X-Files en 20 épisodes : Humbug (Faux-Frères Siamois) [2×20]

X-Files en 20 épisodes : Humbug (Faux-Frères Siamois) [2×20]

Note de l'auteur

Lancée le 10 septembre 1993, The X-Files fêtera ses vingt ans à la rentrée. A l’approche de cet événement le Daily Mars va passer tout l’été avec la série culte créée par Chris Carter, qui rassembla les fans de fantastique, d’horreur et de science-fiction tout au long des années 90, au fil de ses quelques 202 épisodes. Nous vous proposons de vous raconter l’histoire de The X-Files en vingt épisodes. Dans ce sixième volet, nous nous intéressons au tout premier épisode comique de la série, qui allait en engendrer bien d’autres.

La Créature reçoit sa pitance. Il paraît que c’est riche en bonnes protéines.

La ville de Gibsonton, en Floride, héberge de nombreux artistes de cirque quand ils ne sont pas en tournée. Lorsque l’homme-alligator est atrocement assassiné, Mulder et Scully enquêtent parmi les habitants, tous plus étranges les uns que les autres…

Scénario: Darin Morgan. Réalisation: Kim Manners. Première diffusion Fox : 31 mars 1995 ; première diffusion M6 : 8 décembre 1995.

 

Réunir une nouvelle équipe

Le départ de Glen Morgan & James Wong a laissé un trou béant dans l’équipe des scénaristes, d’autant que le duo n’était pas seulement bon : il était aussi très prolifique. Mais recruter de nouvelles plumes est toujours aussi difficile. Lors de la première saison, les frères Barber puis Chris Ruppenthal n’étaient restés que quelques semaines. Le processus se reproduit en deuxième saison avec Paul Brown, qui quitte la série après le développement de son deuxième épisode, « Excelsis Dei », entièrement réécrit par Carter, mais aussi avec Steve de Jarnatt qui ne fait un passage que de quelques semaines. Par ailleurs, Sara B. Charno, staff writer pendant cette deuxième saison quitte la série avant la saison 3…

Chris Carter connaissait Frank Spotnitz pour avoir fréquenté le même club de lecture avant le lancement de The X-Files. « Au cours de la première saison, un ami qui tentait aussi de devenir scénariste m’a demandé si je pouvais essayer de lui avoir un rendez-vous avec Chris pour qu’il lui pitche quelques idées, » se rappelle Frank Spotnitz. Je n’en ai jamais trouvé la confirmation dans un entretien, mais ma supposition personnelle est que cet ami de Spotnitz était John Shiban.

Toujours est-il que Carter refuse ce rendez-vous arrangé, mais propose en revanche à Spotnitz lui-même de proposer des idées : « je me suis mis au travail et j’ai préparé trois idées d’épisode, mais Chris les a rejetées une par une. Je me suis dit que cela n’irait pas plus loin, mais une ou deux semaines plus tard, il m’a rappelé pour me dire ce qu’il y avait de bien dans ces idées, et que si je voulais les retravailler ou lui en proposer des nouvelles, je pouvais le rappeler. J’étais encore en train de travailler à ce second pitch quand deux coproducteurs exécutifs de la série ont démissionné. Il m’a rappelé un jeudi pour me demander si je pouvais rejoindre l’équipe le lundi suivant » [Interview pour la X-Files Night de la chaîne britannique BBC2, novembre 2000].

« Dès le premier jour, ça a été extrêmement difficile. Il fallait faire immédiatement ses preuves. Le fait que je n’avais jamais travaillé à Hollywood avant, que c’était mon premier job de scénariste, n’a donné lieu à aucune indulgence ».

