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We Were On A Break (critique de Jamais entre amis, de Leslye Headland)

We Were On A Break (critique de Jamais entre amis, de Leslye Headland)

Note de l'auteur

Comment une petite comédie US peut se transformer en une des meilleures séances de l’année ? Très simple : des talents qui ne demandaient qu’à éclater sur grand écran, une écriture au cordeau, et des séquences qui restent en mémoire sans forcément tomber dans le piège de la vulgarité. Sleeping With Other People (Jamais entre amis), c’est tout ça à la fois.

JAMAIS+ENTRE+AMIS+PHOTO2Début des années 2000. Jake (Jason Sudeikis) et Lainey (Alison Brie) se rencontrent à la fac, après qu’elle a causé un scandale dans le couloir suite à une énième dispute avec son copain d’alors, Matthew (Adam Scott). De fil en aiguille, ils perdent tous les deux leur virginité ce soir-là. Une quinzaine d’années après, Lainey est devenue instit en maternelle, et infidèle chronique. Elle recroise la route de Jake par hasard après une énième rupture aigre dans un restaurant. Celui-ci est devenu un homme à femmes, connu comme tel dans sa boîte, certes très épanoui professionnellement mais il arrive vite à partager ses soucis avec Lainey. Il essaie de séduire sa chef (Paula), récemment divorcée, même si elle reste sur ses principes de no zob in job. Les deux s’engagent dans une relation platonique pour tenter de s’engager dans une relation stable. Un soutien honnête qui ne prend pas la route des friends with benefits déjà ressassé avec plus ou moins de bonheur ailleurs, et qui constitue le ciment du film.

Malgré la présence des soutiens indéfectibles Will Ferrell et Adam McKay à la production, Leslye Headland prend une direction beaucoup plus calme que son Bachelorette, et les frasques de ses deux personnages principaux ne prennent pas les proportions de son précédent trio féminin. En d’autres termes : pas de gras, mais des personnages qui prennent pleinement corps dès leurs premières scènes, et ne versent jamais dans l’antipathie. La grande qualité de Jamais entre amis, c’est d’abord ses échanges crus et honnêtes, qui s’étirent sur plusieurs minutes : dès le premier tiers du film, il devient clair qu’Headland ne sacrifiera pas ses deux interprètes sur l’autel du comique physique vu et revu ailleurs. Pareil du côté des références : les références à Game Of Thrones ou même les frasques du scénariste Aaron Sorkin sont bien là, mais ne remplissent pas le quota de « pop culture cool » autosuffisante qui gangrènent tant le paysage de comédie US (oui, Seth MacFarlane, on parle bien de toi). Autrement dit, les dialogues de Headland sont prolixes mais font toujours mouche.

La grande qualité du film, c’est bien sûr ses interprètes, qui habitent leur rôle et leur insécurité inhérente comme un gant. Ceux qui ne sont pas des aficionados du Saturday Night Live ou de la série des Comment tuer son boss ?seront sans doute passés à côté des talents de Jason Sudeikis, qui sait délaisser ses talents de playboy et débiter des observations et punchlines ravageuses à la seconde. Chaque scène lui appartient sans effort, avec l’assurance des vétérans : en bref, une composition de superstar. Du côté d’Alison Brie, elle a déjà brillé chez Nicholas Stoller mais met son énergie survoltée à 100% au service de sa réalisatrice-scénariste. Même les seconds rôles sont bien exploités : Adam Scott revêt des postiches hilarants pour incarner le gynéco duquel ne peut pas se remettre Lainey, et Jason Mantzoukas, d’habitude utilisé comme personnage braillard et ordurier de service, est ici un père débordé bien plus subtil que ses précédentes apparitions. Un casting totalement aux petits oignons, qui est dupliqué par de vraies idées de mise en scène. Exemple : cette discussion en plein magasin qui va embarrasser les employés et ajoute un niveau à l’humour contextuel sans même en faire des tonnes.

Une comédie de relationnel, de maladresse, de tact, de bonne et de mauvaise communication, sexy mais juste quand il le faut, et aux dialogues riches en vannes et subtilités qui demandent un deuxième visionnage. Du travail d’orfèvre en béton armé, qui surnage bien au-dessus des comédies américaines de cette année.

Jamais Entre Amis (Sleeping With Other People). De Leslye Headland. Avec Jason Sudeikis, Alison Brie, Adam Scott, Natasha Lyonne, Amanda Peet. Durée : 1h44. En salles depuis le 9 septembre.

 

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