ZOMBIE IN LOVE (CRITIQUE DE WARM BODIES, DE JONATHAN LEVINE)

ZOMBIE IN LOVE (CRITIQUE DE WARM BODIES, DE JONATHAN LEVINE)

Note de l'auteur

Ce n’est un secret pour personne, les zombies ont la cote. Avec plus de 400 films mettant en scène morts-vivants et autres infectés sur ces dix dernières années (dont World War Z cet été), difficile de renouveler le genre tout en imposant une vision un tantinet originale. Pleins d’espoir, on s’est dit que le réalisateur de Mandy Lane avait bien le potentiel pour ça. Erreur ?

«R». C’est la seule chose qui lui reste de son nom depuis que le monde est devenu un wasteland peuplé de zombies, laissant aux humains de maigres havres de paix ultra fortifiés. Mais tout zombie qu’il est, R possède assez de volonté pour nous raconter qu’il traîne dans un aéroport, ressent de la peine envers ses semblables, discute à grognements entendus avec un pote d’infortune et s’est aménagé un avion dans lequel il écoute de vieux 33 tours. Une routine bien rodée qui va pourtant changer quand il rencontrera Julie, une humaine dont il tombera amoureux et qu’il tentera dès lors de sauver de l’appétit de ses congénères. Mais quel avenir peut avoir une telle relation ?

Avec son premier film Tous les garçons aiment Mandy Lane en 2006, le réalisateur Jonathan Levine s’est payé le double luxe de révéler la magnifique Amber Heard et d’imposer une patte d’auteur bien particulière, tant narrative (retournements chocs, contre emplois savants) que visuelle, entre cadres 70s poisseux et délires visuels. Son métrage suivant, Wackness, à la fois plus intime et plus barré, lui ouvrira les portes d’Hollywood. Assez en tous cas pour recruter Joseph Gordon Levitt et Seth Rogen dans la réjouissante comédie 50/50. Avec une telle montée en puissance, impossible de ne pas attendre Levine au tournant quand le monsieur se lance dans un genre aussi codifié que le zombie flick, avec ses envolées gore et une nature de brûlot contestataire trop estompée de nos jours au profit du grand capital.

Pas d’erreur, y’a une erreur.

Mais si la magnifique direction artistique met rapidement en confiance (décors somptueux, maquillage au top), autant tuer le suspens dans l’oeuf : on n’a pas vu le film qu’on espérait, le dernier Levine étant assuré de faire sauter au plafond tous les fans hardcore du genre. A l’inverse de Zombieland ou de Shaun of the Dead qui avaient réussi à manier habilement la comédie tout en restant respectueux du genre, Warm Bodies semble traîner son statut horrifique comme on traîne son petit cousin morveux en boite un samedi soir.

Tout élément gore est ici confiné au hors champ, et il suffira par exemple de placer une goutte de sang contaminé sur le visage d’un humain afin de tromper le nez d’une horde de bouffeurs de cervelle. Le comble : afin de faire la différence avec les « gentils zombies », le bestiaire est agrémenté d’une race de zombie-rapaces, ultime évolution zombiesque des morts ayant totalement perdu leur part d’humanité. Une astuce qui aurait pu être louable au passage si sa raison d’être n’était pas désamorcée dès les premières minutes du métrage. Avec cette distinction marquée et l‘évolution éclair des sentiments que nourri R à l’égard de Julie, il ne faut pas 20 minutes de film pour imaginer que tout va se finir en marshmallow. On ne parle même pas du Deus Ex-Machina éhonté qui va permettre de résoudre la choucroute.

Bien qu’il reprenne l’idée principale de Land of the dead en la poussant à son paroxisme – les zombies peuvent être doués d’intelligence et de sentiments -, le scénario de Warm Bodies semble ainsi tout droit sorti de la cuisse à Stephenie Meyer. Avec ses grosses cuillères de guimauve et sa romance improbable, le film se range du côté des comédies romantiques chères à celles qui détestent habituellement la violence et le démasticage de cadavres qui bougent encore. Vu sous cet angle (sic), le film possède d’ailleurs quelques bons moments et peut se révéler éminemment sympathique. Levine sait utiliser son savoir faire pour faire sien le matériel original, à grand coups de filtres visuels, de -quelques- vannes bien senties et d’une bande son qui fleure bon le vieux disquaire. Le casting est également on ne peut plus calibré : Nicholas Hoult (Skins, X-Men : First Class) se charge de contenter les midinettes, Teresa Palmer (Numero Quatre) fait parfaitement figure d’objet du désir pour lequel le monde se met en branle. John Malkovich, Rob Roddry et Dave Franco, respectivement dans les rôles du père über protecteur, du meilleur pote et de l’ex de la miss, remplissent quant à eux parfaitement leur office.

On a connu sorties plus flippantes.

Du coup, si vous cherchez un premier film de zombies à montrer à votre petite nièce geekette girly, il y a de grandes chances pour qu’elle trouve ici son film de l’année. Mais s’il porte manifestement ici et là la marque de son auteur, Warm Bodies reste malheureusement trop propre, trop bourré de raccourcis, d’impasses scénaristiques et joue finalement trop les saintes ni-touches pour convaincre totalement. C’est d’autant plus rageant que la nature des zombies et leurs évolutions avaient le potentiel pour pousser le genre dans de nouvelles directions. A vous de voir si votre côté fleur bleue l’emportera sur les tâches de cervelas, définitivement absentes du carpet.

Warm Bodies Renaissance, de Jonathan Levine (adapté de la nouvelle éponyme d’Isaac Marion). 1H37. Sortie nationale le 20 mars 2013.

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