Si ce n’est Samantha Mulder, c’est donc son clone

La toute première idée du nouveau staff writer (le grade le plus bas dans un atelier américain de scénaristes) concerne la sœur de Mulder : que se passerait-il si une femme prétendant être elle refaisait surface, demande-t-il. Cette idée se croisa avec des suggestions de David Duchovny et de Chris Carter lui-même pour devenir un en deux parties, « Colony » et « End Game » [2.16/17] dont Frank Spotnitz écrirait la seconde. Un peu par accident, Spotnitz devient ainsi un spécialiste de la mythologie. Il apporte une aide précieuse à Carter pour la structurer et l’enrichir de motifs récurrents qui rendent visible sa cohérence d’ensemble. Mais ces deux épisodes ont aussi pour conséquence de transformer considérablement cette ligne narrative : même s’ils réutilisent des phénomènes déjà établis, ils le font de manière beaucoup plus explicite, et il n’est plus vraiment possible de nier que les êtres au sang vert, capable de changer les traits de leur visage, que nous voyons à l’écran, sont des extraterrestres. « C’était vraiment un carrefour pour la série, » confirme Frank Spotnitz. « Jusque-là la mythologie ne fonctionnait presque que par allusions. Je me souviens que d’autres scénaristes dans l’équipe n’étaient pas très sûrs que ce soit une bonne idée » [The Complete X-Files, par Matt Hurwitz et Chris Knowles, Insight éditions, 2008].

Au début de la saison suivante, Frank Spotnitz est confirmé dans l’équipe. Parmi les quatre nouvelles recrues engagées cette année là, il suggère d’embaucher un de ses amis, John Shiban. Avec « The Walk » [3.07], celui-ci signe son premier scénario pour la télévision. Ce sera le seul des quatre à être encore là au début de la quatrième saison.

En 1994/1995, Vince Gilligan était un scénariste de cinéma, même si à cette époque seul un de ses scénarios, Wilder Napalm (Glenn Gordon Caron, 1993) avait été tourné. On ne parle pas pour rien à Hollywood de development hell. Durant l’été 1994, au début de la production de la deuxième saison, il avait rencontré Chris Carter, Howard Gordon et Sara Charno lors d’un déplacement professionnel à l’initiative de son agent:

« J’étais seul à la maison un soir de septembre ou d’octobre 1993 », se souvient Gilligan. « Il se trouve que j’ai vu le tout premier épisode de cette nouvelle série qui s’appelait The X-Files. Je n’avais pas d’attentes particulièrement hautes mais dès la fin du teaser, j’étais accroché. Je me suis dit ‘c’est une super série. Wow. Je me demande si cela sera aussi bien la semaine prochaine’. Et ce fut le cas. Je suis devenu un fan absolu, hardcore de The X-Files. Je la regardais toutes les semaines et j’ai initié ma petite amie.

« J’en ai parlé à mon agent à Los Angeles, je lui ai dit : ‘au fait, tu as vu cette nouvelle série, The X-Files ? C’est vraiment bien. Il faut que tu regardes’. Et elle m’a répondu : ‘c’est marrant que tu m’en parles, parce qu’il trouve que je suis liée, par mariage, à celui qui l’a créée, un type qui s’appelle Chris Carter. Je suis la cousine de sa femme. La prochaine fois que tu es ici pour travailler sur un film, tu voudrais le rencontrer ? Parce que je pense pouvoir arranger ça’. »

Vince Gilligan est, au départ, un peu réticent. Il écrit des films, a acheté sa maison en Virginie, et n’a aucune intention de déménager à Los Angeles, après tout pourquoi cette rencontre ? « Alors je suis allé à ce rendez-vous avec Chris Carter très décontracté, parce que je n’essayais pas de l’impressionner. Je voulais juste lui serrer la main et lui dire qu’il avait créé une super série. Il a répondu : ‘eh bien, merci. Vous avez des idées d’épisodes ?’. J’ai dit: ‘heu, non. Je veux dire, je voulais seulement vous saluer. Mais j’étais à l’hôtel hier soir, et je regardais mon ombre contre le mur. Je me suis dit, est-ce que cela ne serait pas bizarre si tout à coup elle de mettait à bouger indépendamment de moi ? Une chose mène à l’autre, je rapproche cela de Kramer dans Seinfeld – je suis tombé les fesses les premières dans le boulot le plus génial qui soit parce que je n’étais pas nerveux à ce rendez-vous. Carter m’a renvoyé des idées et très rapidement, on a eu une idée préliminaire de ce qui deviendrait, à la fin de la saison 2, un épisode titré « Soft Light ». Je l’ai écrit en freelance » [The X-Files Turns 20, par Maureen Ryan, Huffington Post, 11 juillet 2013].

