X-Files en 20 épisodes : Audrey Pauley [9×11]

X-Files en 20 épisodes : Audrey Pauley [9×11]

Note de l'auteur

Lancée le 10 septembre 1993, The X-Files fêtera ses vingt ans dans quelques jours. A l’approche de cet événement le Daily Mars a passé tout l’été avec la série culte créée par Chris Carter, qui rassembla les fans de fantastique, d’horreur et de science-fiction tout au long des années 90, au fil de ses quelques 202 épisodes. Nous vous proposons de vous raconter l’histoire de The X-Files en vingt épisodes. Notre avant-dernier volet s’intéresse à un épisode de la dernière saison qui s’attache à développer les nouveaux personnages.

Monica Reyes, enfermée dans le monde mystérieux d’Audrey Pauley…

Après avoir déposé Doggett à son domicile, Monica Reyes est victime d’un accident de voiture. A l’hôpital, on la prononce cliniquement morte, et le médecin qui s’accupe d’elle évoque la possibilité de débrancher les équipements qui la maintiennent en vie. Doggett ne peut se résoudre à l’accepter. De plus, il est intrigué par la présence d’une énigmatique employée mentalement retardée, Audrey Pauley. Celle-ci lui apporte bientôt un message de Monica. Audrey est en effet capable de se rendre dans le monde étrange dans lequel l’agent se trouve prisonnière…

Scénario : Steven Maeda. Réalisation : Kim Manners. Première diffusion Fox : 17 mars 2002 2000 ; première diffusion M6 : 6 novembre 2002.

 

Des négociations difficiles

Les bonnes audiences de la huitième saison (en janvier 2001, les audiences avaient même progressées de 7% par rapport à l’année précédente, et de 9% sur les 18 à 49 ans ; en mai, le bilan final se traduira par un baisse minime) ont pavé la voie à une neuvième saison de The X-Files. Alors que la commande initiale pour la saison 8 était de 20 épisodes, Fox en demande même un de plus en cours d’année.

La question est de savoir qui va rempiler. En 2000, Chris Carter et David Duchovny n’ont signé de contrat pour une seule nouvelle saison. Les discussions avec eux doivent reprendre de zéro. A priori, un retour de Duchovny semble peu probable, mais cela n’empêche pas Fox d’essayer de négocier au moins quelques apparitions – en large partie à l’insistance de 1013 Productions et de Chris Carter lui-même. L’équipe aimerait en effet que Mulder reste une présence dans la série tant que Gillian Anderson fera partie de la distribution principale. Or, le studio a extorqué une neuvième saison à l’actrice l’année précédente. « La série pourrait certainement revenir, » affirme Chris Carter très tôt dans la huitième saison. « Mais je n’ai pas de contrat, et quand je suis revenu cette année, j’ai dit que je ne le ferais que si je pouvais trouver un moyen de le faire bien. C’est ainsi que je pourrais revenir l’an prochain. C’est en considération. Je ne dis pas non, je ne dis pas oui » [‘X-Files’ Spinoff Due On Fox In March, par James Endrst, The Hartford Courant, décembre 2000].

Mais, à nouveau, ces discussions vont se prolonger jusqu’à la dernière heure. Et même au-delà. Lorsque l’équipe tourne le dernier épisode de la saison 8, personne ne sait si la série sera renouvelée ou pas. « Ecrire l’histoire a été beaucoup moins difficile que l’année dernière, » commente toutefois Frank Spotnitz en faisant référence au cauchemar que fut l’écriture de « Requiem » [7.22]. « Que ce soit la fin de la série, ou qu’elle continue avec d’autres personnages, ou bien qu’il y ait une franchise cinématographique après, dans tous les cas c’est la fin de huit années de la série, et nous écrivons les choses comme ça. Quelque chose se termine clairement. Nous avons une idée claire de ce qu’il faut faire » [The future of Mulder and Scully, par Anthony C. Ferrante, If Magazine, mars 2001]. Les personnages de Mulder et Scully sont amenés à une conclusion. Leurs apparitions dans la prochaine saison éventuelle ne seraient que du bonus : le bâton est passé à Doggett et Reyes, qui ont en charge les affaires non-classées – dans la neuvième saison, Scully a repris son travail d’enseignante à Quantico et n’aide les deux agents que pour quelques consultations et autopsies.

