Vu au PIFFF : Stitches de Conor McMahon

Vu au PIFFF : Stitches de Conor McMahon

SYNOPSIS : Stitches, un clown looser qui gagne sa vie en traînant son show consternant d’une fête d’enfants à une autre, meurt à la suite d’un anniversaire qui tourne mal. A la manière d’un Freddy Krueger encore plus mal sapé, il revient d’entre les morts six ans plus tard pour dessouder les uns après les autres les enfants devenus ados qu’il tient pour responsables de sa chute.

Le jeune réalisateur Conor McMahon met en scène le comique Anglais Ross Noble dans ce rôle de clown mort-vivant psychopathe et injecte une grosse dose de burlesque dans le genre essoré du slasher. Pourtant, au-delà d’effets latex très impressionnants, bien dégueulasses et pourtant très rigolos, rien de bien original dans ce petit film qui a le mérite de ne pas se la raconter. La mise en place de l’intrigue, très classique, ne sort jamais des sentiers arpentés par tous les tueurs imprimés sur pellicule depuis Michael Myers et rien ne viendra troubler ce respect des codes agaçant jusqu’à la toute fin du film. Les mêmes archétypes d’adolescents antipathiques déjà vus et revus dans les slashers américains depuis les années 80, les mêmes beuveries organisées quand les parents ont le dos tourné, la même manière d’exécuter scrupuleusement les personnages en allant du moins supportable au plus tolérable, le cahier des charges est trop bien respecté.

On retiendra tout de même une légèreté de ton bienvenue et une approche décomplexée de la violence correspondant bien à l’esprit cartoonesque du film mais au delà de ça, difficile d’être surpris par quoi que ce soit tout au long du métrage. Le désir de vouloir rendre les meurtre originaux et plutôt créatifs est bien entendu louable mais pouvait-il en être autrement quand c’est manifestement la seul particularité affichée de Stitches ? A vrai dire le film se présente comme un bon point d’entrée pour des spectateurs ne connaissant absolument pas les conventions et les gimmicks du genre mais il ne n’offrira absolument rien de nouveaux ou de surprenant aux vieux briscards ayant écumé les rayons de leurs vidéo-clubs quand le genre était dans son âge d’or. Au delà de tout ça le film est de bonne facture et la réalisation très classique plutôt soignée. La photo semble de prime abord un peu datée mais on peut percevoir cela comme un énième hommage aux classiques du genre donc pas d’incohérences de ce coté là.

Au final Stitches offre de belles séquences bien filmées et des meurtres joliment chorégraphiés appuyés par des effets spéciaux comico-gore de très haute volée mais la machine tourne à vide. Aucune empathie pour les protagonistes n’est vraiment envisageable tant leurs personnalités sont caricaturales et bi-dimensionelles, l’interprétation rudimentaire des ados n’arrangeant pas l’affaire. Dommage car Mac Mahon tenait là un personnage assez iconique en la personne de ce clown vicelard et psychotique qui méritait certainement d’être mieux entouré et mis en valeur par son environnement, lequel demeure en l’état simplement esquissé.

Il aurait également été bénéfique de moins s’attarder sur les démembrements divers en multipliant les plans et les ralentis (rendant honneur au gros boulot effectué par les responsables FX), pour passer plus de temps à étoffer et donner de l’épaisseur à cet univers artificiel manquant singulièrement de vie. C’est ce manque d’équilibre dans Stitches, film généreux mais bancal et plat, qui finira de nous persuader qu’il ne vaut pas mieux qu’une de ces suites de Friday the 13th qui abandonnait tout développement d’une intrigue bien construite pour se concentrer de manière assez épuisante sur les actions de Jason exclusivement. La célèbre franchise oubliait ainsi que sans une toile de fond crédible servant de liant entre les meurtres, ces derniers, aussi créatifs soient-ils, n’ont finalement que peu d’intérêt.

La séquence finale du film laisse pressentir une suite mais si Stitches venait à rencontrer son public en vidéo à l’échelle internationale lui permettant de bénéficier d’une deuxième itération, son réalisateur aurait grandement intérêt à pondérer les effets faciles  et le côté ostensiblement tape à l’oeil (no pun intended) de sa mise en scène pour se concentrer sur le fond de son histoire afin d’offrir à son clown un écrin digne de sa personnalité démesurée.


Stitches – Trailer par pifff

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