En effet, pour préserver les scénaristes indépendants menacés par l’industrialisation grandissante de la télévision américaine, les règles de la Guilde des scénaristes US ont imposé il y a longtemps qu’au moins un épisode par saison des séries régulières soit signé en freelance. Dans les faits, il est tellement difficile pour une série de faire écrire un épisode par un indépendant qui ne la connaît pas bien que cette régulation est le plus souvent contournée. C’est ainsi que l’on retrouvera une fois par saison un épisode écrit par un responsable des effets spéciaux (« Wetwired » en saison 3, signé Mat Beck), un réalisateur-producteur (« Demons » en saison 4, signé R.W. Goodwin), un accessoiriste (« Trevor » en saison 6, signé Ken Hawryliw et Jim Guttridge) ou bien par un des acteurs.

Pour Vince Gilligan qui a passé des années à écrire des films qui ne se tournaient jamais, l’expérience de la télévision, où il voit un script être développé, écrit et produit en l’espace de quelques semaines, a quelques chose d’addictif. La saison suivante, Chris Carter lui propose de rejoindre l’équipe de la série de manière permanente, ce qu’il finit par accepter en milieu d’année. « Je me suis dit : ‘et merde ! Je vais simplement laisser ma maison vide un moment. Je me ferais probablement vite virer de toute façon, apparemment ce n’est pas un boulot facile’. Scène suivant : sept ans plus tard j’étais encore là, au moment de la conclusion » [The X-Files Turns 20, par Maureen Ryan, Huffington Post, 11 juillet 2013].

Vince Gilligan, Frank Spotnitz et John Shiban, à l’époque de la troisième saison

John Shiban, Vince Gilligan et Frank Spotnitz vont s’imposer comme de nouveaux piliers de la série. Le trio acquiert rapidement un surnom, contraction de leurs trois patronymes, John Gilnitz, qui apparaît dans plusieurs épisodes. Ensemble ou séparément, ils signeront des dizaines d’épisodes. Ils ont tous écrit leur premier scénario pour la télévision pour The X-Files. Ils l’ont tous quitté avec le crédit de producteur exécutif, et l’expérience d’un showrunner. Spotnitz a créé Night Stalker, puis la coproduction anglo-américaine Hunted. John Shiban, après avoir participé à l’écriture de Breaking Bad ou Torchwood, est devenu le showrunner de Hell on Wheels pour AMC. Vince Gilligan, enfin, créateur de Breaking Bad, compte parmi les cinq scénaristes-producteurs américains les plus en vue du moment. C’est le paradoxe de l’environnement de travail hyper-exigeant créé par Chris Carter. Nombreux sont ceux qui ont été virés et n’ont aujourd’hui pas de mots assez durs pour qualifier leur expérience et le créateur de X-Files lui-même (Tim Minear, par exemple, a pas mal de qualificatifs fleuris en réserve). De fait, moins les scénaristes avaient d’expérience préalable à la télévision, mieux ils ont réussi. Au bout d’un moment, l’équipe le comprendra elle-même et n’embauchera quasiment plus que des débutants. Ceux qui se sont fait leur place ne manquent pas une occasion de rappeler tout ce que Carter leur a appris, et la manière dont, une fois qu’on avait acquis sa confiance, on l’avait totalement…

 

Le génie dépressif

Et puis, il y a une autre recrue, bien sûr, qui, malgré un passage assez rapide sur la série – une saison et demie – allait y laisser une empreinte très durable.

Darin Morgan, dans son rôle d’Eddie Van Blundht de « Small Poptatoes » (saison 4)

Darin Morgan, c’est la caricature du chic type, fondamentalement gentil et agréable, rendu apathique par un terrible manque de confiance en lui et un état semi-dépressif permanent. Glen Morgan avait beaucoup d’estime pour le travail de scénariste de son frère Darin, qui développait des projets pour le cinéma (qui, comme pour Vince Gilligan, ne se tournaient jamais).

Glen avait suggéré à Darin de réfléchir pendant l’été entre la première et la deuxième saison à une idée pour The X-Files, qu’il pourrait transmettre à Chris Carter. Mais Glen Morgan et James Wong se trouvèrent obligés d’écrire rapidement un scénario de plus que prévu. Glen demanda alors à son frère d’essayer de développer une histoire autour d’un employé des postes. Darin proposa l’idée que l’homme soit rendu fou par des messages subliminaux apparaissant sur l’écran électronique de la machine de tri. Lorsque les délais se firent encore plus courts, Glen Morgan proposa à Darin de les rejoindre à Los Angeles pour l’aider lui et Jim Wong pendant la phase de boarding, pendant laquelle les scénaristes bâtissent les rebondissements scène par scène.