Difficile de savoir exactement ce qu’il s’est passé en coulisses entre mai et juillet 2001. Personne n’en a jamais parlé de façon très ouverte. Les scénaristes de 1013 Productions sont très déçus de l’annulation du spin-off The Lone Gunmen, qui trouvait enfin son ton en fin de première saison. Ses audiences le vendredi soir étaient modestes, mais supérieures à quoi que ce soit que la chaîne y avait diffusé depuis l’arrêt de MillenniuM. Avant cette annulation, Chris Carter parlait encore de la prochaine nouvelle série que, contractuellement, il devait créer pour 20th Television. Après, il n’en sera plus jamais question. Par ailleurs, Duchovny confirme qu’il quitte définitivement la série.

Chris Carter avec Gillian Anderson sur le tournage du tout dernier épisode, The Truth

En mai, le network Fox annonce le renouvellement de The X-Files pour une neuvième saison. Mais, Sandy Grushow, le patron du studio, n’est pas en mesure de dire qui en sera le showrunner. Chris Carter n’a pas encore signé.

Carter souhaitait depuis plusieurs années prendre du champ et laisser les rênes à son bras droit Frank Spotnitz. Mais la Fox considérait qu’il était important de convaincre – ou au moins de donner l’illusion – que l’intérêt créatif est toujours là, et que cela passait par la présence du créateur. Même si Spotnitz, Gilligan et Shiban avaient été les co-showrunners de The Lone Gunmen, elle refuse dans un premier temps de leur confier The X-Files.

Les négociations continuent avec Carter. Elles s’ouvrent aussi avec d’autres showrunners ‘‘connus’’ potentiels. Glen Morgan et James Wong sont approchés, mais ils refusent la proposition de diriger l’écriture de la neuvième saison. Probable que le studio n’ait réussi à convaincre aucun scénariste de premier plan. Et il aurait été difficile de mettre au-dessus du trio en place quelqu’un qui n’avait pas vraiment plus d’expérience qu’eux.

Finalement, à la fin du mois de juin, alors que le travail des scénaristes a déjà repris depuis deux ou trois semaines, Grushow annonce que si Carter devait ne pas revenir, Spotnitz, Gilligan et Shiban se verraient chargés de la direction de la série. Mais en coulisse, les négociations continuent, et tout est fait pour convaincre Carter de revenir. « De toute évidence, nous espérons qu’il va revenir, » commente Frank Spotnitz, « parce que c’est sa série, sa vision que nous avons tous servi pendant toutes ces années. C’est un scénariste et un producteur doté d’un talent énorme. S’il ne revient pas, et bien ce n’est pas comme si nous ne savions pas où se trouvent les dossiers » [The X-Files enters the unknown without Duchovny, par Tom Kessenich, Krause Publications, juillet 2001].

Aux environs du 10 juillet, Chris Carter signe finalement… juste avant de partir surfer dans le Pacifique, au large de Sumatra, pendant deux semaines ! Avant de s’éclipser, il diffuse un communiqué de presse : « Deux conversations privées, avec Sandy Grushow et avec Frank Spotnitz, et l’opportunité de travailler avec, écrire pour, et développer davantage les personnages interprétés par les incroyablement talentueux Robert Patrick et Annabeth Gish m’ont persuadé qu’il y avait encore du bon travail à faire. Je ressens aussi une obligation envers Gillian Anderson pour sa dernière année dans la série et je lui suis infiniment reconnaissant – tout comme à David – pour donner autant à une chose dont aucun d’entre nous n’a jamais pensé qu’elle prendrait une décennie de nos vies ».

« J’ai fait un grand voyage pour le surf cet été, » raconte Carter dans l’émission radio de Kevin et Bean. « C’était mes grandes vacances d’été. Je suis allé en Indonésie. C’est la destination parfaite pour le surf, c’est là que tous les surfeurs veulent aller ». Les deux animateurs s’inquiètent alors, quelques conflits militaires étant survenus dans cette région du monde à la fin de cet été. Vous n’avez pas eu à éviter les balles sur votre planche de surf, demandent-ils. « J’évitais beaucoup de choses. Mais ce n’était pas des balles » [Interview with Chris Carter, The Kevin and Bean Show, KROQ radio, novembre 2001].

