Wolfenstein II : tient-on vraiment le nouveau colosse ?

Wolfenstein II : tient-on vraiment le nouveau colosse ?

Note de l'auteur

Après un reboot particulièrement réussi et un préquel bien fun à base de zombies, Wolfenstein revient, plus attendu que jamais. Après un petit aperçu prometteur, cette suite est-elle vraiment à la hauteur ?

Commençons par le gameplay. Nerveux, brutal à souhait, on est dans la ligne directe de ses prédécesseurs, et c’est tant mieux ! Quelques améliorations mineures sont au rendez-vous comme la possibilité de pouvoir tenir une arme différente dans chaque main. Si cette nouveauté m’avait enthousiasmé au plus haut point lors de la démo, je dois avouer avoir assez peu utilisé cette fonctionnalité durant le jeu. Cela dépendra du style de chacun, certaines armes vont bien ensemble comme le combo fusil à pompe / fusil mitrailleur, d’autres beaucoup moins comme le pistolet avec n’importe quelle autre arme… En tout cas, cela ajoute un peu de profondeur bienvenue au gameplay.

On pourra aussi débloquer quelques upgrades bien utiles pour nos armes ainsi que trois améliorations du personnage : des échasses pour avoir une vue d’ensemble du terrain et atteindre des plate-formes en hauteur, un harnais qui nous permet de se faufiler dans d’étroits tunnels, ou des épaulières qui permettent d’enfoncer des murs et de faire tomber les ennemis en leur fonçant dedans. Les idées sont très bonnes, mais le level design est tel qu’il y a finalement trop peu d’occasions de les utiliser comme on le voudrait, dommage.

La progression est moins linéaire qu’auparavant et à partir d’un certain point dans le jeu, vous aurez la possibilité de vous déplacer depuis votre base mobile dans certains niveaux pour accomplir des missions annexes ou simplement revisiter les lieux (que les ennemis auront à chaque fois réinvestis). Un conseil : si vous êtes du genre perfectionniste, faites un maximum de missions annexes et débloquez un maximum d’upgrades la toute première fois que le jeu vous laisse cette liberté. Vous pourrez ainsi continuer l’histoire en profitant de vos nouvelles armes et gadgets, car une fois le jeu terminé, même si vous pourrez revisiter les niveaux pour des missions d’assassinat, ils paraitront bien vides comparés à la campagne principale.

Parlons level design. Plus intéressants qu’auparavant, les niveaux sont plus grands, plus tortueux et offrent un peu plus de liberté au joueur. Comme dans les opus précédents, les niveaux se composent pour la plupart d’une phase d’infiltration, durant laquelle on a la possibilité d’éliminer un ou deux officiers qui peuvent appeler des renforts. Des phases d’infiltration très frustrantes car même si le level design s’est amélioré, il reste encore bien trop peu de possibilités pour une approche discrète, et on finit systématiquement par foncer dans le tas, le gameplay étant de toute façon plus adapté pour cela. Là encore, c’est dommage.

Le problème est que Wolfenstein est un peu trop encombré de fioritures et que les contrôles sont un peu trop mous pour arriver à l’excellence brutale d’un Doom. Ses phases d’infiltration manquent de subtilité pour avoir un réel intérêt, ce qui donne un résultat un peu bâtard. Attention, cela reste un excellent FPS, mais qui aime bien châtie bien.