La contribution de Darin Morgan fut remarquée par d’autres, notamment Howard Gordon, qui suggérera plus tard à Chris Carter de l’embaucher de façon permanente quand le besoin de nouvelles plumes se fit cruellement sentir. Entre temps, Darin, qui zonait dans les bureaux de la production à Los Angles, fut enrôlé pour jouer le vers de « The Host » [2.02], sous un épais maquillage !

« J’avais appris dans mon boulot précédent pour un studio de cinéma que je voulais vraiment être certain d’être capable de faire du bon travail quand j’acceptais d’écrire quelque chose. Et j’étais un scénariste si lent à l’époque que j’étais terrifié à l’idée d’être dans un atelier, où on a des deadlines spécifiques. Mais les gens de X-Files ont pris contact directement avec mon agent, et celui-ci a accepté pour moi. Ensuite, il m’a appelé et il m’a dit : ‘tu commences lundi. Ça fait un moment que tu n’as plus travaillé, il faut que tu recommence quelque part. Pourquoi pas là ?’ Je me suis dit qu’il y avait du vrai là-dedans. Dès que j’ai commencé, j’ai su que j’allais avoir des ennuis. J’essayais de voir ce que je pourrais faire pour trouver ma place. Heureusement, tout le monde a supposé que Glen me supervisait – mais c’était pas le cas. Il m’a laissé me débrouiller et inventer mes histoires » [Brother from another planet, par Paula Vitaris, The X-Files Magazine, 17 octobre 1996.].

Le problème de Darin Morgan, pour se faire sa place et trouver un pitch pour son premier épisode, c’est qu’il était principalement un auteur de comédies. Avant de disparaître sur le tournage de Space : Above and Beyond, son frère Glen lui suggéra d’écrire un épisode sur des artistes de cirque en lui passant une vidéo de Jim Rose. Mais Darin Morgan n’était pas sûr de savoir écrire un épisode traditionnel de X-Files : « Je n’essayais pas d’être loufoque. On ne m’avait pas dit d’écrire un X-Files drôle, » raconte-t-il. « J’ai simplement écrit un épisode qui aurait assez de moments effrayants, et qui serait assez étrange pour être un X-Files, et où la comédie serait assez bonne pour qu’ils la laissent passer. C’est ce qu’ils ont fait. Je ne sais pas écrire autre chose que des comédies » [Making Humbug, par Paula Vitaris, Cinefantastique, octobre 1995].

Son point de vue est partagé par Chris Carter : « Je pensais que rendu à l’épisode 44, nous avions gagné le droit de souffler, que les gens apprécieraient une pause dans la tension et la paranoïa. Et ce n’était pas si éloigné que cela de The X-Files, même si le ton était différent. On traitait toujours de choses assez flippantes. Le studio était nerveux à propos de Humbug, mais le plus nerveux d’entre tous était probablement le réalisateur Kim Manners, qui m’a confié avoir eu une attaque de panique quand il a réalisé qu’il était sur le point de s’attaquer au premier X-Files comique » [Making Humbug, par Paula Vitaris, Cinefantastique, octobre 1995].

Au final, Darin Morgan signe un absolu chef d’œuvre, quarante-cinq minutes rares, incroyable d’inventivité et de tendresse pour ses personnages de freaks (un peu moins pour Mulder, que Darin prend déjà, affectueusement, en grippe en brocardant le putain de beau mec). Comme c’est souvent le cas des chefs d’œuvre, celui-ci laisse cependant certains fans sceptiques, décontenancés qu’ils sont par ce changement de son. Ils sont extrêmement minoritaires, mais c’est assez pour marquer Darin Morgan.