Lorsque Chris Carter fait son retour, les deux premiers épisodes de la saison sont en préproduction. Difficile de croire qu’il ait beaucoup participé à l’écriture, même si les crédits de scénario affichent son nom à coté de celui de Spotnitz. Cet été incroyablement chaotioque va avoir de lourdes conséquences sur la saison à venir. Alors que pour la saison 8, Carter et Spotnitz avaient pu inventer un nouveau volet de la mythologie, toute la neuvième saison ne reposera que sur des éléments précédemment établis, et sur les quelques questions laissées sans réponses lors de l’arc du retour de Mulder et de la naissance de William.

Lucy Lawless, super-soldat

Or, tous ces aspects de la mythologie sont liés à un personnage qui n’est plus là. Carter et Spotnitz, suite aux critiques émises par les fans pendant la première moitié de la saison précédente et qu’ils ont fait l’erreur d’écouter, essaient de maintenir Mulder au centre des intrigues mythologiques pour un résultat très peu concluant. « A mon avis, la seule chose que nous n’avons pas bien faite en saison 9, » confessait Kim Manners en 2008, « c’est que beaucoup des épisodes étaient à propos de Mulder. Je pense que c’était une erreur de faire une série à propos d’un homme qui ne se trouvait pas en face de la caméra » [The Complete X-Files, par Matt Hurwitz et Chris Knowles, Insight éditions, 2008].

Pour couronner le tout, Lucy Lawless, engagée pour devenir un nouvel antagoniste récurrent liée à Doggett, tout comme Knowle Rohrer, se découvre enceinte et ne peut plus réapparaître après les deux premiers épisodes. Dans le brouhaha médiatique qui entoure les deux dernières saisons, on entend souvent que les nouveaux personnages n’ont pas su porter la série. Mais quand on regarde les épisodes, force est de reconnaître qu’ils étaient ce que The X-Files avait de plus intéressant à offrir. Les meilleurs épisodes de la saison 9, et quelques-uns sont absolument excellents, sont ceux qui se centrent sur les nouveaux agents. Il n’en est pas meilleure preuve que le duo d’épisodes proposés par le scénariste Steven Maeda : « 4-D » [9.04] et « Audrey Pauley » [9.11], deux histoires qui sont le miroir l’une de l’autre, comme les deux faces d’une même pièce de monnaie.

 

Nouvelle génération

Malgré son retour tardif, Chris Carter retrouve vite ses vieilles habitudes, et la seule éthique de travail qu’il connaisse. Il s’implique très fortement. « Je suis sidéré de voir à quel point Chris est facile à joindre, » admettait Robert Patrick. « Tout ce que vous avez à faire, c’est appeler son bureau. Il y a est à toute heure de la journée. Ce gars travaille aussi dur que possible » [The Chris Carter Workout, par Barry Garron, Emmy Magazine, avril 2001]. Les nouveaux agents sont placés résolument au centre de la saison. Malgré l’ombre de Mulder qui plane. Malgré Scully, condamnée à hanter les épisodes de la nouvelle génération – mais en l’occurrence, « 4-D » et « Audrey Pauley » comptent parmi ses meilleures apparitions, en tout cas les mieux justifiées. Cela ne veut pas dire que tout est parfait pour ce qui concerne les nouveaux agents.

Les scénaristes tentent de développer un nouvel environnement autour des personnages pour contrer l’absence de personnages récurrents. Tandis que Skinner est conforté dans sa position d’allié des X-Files (Mitch Pileggi est désormais crédité dans le générique d’ouverture des épisodes dans lesquels il apparaît), Kersh est maintenu dans sa position d’antagoniste au sein du FBI, sans grand travail d’approfondissement du personnage ni de ses motivations. Un nouveau est introduit, Brad Follmer (c’est le nom de l’assistant de Chris Carter à cette époque), incarné par le britannique Cary Elwes. C’est un nouveau directeur adjoint, qui a un passé romantique avec Monica Reyes. Frank Spotnitz met ainsi en place une étrange et assez dispensable chaîne amoureuse : Follmer a encore des sentiments pour Reyes, qui en pince pour Doggett, qui ressent une attraction secrète pour Scully, qui aime Mulder l’absent. « J’ai apprécié de pouvoir finalement développer l’aspect sexuel de Monica », dit Annabeth Gish de sa relation avec Follmer. « C’est un aspect du personnage à propos duquel Chris et Frank voulaient être clairs. Monica est une femme passionnée, sexuelle, sexy » [Reyes to the rescue, Starlog Magazine, mars 2002]. En somme l’antithèse de Mulder et Scully et de leur relation non-physique. Mais, dans les faits, Carter éprouve sans doute quelques difficultés à forcer sa nature. Le personnage de Reyes tend à se normaliser, au mieux. Il est carrément transformé, au pire.

