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Wagner Moura : « Escobar est le rôle le plus difficile de ma carrière »

Wagner Moura : « Escobar est le rôle le plus difficile de ma carrière »

Acteur fétiche du réalisateur brésilien José Padilha (le diptyque Troupe d’élite, Robocop…), Wagner Moura hérite, à 39 ans, du sulfureux privilège d’incarner le narco-trafiquant Pablo Escobar dans Narcos : la nouvelle série de Netflix sur la naissance et l’ascension du cartel de Medellin. Un thriller sexy et inévitablement musclé, lorgnant un peu trop ouvertement du côté de Scorsese et pour l’instant un brin trop sage mais globalement plaisant à regarder. L’auteur de ces lignes n’en a vu pour l’instant que les deux premiers épisodes et réserve donc son jugement définitif pour plus tard… Rencontre à Paris avec l’acteur, qui s’est littéralement infiltré dans le pays de son modèle plusieurs mois avant le tournage pour les besoins du rôle.

Projetés aux journalistes le 8 juillet dernier à Paris, en présence de l’acteur Wagner Moura (alias Pablo Escobar au générique), les deux premiers épisodes de Narcos suivent des rails bien balisés. A grand renfort de voix off et d’arrêts sur image scorsesiens, de musique rock et d’effets sonores surlignés, de mise en scène très « visuelle » et de codes assumés du film de mafieux avec ses durs à cuir over the top, le réal’ José Padilha nous offre un spectacle électrisant mais trop sage et confortable pour qu’on se déclare encore accro. Visiblement très documentée, cette saga du milliardaire de la coke Escobar ambitionne davantage de suivre la montée en puissance des cartels de drogue latino-américains plutôt que la vie et l’œuvre du baron colombien. Ce qui n’empêche pas Wagner Moura de s’être plongé corps et âme dans la préparation de son rôle, comme il nous l’explique ci-dessous.

Aléas du press junket oblige, le retard pris par le comédien brésilien en début de matinée, le jour de notre rencontre, a conduit notre interview à être sévèrement raccourcie au dernier moment, passant des 20 minutes initialement promises à seulement 12 minutes. Dommage, eut égard à l’exceptionnelle gentillesse du garçon. Plusieurs questions prévues sur la thématique de la série n’ont donc pu être posées et votre serviteur s’en retrouve fort marri ! Il faut dire que Moura, sonné par les médicaments antihistaminiques, trimbalait depuis la veille une monumentale allergie respiratoire aboutissant à des reniflements intempestifs que certains esprits mal placés qualifieraient de circonstance pour la promo d’une série intitulée Narcos. Mais passons !

 

narcos-970x615Daily Mars : Vous souvenez-vous du jour de la mort de Pablo Escobar et quel opinion aviez-vous de lui avant qu’on ne vous propose ce rôle ?
Wagner Moura : je me rappelle de l’image de son cadavre à la télé, qui m’a vraiment marqué, celle de cet homme obèse gisant sur un toit. Je me souviens bien de l’époque des victimes de ses attentats à la bombe à Bogota et quand la police l’a abattu (le 2 décembre 1993 à Medellin – NDLR), j’étais tout simplement content de me dire qu’un bad guy s’était fait descendre. En tant qu’adolescent, j’avais aussi une certaine fascination pour sa popularité en Colombie. Je me souviens que René Higuita, le gardien de but de l’équipe nationale de foot colombienne (un type assez fou qui jouait jusqu’en milieu de terrain et marquait lui-même des buts), allait régulièrement rendre visite à Pablo dans sa prison dorée, La Catedral, il a été arrêté pour ça plus tard. Même les stars du foot étaient amies avec Escobar, ça en dit long sur sa popularité.