Tout cela est bien joli, et on tient un FPS de qualité même s’il n’est pas exempt de défauts. La direction artistique est au top, plus variée qu’auparavant, la musique est efficace, les graphismes magnifiques (si tant est que votre PC tienne la route)… Mais qu’en est-il de l’histoire ? Attention, d’une part je risque de légèrement vous spoiler à partir d’ici, et d’autre part, naturellement mes opinions n’engagent que moi. En bref : c’est comme un film Marvel, visuellement, c’est superbe, mais dans le fond, ce n’est pas terrible. Mais tout n’est pas perdu…

L’industrie du jeu vidéo a toujours malheureusement eu un gros problème de scénario, Tom Bissell en parlait très bien dans son livre Extra Lives. Les dialogues ne volent pas bien haut et l’intrigue est simpliste, et même si des efforts remarquables ont été faits depuis quelques années, on n’arrive toujours pas à la cheville du cinéma (ce n’est pourtant pas faute de le copier). La narration est ainsi laborieuse et parfois trop présente avec des dialogues parfois interminables. D’autant que, comme les films Marvel, les scénaristes de Wolfenstein II se sentent obligés de mettre des blagues lourdes à chaque instant, gâchant ainsi la plupart des scènes un peu dramatiques. On a l’impression qu’ils veulent à tout prix retenir l’attention de leur public, coûte que coûte. Et c’est dommage car il y a quelques excellentes idées, dont certaines rendent hommage justement au kitch du cinéma de science fiction des années 60 à 80. Les meilleures idées de narration passent d’ailleurs par le gameplay et non par le dialogue, je pense notamment à une certaine séquence dans un tribunal.

Mais passons ces maladresses de surface, et creusons un petit peu. L’intérêt de ce volet est d’avoir placé l’action aux États-Unis. Ainsi, le jeu est un petit road trip entre un Manhattan post nucléaire (qui ne manquera pas de rappeler Metro) et Roswell, en passant par la Nouvelle Orléans (voire beaucoup, beaucoup plus loin, sans vouloir vous gâcher la surprise !). L’occasion de voir un peu de civils dans cet univers généralement exclusivement militaire. Vous croisez des passants qui supportent le régime, d’autres qui en souffrent plus ou moins directement, et parmi les ennemis vous trouverez des membres du Ku Klux Klan, qui s’ils ont l’air de partager les idéaux des nazis ont également l’air terrifié par ces derniers dans quelques dialogues. Et c’est là une petite dose de nuance qui pour moi fait toute la différence.

Je m’explique : j’ai toujours eu un problème avec les nazis de Wolfenstein. Ils représentent le mal pur, comme les démons de Doom. Les soldats portent des casques qui leur cachent le visage, leurs yeux sont rouges, ils font des bruits qui n’ont rien d’humain, etc. Cela contraste avec les gentils héros américains qui font des blagues, ça fonctionne bien dans le jeu, mais pour moi cette représentation pose un problème. En représentant les nazis comme des monstres des enfers, on les déshumanise, et on s’en désolidarise complètement, rendant assez facile la possibilité de ne rien apprendre de l’histoire. Parce que l’histoire, c’est qu’il s’agissait d’hommes et de femmes comme les autres qu’un régime et un climat de haine ont perverti.

Alors certes, dans le volet précédent, un des rebelles était un ancien nazi reconverti, et ici, nous avons cette fille de nazi qui refuse de suivre sa mère et rejoint Blazkowitz. C’est bien, mais ce sont des cas isolés. Le fait de voir la population américaine à plus grande échelle réagir sous l’occupation est bien plus intéressant, en particulier dans le climat actuel où, en 2017, le Ku Klux Klan défile dans les rues. L’extrême droite américaine s’est d’ailleurs empressée de dénoncer le jeu. Un FPS bourrin qui appuie où ça fait mal sur un sujet politique, c’est rare. Encore une fois le tout manque cruellement de subtilité et on est encore loin de vraiment remettre en question le patriotisme américain, mais c’est déjà un petit pas en avant pour ce médium qui a tout à fait la capacité de faire réfléchir. Alors, encore un petit effort, on est sur la bonne voie ! En attendant, on a au moins de quoi s’amuser avec ce Wolfenstein II: The New Colossus.

Wolfenstein II: The New Colossus
Développeur : MachineGames
Éditeur : Bethesda
Plateformes : PC, PS4, Xbox One, Switch

 

 

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