Le médecin en Scully la conduit à penser que Monica est morte…

La caractérisation de Monica Reyes a souffert entre les saisons 8 et 9, une fois de plus sous l’influence négative d’une partie du public, qui a très mal réagi au personnage un peu barré écrit par Chris Carter, qui essayait d’arrêter de fumer et imitait le chant des baleines. L’agent subit l’équivalent d’une tentative de greffe de nouvelle personnalité, et ne sera fidèle aux promesses de la saison précédentes que dans une poignée d’épisodes, dont ceux de Maeda et le bien nommé « Improbable » [9.14], écrit et réalisé par Chris Carter. L’arrêt de la série survivra juste au moment où Annabeth Gish commençait à trouver son chemin parmi les indications contradictoires qui lui étaient données.

Avant The X-Files, Annabeth Gish n’avait jamais tenu de rôle où elle avait du utiliser une arme à feu. L’actrice avait notamment tendance à fermer les yeux au moment de tirer. Alors au début de sa participation à la série, les producteurs lui ont arrangé un stage d’entraînement supervisé par Wade Allen, un responsable des cascades. « Il était censé m’entraîner aux armes à feu, mais on est tombé amoureux à la place » [Q&A with Annabeth Gish, Phase9 Entertainment, juillet 2004]. Suivant les traces de Gillian Anderson, qui avait rencontré son premier mari sur le tournage de la première saison, Gish et Allen se marient en 2003. Ils le sont toujours.

 

Continuité

Dans « Audrey Pauley », Mark Snow assure une continuité musicale en incorporant au score des éléments de celui de l’épisode « One Breath » [2.08] dans lequel c’est Scully qui vivait une expérience de mort approchée.

Les parents de Monica Reyes, qui ne sont pas ses parents biologiques, vivent au Mexique, ce qui explique son nom de famille et sa familiarité avec la culture latine, vue précédemment dans « John Doe » [9.07].

 

Production

Pour Annabeth Gish, la saison 8 avait été un galop d’essai. « Quand j’ai signé, c’était d’abord pour quatre épisodes. C’était clairement une période d’essai, et j’étais nerveuse. Je voulais vraiment faire le meilleur travail possible, dans l’espoir de rejoindre la distribution permanente. J’avais toujours apprécié le travail qu’ils faisaient sur cette série. C’est un programme de qualité. Et, de ce qu’ils m’avaient dit du personnage de Monica, ça semblait bien me correspondre. Sur le plan émotionnel, il y a des choses chez moi qui sont très similaires à Monica. Chris employait toujours des mots comme ‘solaire’, ‘lumineuse’ et ‘légèreté’. C’est une chercheuse, quelqu’un qui se plonge dans les âmes, elle ne se contente pas de la surface des choses. Elle a une connexion spirituelle profonde au monde. Elle a grandit à Mexico. Elle a une large ouverture aux cultures, une largesse d’esprit qu’elle mélange avec la science de son travail au FBI. Elle mélange ces deux aspects. En tout cas, elle essaie. » [Reyes to the rescue, Starlog Magazine, mars 2002].

Une fois engagée à plein temps, Gish allait faire l’expérience du planning de production exténuant de la série. « Je peux dire sans équivoque qu’en 17 ans de travail à la télévision et au cinéma, c’est ce que j’ai fait de plus difficile. Quotidiennement, c’est l’expérience la plus exigeante, sur les plans physique, émotionnel et personnel.  Les gens m’avaient prévenu  mais personne ne m’avait décrit exactement ce que cela représenterait. C’est une véritable leçon d’endurance » [Reyes of Light, Cinescape, mars 2002]

« Il n’y a vraiment pas beaucoup de temps pour se reposer et se préparer. Il faut savoir ses répliques chaque jour, et puis le suivant, et puis il y a le rythme auquel il faut créer. Mais il faut aussi compter avec l’activité physique qui est requise pour le tournage lui-même. J’ai du faire beaucoup de cascades et de choses excitantes, et on n’a même pas le temps de décider si on a le courage de les faire ou pas. Il faut simplement le faire, parce que votre personnage le ferait. J’avais une cascade dans Audrey Pauley. Il fallait que je saute de 10 mètres. Je me suis demandé ce que je faisais. Il fallait que j’y aille comme Monica. C’était comme une expérience hors de mon corps » [The end of the world, Xpose Magazine, août 2002].