Comment avez-vous hérité du rôle ?
W.M : C’est José Padilha qui m’a tout d’abord proposé le rôle. Il est à la fois le réalisateur et producteur de Narcos. C’est lui qui a eu l’idée de la série en premier et, avec Eric Newman, il a ensuite proposé le concept à Netflix. Ils ont engagé Chris Brancato comme showrunner mais si vous avez vu Troupe d’élite, Narcos est à l’évidence une série qui porte la patte de José. Lui et moi, on n’arrête pas de se parler. J’ai tourné sous sa direction dans Troupe d’élite et sa suite, il m’avait proposé un rôle dans Robocop mais à l’époque j’étais pris sur autre chose. Lui-même a toujours trois ou quatre projets sur le feu et Narcos était l’un d’entre eux. La première fois qu’il m’en a parlé, il envisageait de le tourner en anglais et puis, un an plus tard, il m’appelle et me dit : “Tu es toujours dispo ? Netflix est ok pour faire Pablo et finalement on va le tourner en espagnol”. En moi, c’était la panique : “Putain, mais il est sérieux là ? Je ne parle pas un mot d’espagnol, je ne suis pas prêt !”. Mais j’aime tellement José, je lui fais tellement confiance que je me suis dit : “Si ce mec pense qu’un petit brésilien tout mince comme moi, qui ne parle pas espagnol, peut jouer Pablo, je dois y aller et faire de mon mieux pour ne pas le décevoir. Je ne voulais pas décevoir José”. Et voilà comment j’ai pris dix kilos !

 

maxresdefaultComment vous êtes-vous donc préparé ?
W.M : Je me suis installé à Medellin en mars 2014 pour m’immerger dans la culture locale, rencontrer des gens et apprendre l’espagnol. Il fallait que je le fasse, je ne me serais jamais senti légitime pour le rôle sans ça. J’avais déjà commencé à prendre des cours au Brésil avant de partir, avec une prof argentine. J’ai vécu à Medellin de mars à septembre, jusqu’à ce que le tournage de Narcos commence. Ma femme et mes trois garçons faisaient des allers-retours pour venir me voir. J’ai vécu dans un quartier appelé Laureles, près de l’université où je m’étais inscrit en espagnol. Je sortais souvent me balader dans les quartiers fréquentés par Escobar et ce fut une vraie expérience.

Au bout de quelques jours, les gens savaient pourquoi j’étais là et venaient me voir naturellement pour me parler, mais jamais je n’ai craint pour ma sécurité. Tout le monde en Colombie connait quelqu’un qui a été tué par Pablo Escobar, soit par les bombes ou ses sicarios. C’est une blessure qui n’a pas fini de cicatriser, même si dans les quartiers pauvres, il y a toujours beaucoup d’admiration pour lui. Ces rencontres avec des profs, des amis, aller voir les matches de foot, tout cela me fut très utile. Nous, les Brésiliens, sommes parfois tellement isolés culturellement en Amérique du Sud, nous sommes cet immense pays parlant portugais et qui n’a pratiquement aucune connexion avec l’Argentine, le Chili, le Venezuela… Et là, pour la première fois de ma vie, en Colombie, je me suis senti Sud-Américain dans mon cœur. Ce tournage et sa préparation ont eu une grande résonance avec ma propre histoire. Jamais je n’avais appris une autre langue pour jouer un personnage, Pablo Escobar est vraiment le rôle le plus difficile de toute ma carrière.

Narcos n’est pas tant une série sur la bio d’Escobar qu’une chronique de montée en puissance des cartels de la drogue. Scorsese est-il une influence directe et avez-vous déjà tourné la scène de la mort de votre personnage ?
W.M : Non, puisqu’on souhaite tourner une seconde saison donc Pablo Escobar ne meurt pas à la fin de cette première saison. Nous continuerons à explorer la croissance des cartels de drogue d’ailleurs, qui ne se limite pas à la Colombie et c’est pour cela que nous envisageons de tourner aussi la suite au Mexique. Quant à l’influence de Scorsese, oui, elle est évidente, au travers notamment de la voix off pour laquelle José Padilha pensait énormément aux Affranchis. En lisant le script, je trouvais même qu’il y avait beaucoup trop de voix off, qu’il en mettait partout, mais bon, c’est lui le chef !

Narcos, série créée par José Padilha et Chris Brancato (10×52′). Visionnable en streaming sur Netflix France à partir du 28 août.

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