Un enterrement extraordinaire — devant comme derrière la caméra

Quand il s’attaque à la conception de son deuxième épisode, il est d’humeur sombre, notamment parce qu’il se posait la question de sa place dans le staff, en tant qu’auteur de comédie. « J’étais tellement déprimé après Humbug que j’en étais quasiment suicidaire, » confia-t-il. « Alors j’ai décidé d’écrire à propos d’un personnage qui se suiciderait à la fin ». Il en fit un vendeur d’assurances dépressif, comme son propre père, et capable de prévoir la mort des gens. L’épisode préféré de Darin Morgan était alors « Beyond the Sea » [1.12] : « j’avais le sentiment d’avoir raté Humbug, alors j’ai regardé de nouveau Beyond the Sea pour me remettre en tête ce qu’était le sujet de la série. J’ai décidé d’essayer d’écrire quelque chose de beaucoup plus sérieux, et de beaucoup plus déprimant. J’essayais vraiment de ne pas mettre de blagues du tout. Mais j’ai échoué » [Darin Morgan, par Paula Vitaris, Cinefantastique, 28 octobre 1996].

Le premier montage de « Clyde Bruckman’s Final Repose », 10 minutes trop long, conduisit à ce que plusieurs séquences soient coupées, ce que Darin Morgan ne voyait pas forcément comme un mal. « J’adore le montage. Ça va sonner comme une réplique à la guimauve, mais j’ai dit aux autres staff writers, qui venaient de séries où ils n’avaient pas le droit d’entrer en salle de montage, que c’était là qu’ils feraient leur réécriture finale. Tous mes scripts étaient trop longs. D’un côté, c’est une mauvaise chose parce qu’ils ont dû filmer le supplément pour rien, mais de l’autre, comme le monteur Stephen Mark me l’a dit, il est toujours beaucoup mieux d’avoir à élaguer plutôt que de faire du remplissage » [Brother from another planet, par Paula Vitaris, The X-Files Magazine, 17 octobre 1996]. Ce nouveau chef d’œuvre lui valut l’Emmy Award du meilleur scénario. Peter Boyle (Clyde Bruckman) remporta quant à lui celui de la meilleure guest star. Il signa encore deux épisodes de la troisième saison.

Puis, Darin Morgan décida de quitter la série, épuisé par le rythme de la télévision et perturbé par l’accueil parfois contrasté que ses épisodes, si différents des autres, recueillaient auprès des fans. Pour son dernier scénario, Morgan est revenu à la toute première idée qu’il avait eue pour la série, à l’été 1994, quand son frère Glen lui avait demandé de réfléchir à un épisode : celle de deux personnes qui se font enlever par deux extraterrestres qui est lui-même, à son tour, enlevé par un troisième alien !

 

Production

Sur le tournage de son premier épisode, « Die Hand Die Verletzt » [2.14], le dernier écrit par Glen Morgan et James Wong, le réalisateur Kim Manners se distingua immédiatement, même si cela se révéla plutôt stressant pour lui : Chris Carter se trouvait sur le plateau alors qu’il filmait la scène de confession de Maddie à Mulder et Scully.

Carter observa alors le travail original de Manners qui faisait tourner la caméra autour des comédiens, créant une rupture de la règle des 180° – selon laquelle un personnage doit rester toujours du même côté de l’écran lors d’une scène de discussion filmée en champ / contre-champ – au moment précis où cette histoire bascule vers l’horreur après un premier acte quasi-comique. Kim Manners, une personnalité vite adorée de tous sur le plateau, ne tarderait pas à être rappelé pour mettre en scène un autre épisode : « Humbug ». Tandis qu’il travaille à la préparation de celui-ci, Kim Manners croise, dans le hall de l’hotel de Vancouver où séjournaient les membres de la production venus de Los Angeles, le créateur Chris Carter. Celui-ci lui propose, en passant, de rejoindre l’équipe de manière permanente, en tant que producteur, pour remplacer David Nutter. Kim Manners, qui aime plus que tout travailler dans une ambiance familiale avec des gens dont il est proche, n’en demandait probablement pas tant.

Stressé par le ton inhabituel de ce que Darin Morgan a écrit, le réalisateur décide d’une approche très sérieuse du matériel : « J’avais vraiment très peur. Cela faisait 16 ans que je réalisais pour la télévision et c’était la première fois que je me suis retrouvé réellement effrayé depuis la réalisation de mon tout premier épisode. J’avais le sentiment que le script était drôle, et que si je le mettais en scène sérieusement en laissant la comédie percer, l’épisode serait réellement drôle aussi, » expliquait Kim Manners en 1995. « J’ai essayé de me tenir éloigné du slapstick et de de la parodie. C’était une lutte. L’idée, c’est qu’il ne fallait pas qu’on se dise que c’était ‘X-Files : la comédie’, mais bien ‘c’est X-Files, et c’est un épisode amusant’ » [Making Humbug, par Paula Vitaris, Cinefantastique, octobre 1995].