Kim Manners sur le tournage de l’ouverture de la neuvième saison

« Audrey Pauley » était un moment mémorable dans les coulisses de The X-Files puisqu’il s’agissait du cinquantième épisode réalisé par Kim Manners, qui l’avait rejoint au milieu de la deuxième saison. En tout, il en réaliserait 53, soit plus du quart de la série à lui tout seul. Et, il abordait cette neuvième saison avec un enthousiasme inchangé. « Je ne pense pas qu’ils auraient du arrêter après le départ de David. The X-Files c’est justement ça, les X-files. Ce ne sont pas les Mulder files. J’ai trouvé que Robert et Annabeth, avec Gillian, ont apporté une nouvelle dimension. On ne peut pas prédire ce qu’il se serait passé si on le leur avait vraiment confié. La série aurait pu continuer encore une année ou deux, on ne saura jamais » [Good Manners, par Ian Spelling, The X-Files Magazine, septembre 2002].

De Kim Manners, Annabeth Gish disait au moment de sa disparition des suites d’un Cancer, « c’était une force de la nature, c’est certain, et je ne peux que croire que parfois, ceux dont l’étoile est si brillante choisissent de s’en aller un peu tôt. Il ne s’arrêtait jamais, il était toujours positif, et il avait plus d’énergie et d’engagement qu’aucun autre des réalisateurs avec qui j’ai travaillé. Il fut une part énorme de mon expérience sur The X-Files, parce que c’était ma personne de référence. Il m’a accueilli les bras grands ouverts et il a aidé mon intégration d’une manière essentielle. J’ai ces images vivaces de lui. Chaque département l’adorait pare qu’il savait ce qu’il voulait, qu’il pouvait les y conduire, mais sans donner d’ordres ni faire preuve d’absence de respect. C’était quelqu’un de très humain avant-tout, et c’est ainsi qu’il menait ses relations avec les gens au travail et dans la vie » [A. Gish talks Manners, family et X-Files, The X-Files News, février 2009].

Les contraintes de budget ont forcé Kim Manners a faire certains compromis dans la réalisation de « Audrey Pauley ». Un plan notamment, dans lequel Audrey Pauley disparaissait devant les yeux de Monica Reyes, devait être tourné grâce à un effet spécial. Finalement, le réalisateur se contenta de jouer sur un champ-contre-champ suivi d’un plan large. « Ce sont des moyens créatifs de faire baisser le budget, » expliquait Manners [LAX-Files: Behind the Scenes with the Los Angeles Cast and Crew, par Erica Fraga, éditions CreateSpace, 2010]

Le travail de Steven Maeda portait clairement sur l’approfondissement des nouveaux personnages. « Sans vouloir paraître égoïste, 4-D et Audrey Pauley sont mes deux épisodes préférés, » avoue Annabeth Gish, « parce que ce sont des épisodes indépendants à propos de Doggett et Reyes. De merveilleux challenges d’acteurs et les histoires étaient fantastiques » [The Complete X-Files, par Matt Hurwitz et Chris Knowles, Insight éditions, 2008].

Les compagnons de route de Monica Reyes disparaissent les uns après les autres

Dans le premier, Doggett est touché par une balle et paralysé dans un lit d’hôpital – mais il s’agit en fait du Doggett d’un univers parralèle. Dans le deuxième, c’est Reyes qui, victime d’un accident de voiture, est apparemment en état de mort cérébrale. La relation entre les deux agents est ainsi explorée, eux qui étaient amis avant de devenir partenaires sur les affaires non-classées, de même que des thèmes similaires. Les deux agents en vie sont amenés à se poser la question de l’acharnement thérapeutique contre l’euthanasie, et des réponses différentes et nuancées sont apportées à chaque fois. Dans « 4-D » Reyes acceptait finalement la requête de ‘Doggett’ et mettait fin à sa vie de légume amélioré, tandis que dans cet épisode Doggett refuse d’admettre la mort de sa collègue, que la science déclare morte. La décision des deux personnages vis à vis de ce dilemme est une illustration de leur propre personnalité : Reyes, avec sa sensibilité New Age, et son inclination à croire à un après, à la ré-incarnation, accepte cette possibilité de mettre fin à la vie. Doggett, plus fermé sur ces questions et surtout déjà marqué par la mort et la cruautré de l’absence de son fils, s’y refuse.

