Vu au PIFFF : The ABC’s of Death

Vu au PIFFF : The ABC’s of Death

Alors voilà ce post sera donc ma première critique pour le DailyMars. Je voulais faire le mec détendu qui allait livrer un ‘papier’ assez léger en prenant ça avec un peu de recul pour faire genre et puis je me suis rendu compte qu’en fait ça n’allait pas être une partie de plaisir. Mais alors pas du tout. Nom de de Zeus, comment critiquer ou même chroniquer (on dit ça quand c’est plus court et moins bien) un omnibus contenant 26 segments ? Comment ne pas re-utiliser mon style roboratif et scolaire pour aborder un truc aussi touffu et foisonnant ? Ben je cherche toujours la réponse à ces questions du coup en attendant j’ai préféré les esquiver et faire ce que je sais plus ou moins faire d’habitude, à savoir un truc plutôt sérieux et rigide. Je devrais me détendre pour mes futurs chroniques (oui parce qu’il faut pas déconner, elles seront plus courtes les prochaines) mais pour l’instant on va dire que ça me rassure.

En guise de préambule je vais vous restituer le contexte assez ‘original’ dans lequel s’est déroulé cette projection dans le cadre du PIFFF. The ABCs of Death n’ayant été projeté que dans 2 pays en Europe, la production américaine du film dans un accès de parano plutôt compréhensible a demandé à ce que les spectateurs du films laissent leurs téléphones portables au représentants du PIFFF avant de rentrer en salle. Rien de très contraignant au final mais disons que lorsqu’on connaît la difficulté à organiser un festival de cinéma ‘différent’ à Paris, ce genre de mesures imposées par les producteurs ne facilitent pas vraiment le travail des bonnes âmes s’échinant années après années à faire survivre notre belle “sous-culture” en organisant ces évènements. Bon trêve de complaintes et de blabla, entrons dans le vif du sujet.

Initié par l’esprit malade de Tim League, inventeur du génial ‘Alamo Drafthouse’ et directeur du non moins vénérable Fantastic Fest, The ABCs of Death part d’un postulat aussi simple que potentiellement jubilatoire. 26 réalisateurs internationaux (mais majoritairement américains tout de même, faut pas déconner) représentant la nouvelle vague du cinéma d’horreur se voient attribuer une lettre de l’alphabet chacun et 5000 dollars de budget afin de réaliser un court métrage, le tout constituant un abécédaire macabre traitant de la mort sous toutes les formes possibles et imaginables.

En résulte un omnibus bien barré et éclectique, reflet de diverses sensibilités artistiques et de différentes approches de la réalisation, oscillant qualitativement entre micros chefs-d’oeuvre et aberrations filmiques en forme de doigt tendu. Dommage qu’au final tout cela ne soit pas beaucoup plus qu’une grosse demo-reel collective visuellement extrêmement stimulante mais finalement assez vide de sens. Pourtant, impossible de nier le coté ludique et séduisant de la chose qui offre un espace de liberté bienvenue à certains réalisateurs capables d’imposer leur vision et leur univers dans ce bric-à-brac aussi bordélique que stimulant pour qui saura lâcher prise et se laisser porter par ce flot de sang frais pendant plus de deux heures.

L’idée de base de The ABCs of Death est vraiment excellente et pour le moins ambitieuse mais l’entreprise manque cruellement de cohésion. On a parfois l’impression à la vue du résultat final que cette anthologie aurait grandement bénéficié d’un fil directeur assurant une connexion entre chaque segment. Ici, sans ce lien narratif le spectateur est témoin d’un exercice de style en forme de mille-feuille parfois de très bonne facture mais finalement assez stérile et bourratif. Les courts défilent, les styles changent, les idées toutes plus tordues les unes que les autres s’enchaînent mais l’expérience est tellement inconsistante qu’elle a souvent du mal à capter notre attention dans la longueur.

Pourtant difficile de reprocher quoi que ce soit aux initiateurs et aux participants de cette noble odyssée gore et totalement amorale. D’une part car il était extrêmement compliqué d’imaginer ce qu’aurait pu donner le résultat final au moment de la conception de ce courageux projet et d’autre part parce que l’enthousiasme qui se dégage de chaque production et le mauvais goût émanant de l’ensemble est tout à fait jouissif. Au delà des limites du concept et des écueils inévitables précitées de ce genre de projet, l’impression finale demeure donc positive car nous sommes ici les témoins d’un foisonnement créatif et d’une débauche d’idées de mise en scène venant d’artistes ayant chacun une approche différente de la grammaire cinématographique. The ABCs of Death est en ce sens un objet expérimental des plus intéressants pour qui prendra plaisir à décrypter et comprendre comment 26 créatifs utilisent les outils cinématographiques afin de raconter une histoire avec pour seul contrainte celle de l’inscrire dans un genre précis dans les limites d’un budget serré.

Au delà de ces considérations assez générales l’autre problème de cette agrégation de courts est que certains segments sont tout simplement mauvais ou trop “évidents”. La plupart des réalisateurs ont étrangement pris le parti de concevoir des oeuvres très “premier degré” et académiques sans chercher à jouer avec les limites imposées par le format et livrent donc des films sans relief tournant à vide. En ce sens les propositions plus décalées ou originales se posent comme des respirations bienvenues relançant constamment mais aléatoirement la machine et brisant un flux constant de vignettes parfois plombantes autant dans la forme que dans le fond.

Fort heureusement les styles varient suffisamment d’une histoire à une autre. Certaines sont effrayantes et à l’ancienne, d’autres franchement comiques, et une bonne poignée totalement perchées mais elle ont toutes pour point commun d’être relativement gore ou crado, le film méritant bien en ce sens son interdiction aux moins de 16 ans. Avec 26 courts au programme le résultat final est irrémédiablement mitigé. Certains sont bons, d’autres tout bonnement excellents et quelques uns franchement mauvais. Je dirais qu’une bonne moitié de l’omnibus se situe entre le mauvais (le pathétique et puérile M for Miscarriage de Ti West qui n’en finit plus de décevoir ou le G is for Gravity totalement bâclé d’Andrew Traucki) et le médiocre (P is for Pressure de Simon Rumley, lauréat de la catégorie ‘mouais’).

Mais ce qui fait la force et la réelle valeur de The ABCs of Death et fait aisément oublier sa vacuité narrative globale ce sont ses franches réussites comme le virtuose et muet D for Dogfight réalisé par Marcel Sarmiento, Q for Quack d’Adam Wingard qui joue sur le contre-pied et la mise en abîme comique, le sublime O is for Orgasm de Cattet et Forzani  ou encore le segment du génial Ben Wheatley U is for Unearthed qui détourne astucieusement les codes du genre surexploité des films de vampires en nous plaçant grâce une caméra subjective dans la peau du monstre.

Comme vous l’aurez compris en lisant cette critique naviguant constamment entre reproches et compliments, difficile de se faire un avis précis et définitif sur un projet de ce type. Comment juger un objet filmique aussi ambitieux et pourtant si fragmenté ? The ABCs of Death mérite d’être vu par tout amateur d’horreur et de fantastique qui se respecte et même si l’expérience est très inégale et foutraque, le résultat final vaut vraiment le coup d’oeil ne serait-ce que pour être le témoin de quelque chose d’unique et audacieux: Un espace d’expression libre mettant en valeur des univers originaux dans un genre ou la répétition et la copie sont malheureusement devenus monnaie courante.


The ABCs of Death – Trailer par pifff

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