer le livre, Victoire se révèle à Prague et pour Prague. Je l’ai vécu au Mont Saint Michel, pour La Promesse de l’Ange et à Prague. Il y a des lieux, des maisons, qui ne sont pas anodins et peuvent nous révéler à nous-même.

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