Vu au PIFFF : Modus Anomali, de Joko Anwar (compétition)

Vu au PIFFF : Modus Anomali, de Joko Anwar (compétition)

  Thriller indonesien violent et minimaliste, Modus Anomali sait contourner et même profiter des contraintes imposées par son minuscule budget dans son premier acte avant de s’effondrer sous le poids d’acteurs incompétents et d’un scénario bêta basé sur un twist des plus miteux.

SYNOPSIS : Un homme se réveille amnésique au beau milieu d’une immense foret et tous les indices portent à croire qu’il est le père d’une famille ayant été attaquée par un mystérieux tueur masqué. Partant à la recherche des ses enfants et de son identité il essayera donc de survivre dans cet environnement hostile.

Cher lecteur, cette critique va spoiler sévère. Je vais essayer d’utiliser le plus d’allusions possibles de manière à ne pas totalement déflorer le “mystère” révélé dans le troisième acte du film mais ceux d’entre vous qui comprendront les références citées auront fatalement une idée claire du Twist final de Modus Anomali. Vous êtes donc prévenus. Afin de mettre en avant ce qui m’a le plus gêné dans ce film roublard et mongolo (copyright Dr No), je vais devoir le démonter un minimum dans tous les sens du terme et je m’en excuse.

Toutefois commençons par lui accorder quelques qualités non négligeables. Tout d’abord pour une production ayant bénéficié de seulement huit jours de tournage, le rendu visuel de l’ensemble est vraiment impressionnant. Les séquences filmées de nuit dans une foret immense nous donnent à voir de très belles images et il est évident que le réalisateur Joko Anwar a un don certain pour la mise en scène. Certaines séquences dans une cabane au début du film sont à ce titre vraiment bien pensées et même si l’imagerie déployée fait souvent référence de manière appuyée à celle d’Evil Dead, le rendu final de l’ensemble est très cohérent. D’autres plans de nuit sont étonnement bien éclairés et savent créer une véritable ambiance cauchemardesque picturale offrant au spectateur à quelques reprises des images iconiques. On notera également le choix intelligent d’un cadrage très serré au début du métrage, créant une impression de claustrophobie anxiogène dans un espace pourtant ouvert. Un procédé malin, pas cher et efficace.

Le premier acte du film est assez lent mais permet de poser une atmosphère flottante correspondant tout à fait à l’état d’esprit du personnage dans une recherche perpétuelle de repères. On se trouve donc pendant la première demi heure devant une sorte de survival vraiment pas désagréable qui sait captiver à défaut de proposer des images ou des idées originales. Parsemé de jolis éclats de violence ça et là, cette partie du film ne sombre dans la médiocrité que lorsque les acteurs ouvrent la bouche et cassent par la même toute illusion. Regrettable idée que d’avoir fait jouer ces comédiens indonésiens en anglais afin de faciliter l’export du film, le résultat est catastrophique et d’un amateurisme consternant. Pas un seul des protagonistes du film ne semble véritablement incarné et tout donne l’impression d’être lu ou trop artificiel. Difficile alors de se sentir impliqué dans le déroulement de l’histoire ou concerné par le sort des personnages qui sont d’ailleurs totalement bi-dimensionels et totalement dénués de personnalité.

Mais le gros problème de ce film, son talon d’Achile, réside vraiment dans son twist archi prévisible et vu dans à peu près 853 films depuis la création du parlant. J’avais promis de ne pas rentrer dans les détails donc disons que si vous avez déjà vu Memento, Triangle ou même Timecrimes vous êtes en terrain connu. Ce concept a déjà été utilisé et tellement mieux exécuté dans ces oeuvres, avec beaucoup plus d’intelligence et de finesse. Si en voyant ce film vous ne sentez pas arriver, au bout de trente minutes, le train de marchandise qui vous fonce dessus à toute allure, je vous rembourse le billet avec en prime une boite de chocolats, c’est cadeau ça fait plaisir. Le plus exaspérant avec ce retournement de situation artificiel est que dans le contexte de Modus Anomali cela n’apporte absolument rien à l’histoire, aussi bien narrativement que thématiquement.

Ici le procédé est juste employé pour jeter de la poudre aux yeux dans le dernier quart d’heure sans que cela ait une résonance quelconque avec les évènements passés ou un lien avec les motivations inexistantes du héros. Là ou Nacho Vigalondo nous proposait un vrai jeu intellectuel engageant véritablement le spectateur dans Timecrimes, Joko Anwar ne fait que jouer maladroitement avec un procédé qu’il ne maîtrise pas, dans un étalage insolent et hardi pour impressionner la galerie mais qui passe à côté d’un principe de base de l’écriture scénaristique. Il est indispensable, lorsqu’on utilise ce genre de twist, d’avoir les idées très claires sur les intentions et la motivation du personnage. Cette motivation doit être caractérisée par une émotion spécifique, qui meut le héros, et se focaliser sur un objectif qu’il convient de bien caractériser ou au moins de définir si on a pas envie de mieux faire. Ici rien de tout ça, l’utilisation du twist est un pur effet de forme se souciant peu des questions d’enjeu et ne justifiant jamais les actes de son héros.

Que dire de plus si ce n’est que ma déception et ma frustration sont liées à une impression de gâchis exaspérante. Modus Anomali décolle dés le début en partant comme un thriller énervé humble et racé avant d’exploser dans la stratosphère à cause d’une ambition à la fois trop grande et d’un scénario basé sur une fausse bonne idée sentant le réchauffé. Beaucoup d’esbroufe pour un film qui aurait grandement gagné à être plus humble et à se concentrer sur ses personnages plutôt que sur des artifices éculés.


Modus Anomali – Trailer par pifff

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