Tout le monde était un peu nerveux de la réception qu’il allait recevoir, mais ce petit chef d’œuvre à l’humour remarquablement humain et intelligent, qui comporte une idée formidable toute les dix secondes, s’imposa comme un classique instantané.

Reconstituer la Floride en janvier et février à Vancouver ne fut pas simple. Un matin, l’équipe découvrit avec horreur qu’il avait neigé pendant la nuit, alors qu’ils devaient tourner en extérieur la scène de l’enterrement du début de l’épisode. Les équipes techniques s’activèrent alors à faire fondre le manteau blanc à coup d’eau chaude, tandis que Kim Manners tournait ses plans les uns après les autres, en fonction des zones d’arrière plan qui avaient été déneigées.

Contre le cafard, rien de tel qu’un petit encas!

De même, la Créature (l’artiste de cirque au tatouage-puzzle, qui mange n’importe quoi) dû de se baigner dans une rivière par des températures, disons, très, très fraîches, qu’un ciel tout bleu ne trahit pas. Pour la séquence où il offre un cafard à manger à Scully, une copie comestible avait été fabriquée. Mais l’actrice accepta d’en mettre un réel dans sa bouche, qu’elle recracha après que le réalisateur eut crié ‘‘coupez !’’.

Chris Carter n’a jamais tari d’éloges sur les membres de son équipe technique. « Nous devons beaucoup à John Bartley, qui est notre fantastique directeur de la photographie. Il a rendu la série si belle et si sombre. Il connaît bien la sensibilité de X-Files. Il y a aussi Graeme Murray, notre chef décorateur qui, à chaque épisode, va trouver un moyen de faire encore un peu mieux. C’est une rareté dans ce métier » [Alien Sex Fiends, Rolling Stone Australia, automne 1995]. A partir de « Humbug », plusieurs d’entre eux sont désormais crédités pendant les premières scènes, et non plus dans le générique de fin qui, à la télévision américaine, défile à toute vitesse. C’est une façon de les remercier de leurs prouesses par une plus grande visibilité. Cette promotion concerne le monteur de chaque épisode, Graeme Murray et John Bartley.

Le bilan : Darin Morgan a du monde une vision apocalyptiquement sombre, irrémédiablement désespérée. Mais il a décidé de bien le prendre. C’est de cela qu’il retire son humour très particulier, presque unique, d’une infinie justesse et d’une grande finesse. « Humbug » est remarquable de bout en bout, dans le sujet, le fond et la forme. Kim Manners, à l’aise comme personne parmi les freaks, sait en effet lui donner vie à la perfection. Un véritable moment de grâce, qui s’est inscrit durablement dans les mémoires de ce qui ont eu la chance de le voir (les autres, les DVD ne sont pas chers, de nos jours).

 

X-Files en 20 épisodes

Volet 1: Pilot (Nous ne sommes pas seuls) [1×00]

Volet 2: Ice (Projet Arctique) [1×07]

Volet 3: The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

Volet 4: Sleepless (Insomnies) [2×04]

Volet 5: One Breath (Coma) [2×08]

Volet 6: Humbug (Faux-frères Siamois) [2×20]

Volet 7: D.P.O. (Coup de foudre) [3×03]

Volet 8: Paper Hearts (Cœurs de Tissu) [4×10]

Volet 9: Never Again (Jamais Plus) [4×13]

Volet 10: Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

Volet 11: The Pine Bluff Variant (Les Nouveaux Spartiates) [5×18]

Volet 12: Triangle [6×03]

Volet 13: Milagro (A Cœur Perdu) [6×18]

Volet 14: The Unnatural (Le Grand Jour) [6×19]

Volet 15: The Sixth Extinction II: Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

Volet 16: all things (Existences) [7×17]

Volet 17: Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

Volet 18: Roadrunners (Un Coin Perdu) [8×04]

Volet 19: Audrey Pauley [9×11]

Volet 20: Release (Clairvoyance) [9×17]

‹ Article précédent [6-20] Article suivant ›
Partager