WTF Sutter (Critique du 6.01 de Sons of Anarchy)

WTF Sutter (Critique du 6.01 de Sons of Anarchy)

Note de l'auteur

Photo FX

On l’attendait (ou pas), la voici, la voilà la saison 6 de Sons of Anarchy ! Son season premiere a été diffusé le 10 septembre dernier et le moins que l’on puisse dire c’est que… c’était pas très bon. Visiblement écrite par un Kurt Sutter sous champignons hallucinogènes, cette ouverture de saison n’a pas été du niveau espéré et constitue un démarrage bancal pour cette sixieme année chez les bikers de Charming. Retour sur 60 minutes au pays de l’ennui. ATTENTION SPOILERS !

Je l’imagine bien, ce cher Kurt, en train de réfléchir à ce qu’il pourrait mettre dans le premier épisode de la saison 6 de Sons of Anarchy. Je le vois, ivre ou quelque chose dans ce goût-là, en train de se dire : « Il y a quelques années j’ai écrit une scène de viol pour ma femme (Katey Sagal, alias Gemma dans la série). À moi maintenant ! » Oui, mesdames et messieurs qui me lisez sans avoir vu ce season premiere, on a eu droit à un nouveau viol dans Sons of Anarchy. Et pour ceux qui l’ont vu, peut-être conviendrez-vous comme moi qu’il s’agissait-là d’une scène choquante faite pour choquer, un truc moyennement justifié qui fait surtout grincer des dents.

Voilà le topo. Tout au long de l’épisode, le Marshall Lee Toric, interprété par Donald Logue, passe de cellule en cellule pour proférer des menaces, contre Clay, contre Tara, et contre Otto (ce qui explique le viol de ce dernier). Mais moi, au bout d’un moment, je ne m’explique plus la loyauté d’Otto envers le club et je ne comprends vraiment pas comment il n’en est pas encore arrivé à se suicider. En fait, Sutter s’est mis dans une position difficile vis-à-vis de certains de ses personnages. Il y a d’un coté ceux dont il devrait se débarrasser, comme Clay l’increvable, mais dont il ne parvient pas à se séparer. Et il y a ceux dont il ne peut plus justifier les actes. Alors pour qu’Otto se taise, il lui a coupé la langue, et pour expliquer les faits et gestes des autres, il met tout sur le dos du mode de vie des vrais bikers.

Salut maman.

Cela fait 5 minutes que Tara est en prison et Jax trouve déjà le moyen de lui être infidèle ? Mais c’est bien normal, c’est comme ça que les bikers comblent l’absence de leur old lady quand elles sont en cabane ! C’est facile de faire faire des choses aux héros sous couvert d’un mode de vie différent, mais il faut tout de même apporter une certaine continuité à cette écriture avant que les personnages ne passent tous pour des idiots finis. Jax par exemple, cherche désespérément à être un bon père pour ses fils et à leur montrer un bon exemple à suivre. Sauf qu’il est toujours aveugle lorsqu’il s’agit des agissements de sa mère et que cela le décrédibilise cruellement. De fait, Gemma est redevenu la maman de tout le club dans ce season premiere, faisant encore une fois gober à Jax tout ce qu’elle veut et n’hésitant pas une seule seconde à menacer tout le monde à tort et à travers sous prétexte qu’elle est revenue dans les petits papiers du boss.

C’est à ce demander si Sutter n’était pas en panne d’inspiration le jour où il a eu recours aux champignons. Comme s’il ne savait plus quoi faire de ses personnages, il s’est dit qu’il allait juste reprendre des aspects de la saison précédente, à quelques détails près. Tout est gratuit, rien n’a beaucoup de sens, et malheureusement d’intérêt. Alors on replonge dans une sinistre histoire de porno, histoire de passer le temps, et puis on fait revenir les hommes de Pope pour qu’ils exigent à nouveau la tête de Tiggy (à croire que la résolution de cette intrigue l’an passé était visiblement trop facile). Et enfin, pour ajouter un peu de mystère au milieu de tout cela, on nous montre un étrange gamin qui vient squatter tout l’épisode en traînant avec lui le spectre de ses futures actions, comme un mauvais présage au visage angélique.

Alors oui, il s’est passé des choses dans cet épisode, mais rien pour véritablement lancer cette saison. On ne sait pas de quoi elle sera faite, on ne nous en donne pas un aperçu et on ne nous lance pas vraiment dans de nouvelles intrigues. On stagne, on se regarde dans le blanc de l’œil en attendant qu’il se passe vraiment un truc. Qu’est-ce qu’on attend d’un season premiere ? Que ça fasse avancer une série, que ça la remette sur les rails ou que ça la pousse dans ses retranchements. Est-ce qu’on a vraiment eu ça avec cet épisode ? Non.

Et ça, Sutter a dû s’en rendre compte. Alors qu’est-ce qu’il a fait ? Il a pris le gamin blondinet, lui a filé un cahier avec des dessins effrayants trahissant un enfant perturbé, puis lui a mis un flingue dans les mains avant de le pousser dans une école catholique pour une petite fusillade dans les règles. Et là, j’ai eu envie de crier devant mon écran « WHAT. THE. FUCK. SUTTER ! À quoi bon faire ça ? Après le viol d’Otto, il fallait vraiment tirer sur la corde du drama à ce point-là ? »

Il s’est passé quoi ??

Mais d’un côté, je peux comprendre l’intention de Sutter. Dans le contexte de la série, ce moment résonne comme une sorte de menace vis-à-vis de Jax et de l’éducation qu’il donne à ses enfants. On a ici l’histoire d’un type qui deale des armes pour gagner sa vie, et qui essaye en parallèle d’élever ses deux garçons dans une structure familiale aussi sécurisée que possible. De fait, avoir cette scène montrant un enfant provenant de ce même milieu, ayant accès à ces armes et s’en servant contre d’autres enfants, est une bonne idée pour montrer le véritable danger inhérent au monde dans lequel grandissent les fils de Jax. Cela fait écho à ce pourquoi Tara cherche à fuir cet univers depuis si longtemps et pointe du doigt ce qu’elle cherche à éviter à tout prix.

Mais même si l’idée est bonne sur le papier, elle a mal été mise en place. L’événement arrive un peu trop comme un cheveu sur la soupe dans ce season premiere et passe à côté de l’effet escompté. Au final, on est choqué et le sous-texte de cette histoire n’est pas bien transmis au spectateur. Vouloir revenir sur la question des fusillades et de leur triste répétitivité au sein de la société américaine n’est pas en soi une mauvaise idée, mais est-ce que cela a vraiment bien été souligné dans Sons of Anarchy et perçu de la manière espérée ? À chaud, au moment du visionnage, non, ça ne fonctionne pas et perd en profondeur.

Il aurait peut-être fallu conclure ce season premiere sur cet événement pour que son impact soit plus fort. Finir sur les fesses de Jax et de Donald Logue (lui aussi sous champi apparemment) aura eu pour résultat de casser cet effet et d’affecter la dynamique de l’épisode. En somme, ce season premiere était décevant parce qu’à trop vouloir tenter de trouver de nouvelles bases sur lesquelles se fonder et de surprendre le spectateur, il a fait du surplace. Rien n’est pour autant perdu, et la saison peut encore promettre d’être bonne, à condition que les autres épisodes donnent moins l’impression d’être des brouillons et que les choses se mettent véritablement en place pour faire avancer les personnages et leurs histoires.

 

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