Des épisodes de pure science-fiction, sans doute un éloignés des histoires très ‘‘réalistes’’ des premières saisons, mais c’était une évolution à la fois logique et inévitable. « De plus en plus souvent, nous nous sommes retrouvés à réfléchir rétroactivement, » expliquait Frank Spotnitz. « On se disait, ok, nous avons déjà fait quelque chose de proche auparavant. Comment retourner complètement ce concept pour le rendre nouveau ? C’est pour cela que, dans les dernières saisons, vous avez plus d’épisode à la Twilight Zone » [The Complete X-Files, par Matt Hurwitz et Chris Knowles, Insight éditions, 2008].

« 4-D est probablement celui qui a révélé le plus sur qui est Reyes, émotionnellement et de façon interne. J’étais passionnée par cet épisode. C’était un vrai exercice de jeu et un challenge » [New Generation X, Cult Times, mai 2002]. « C’est peut-être la plus grande expérience que j’ai eu sur X-Files. C’était si bien écrit pour mon personnage. En tant qu’actrice, il contenait le spectre complet des émotions à joué. Je me suis entièrement dépensée dans cet épisode. C’est ce à quoi aspire tout acteur, de pouvoir creuser vraiment profondément. En plus, je trouvais que le sujet de départ, sur un univers parallèle dans lequel il était possible d’entrer et de ressortir, était vraiment cool » [Reyes to the rescue, Starlog Magazine, mars 2002].

Pour Robert Patrick, « Audrey Pauley » fut difficile puisque son ami, le réalisateur et acteur Ted Demme, est mort d’un arrêt cardiaque à 39 ans pendant le tournage, le 13 janvier 2002. « Un de mes amis proche est mort, alors j’étais un peu à vif. Je me souviens de m’être inquiété de mettre trop d’émotions dans ma performance. Mais je me sentais en sécurité avec Kim Manners. Il savait que je traversais une période difficile » [The Complete X-Files, par Matt Hurwitz et Chris Knowles, Insight éditions, 2008]

Tracey Ellis, guest-star épatante

Si de nombreux acteurs ont interprété plusieurs rôles dans la série, il est rare qu’ils aient été la guest-star principale de plusieurs épisodes. Avec Terry O’Quinn, Tracey Ellis est l’une des exceptions. Elle incarne Audrey Pauley après avoir été Lucy Householder dans le formidable épisode « Oubliette » [3.08]. Ce fut aussi sa dernière apparition à l’écran, la jeune femme ayant visiblement décidé de changer de carrière par la suite.

 

 

Le Bilan : « Audrey Pauley », comme « 4-D » avant lui, ne laisse qu’un seul regret : que Steven Maeda n’ait pas écrit davantage d’épisodes de cette saison – ce qui aurait sûrement été le cas si The Lone Gunmen avait continué. Avec Chris Carter, il était un des rares scénaristes à sembler posséder une bonne maîtrise instinctive du personnage de Monica Reyes. La force du concept de l’épisode, associé à la retenue de l’écriture, qui n’élude pas l’émotion mais parvient à ne pas céder au pathos, en fait un des épisodes les plus réussi de la neuvième saison.

 

X-Files en 20 épisodes

Volet 1: Pilot (Nous ne sommes pas seuls) [1×00]

Volet 2: Ice (Projet Arctique) [1×07]

Volet 3: The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

Volet 4: Sleepless (Insomnies) [2×04]

Volet 5: One Breath (Coma) [2×08]

Volet 6: Humbug (Faux-frères Siamois) [2×20]

Volet 7: D.P.O. (Coup de foudre) [3×03]

Volet 8: Paper Hearts (Cœurs de Tissu) [4×10]

Volet 9: Never Again (Jamais Plus) [4×13]

Volet 10: Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

Volet 11: The Pine Bluff Variant (Les Nouveaux Spartiates) [5×18]

Volet 12: Triangle [6×03]

Volet 13: Milagro (A Cœur Perdu) [6×18]

Volet 14: The Unnatural (Le Grand Jour) [6×19]

Volet 15: The Sixth Extinction II: Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

Volet 16: all things (Existences) [7×17]

Volet 17: Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

Volet 18: Roadrunners (Un Coin Perdu) [8×04]

Volet 19: Audrey Pauley [9×11]

Volet 20: Release (Clairvoyance) [9×17]

‹ Article précédent [19-20] Article suivant ›
Partager