Vocation en intraveineuse (Hippocrate / Canal Plus)

Vocation en intraveineuse (Hippocrate / Canal Plus)

Note de l'auteur

Hippocrate est très certainement cette référence française que l’on attendait/n’attendait plus sur le genre médical au format sériel. Une intraveineuse nécessaire de réalité hospitalière !

Le genre médical est un pilier de la série. Le quotidien des soignants a toujours inspiré les auteurs au long cours. Un genre toujours vital de nos jours si l’on en juge par la très réussie New Amsterdam, diffusée depuis la rentrée sur NBC et basée sur les écrits d’un authentique responsable de médecine (Twelve Patients: Life and Death at Bellevue Hospital par le Dr. Eric Manheimer).
En France, l’exercice n’a jamais convaincu. France 2 continue pourtant d’insister avec Nina (qui en est à sa quatrième saison), infirmière caricaturale dans un établissement où tout est un peu trop rose. Il devenait urgent de proposer une radioscopie authentique à même de ringardiser ces placebos et Hippocrate répond pleinement à cette attente.

À bien des égards, cette série est un prolongement. Thomas Lilti, son créateur, avait déjà mis en scène un long métrage homonyme en 2014 dont la série n’est pas une suite mais un point de départ qui lui permet ici d’étendre sa réflexion. Plus largement, c’est toute sa filmographie qui s’intéresse de manière transversale au système de santé puisqu’il a également réalisé Médecin de campagne et récemment Première année. Précisons que Lilti est médecin généraliste (qui pratiquerait encore aujourd’hui, prétend Wikipédia) et la portée de son œuvre souligne indéniablement son engagement.

Dans un hôpital de banlieue, Chloe, Alyson, Hugo et Arben — trois internes et un légiste — doivent se débrouiller pour assurer le fonctionnement d’un service complet privé de ses titulaires, écartés par mesure de précaution à la suite d’un malade mystérieux. Le quatuor s’engage sans réserve face aux obstacles, avec une belle solidarité collective et en prenant, par la force des choses, toute la mesure de sa tâche.

Le premier choix fort qui transpire de ces couloirs lugubres consiste en un courageux refus de tout manichéisme. Il n’y a pas de mauvaises intentions dans Hippocrate, pas de personnages malveillants. Juste un ensemble d’intervenants avec leurs motivations propres, parfois contraires mais jamais fondamentalement bellicistes. L’enjeu n’est pas là. Il n’est pas nécessaire de créer des combats superficiels. La réalité du milieu suffit amplement et elle éclate sur l’écran avec ces décors qui n’en sont pas, puisque la série a été tournée dans des établissements existants, notamment dans un secteur non utilisée à Aulnay-sous-Bois.

Cette réalité, c’est aussi celle d’une interprétation étourdissante, précise et enivrante. Il y a beaucoup de talent dans la performance d’une Louise Bourgoin (Chloe) qui allie rigidité et faille d’émotion avec une belle force d’incarnation. Il y a également une touchante prestation d’Alice Belaïdi (Alyson) au travers du parcours de cette jeune interne que l’on accompagne alors qu’elle découvre le service et qui se traduit par un naturel désarmant exprimé ici par l’actrice.

Alors que cette dernière court depuis la gare jusqu’à la garde qui l’attend, on ne peut s’empêcher de penser à Carol Hathaway (Julianna Margulies) dans Urgences quittant le métro aérien de Chicago pour rejoindre son lieu de travail. La référence est certainement assumée par Thomas Lilti qui confie volontiers qu’il suivait avec ferveur les aventures du Cook County. Mais son serment d’Hippocrate est avant tout un scanner de l’hôpital français, sa hiérarchie, ses traditions (la cantine), la vocation fondamentale et bouleversante de ses intervenants, ses difficultés structurelles aussi.

Toutefois, Hippocrate n’est pas immédiatement un brûlot social ou politique. Elle ne détourne pas le regard face aux absurdités de l’institution, à un certain désespoir pour un combat qui peut sembler perdu d’avance. Elle se concentre essentiellement sur le rôle du médecin, en s’affranchissant pour l’instant des autres fonctions moins valorisées (aides soignants notamment) même si l’on devine que cela pourrait faire l’objet de futurs arcs narratifs. Car, oui, on ne voit pas comment la série pourrait en rester là.

Tout ce qui s’y dit est essentiel et va rappeler et convaincre rapidement tout le monde de l’urgence des débats autour des questions de santé. Une référence que l’on vous dit !

HIPPOCRATE (Canal+) Saison 1 en 8 épisodes.
Diffusée à partir du 26 novembre.
Série créée par Thomas Lilti d’après son long métrage homonyme.
Série écrite par Anaïs Carpita, Claude Le Pape, Julien Lilti et Thomas Lilti.
Avec Louise Bourgoin, Karim Leklou, Alice Belaïdi, Zacharie Chasseriaud, Anne Consigny, Éric Caravaca, Géraldine Nakache, Sylvie Lachat, Bellamine Abdelmalek et Jackie Berroyer.
Musique originale de Low Entertainment.

Visuels : Hippocrate © Denis Manin / 31 juin Films / Canal+

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