X-Files en 20 épisodes : Ice (Projet Arctique) [1×07]

X-Files en 20 épisodes : Ice (Projet Arctique) [1×07]

Note de l'auteur

Lancée le 10 septembre 1993, The X-Files fêtera ses vingt ans à la rentrée. À l’approche de cet événement, le Daily Mars va passer tout l’été avec la série culte créée par Chris Carter, qui rassembla les fans de fantastique, d’horreur et de science-fiction tout au long des années 90, au fil de ses quelque 202 épisodes. Nous vous proposons de vous raconter l’histoire de The X-Files en vingt épisodes. Ce deuxième volet s’intéresse à ce qui est peut-être le premier chef d’œuvre de la série.

Un coup de froid vivifiant pour Mulder et Scully

Des scientifiques qui foraient la calotte glaciaire dans le nord de l’Alaska se sont mystérieusement entretués. Mulder et Scully, accompagnés par un physicien, une toxicologiste, un géologue et un pilote d’avion, se rendent sur place entre deux tempêtes pour tenter de comprendre. Ils réalisent que les carottages ont mis à jour un parasite qui pourrait avoir une origine extraterrestre…

Scénario : Glen Morgan & James Wong ; Réalisation : David Nutter. Première diffusion Fox : 5 novembre 1993 ; première diffusion M6 : 29 août 1994.

 

La constitution d’une équipe

De l’avis général, « Ice » est le premier épisode de The X-Files pour lequel absolument tous les éléments se sont rassemblés pour parvenir à l’excellence, après quelques semaines où chacun a cherché ses marques, sur les bonnes bases posées par l’épisode pilote. Qualité d’écriture, de mise en scène, de jeu des comédiens, définition et humour des personnages : tout est là.

En mai 1993, satisfaite du pilote, la chaîne Fox achète donc une première saison, qu’elle programmera à la rentrée télévisuelle suivante. La Fox est un réseau encore jeune : il a été créé à peine cinq ans plus tôt, en 1987, et s’installe peu à peu dans le paysage audiovisuel américain. En conséquence, le budget alloué à la production est limité : simplement 900.000 $ par épisode [Chiffre issu de l’article Fox’s ‘X-Files’ makes contact with a Friday-night audience, par Joe Rhodes, Los Angeles Times, 12 décembre 1993 – le budget moyen dépensé pour chaque épisode de la saison est probablement légèrement supérieur].
En 1993, pour le réseau Fox surtout connu pour des sitcoms comme Mariés Deux Enfants et des soaps comme Beverly Hills 90210, c’est déjà beaucoup.

La première tâche est de réunir une équipe de scénaristes. Compte-tenu des contraintes de budget, celle-ci est très réduite, et se structure autour de trois pôles : le créateur Chris Carter, et deux duos : Howard Gordon & Alex Gansa d’une part, et Glen Morgan & James Wong d’autre part. Ces deux équipes se complètent bien. Gordon et Gansa se sont rencontrés à la prestigieuse université de Princeton, et ont en commun une éducation très littéraire. Morgan et Wong sont des cols bleus, biberonnés aux séries B de la Hammer. À eux seuls, ces trois pôles écrivent ou coécrivent 20 des 24 épisodes de la première saison. « Nous nous entendions tous très bien – particulièrement durant cette première année, » se souvient Howard Gordon. « Nous nous sentions comme des challengers un peu négligés, à l’œuvre sur une série dont personne n’attendait grand-chose. Mais nous savions que nous faisions du bon travail » [Interview pour The X-Files Lexicon, par Matt Allair, 8 mai 2012].

Une poignée de scénaristes freelance complètent l’équipe. Une fois la saison complète commandée, des premières tentatives d’élargir le groupe se heurtent à des échecs : un autre duo et un scénariste font un bref passage avant d’être remerciés. « On essayait tous de se surpasser les uns les autres, c’était la course pour devenir celui qui écrirait le meilleur épisode de cette première saison, » se souvient Alex Gansa. « Je dirais que Glen Morgan et James Wong ont remporté le prix ! Mais c’est un environnement très exigeant qu’avait créé Chris Carter sur The X-Files. Il fallait apprendre très vite pour s’intégrer. » [Co-Conspirators, The X-Files Lexicon, par Matt Allair, 8 mai 2012].

« Morgan et Wong m’ont été recommandés par Peter Roth, le Président du studio 20th TV, » raconte Chris Carter [Chat sur Delphi, 23 septembre 1994].

James Wong et Glen Morgan sur le tournage du long-métrage The One

Les Wong, comme le duo était surnommé, se sont fait connaître au sein de l’écurie Stephen J. Cannel, pour lequel ils ont écrit de nombreux épisodes de 21 Jump Street et de sa série dérivée Booker, qui étaient également tournées à Vancouver. Même s’ils n’ont encore jamais créé leur propre série, ils ont acquis une expérience importante, plus grande que celle de Chris Carter pour ce qui concerne le quotidien d’une série au long cours. Ils sont nommés coproducteurs exécutifs et deviennent les premiers bras droits du créateur.

Tout de suite, Morgan & Wong sont à l’origine d’un apport fondamental en écrivant, pour leur premier épisode, « Squeeze » [1.02]. Ils y mettent en scène Eugene Tooms, un mutant centenaire qui doit, tous les trente ans, dévorer des foies humains avant de retourner en hibernation. Chris Carter n’avait jamais envisagé que sa série se limite aux OVNIS, mais l’originalité apparente de l’épisode de Morgan et Wong (même s’il s’agit en réalité d’une variation intelligente autour du mythe du vampire) apporte la preuve que X-Files n’entend pas se circonscrire au folklore habituel du paranormal. Elle pourra explorer des territoires totalement inattendus. Les deux scénaristes s’investissent à fond. « On a passé autant de temps que possible à rendre la série aussi parfaite que possible. L’attention au détail était formidable parce que personne ne nous poussait à abandonner les épisodes, » explique Glen Morgan, complété par James Wong : « Chris Carter a réellement établi, longtemps avant que qui que ce soit d’autre n’arrive, que les choses seraient ainsi. Quand les gens qui tiennent les cordons de la bourse commencent à dire, ‘c’est fini, passez à autre chose’, il s’impose. Il est celui qui a établi que c’est la manière dont X-Files serait gérée » [The writing and producing team of Glen Morgan and James Wong on helping define Carter’s vision, par Paula Vitaris, Cinefantastique, octobre 1995].

Morgan et Wong sont particulièrement efficaces quant il s’agit d’aider à mieux définir et enrichir les personnages mis en place par Chris Carter. « Jim et moi sommes plutôt axés sur les personnages. Peut-être que Chris Carter aimerait une série plus épique avec des vaisseaux spatiaux et des incendies, mais nous nous concentrons sur les gens » [X-Writers, par Paula Vitaris, Starlog, octobre 1995]. Sous leur plume, Mulder et Scully gagnent en épaisseur, et X-Files en qualité d’émotion. Cet ancrage humain fait totalement oublier les petites faiblesses de leurs scénarios (« Ice » contient plusieurs énormes incohérences scientifiques, notamment les vers qui parviennent à passer du cerveau aux selles après leur mort).

 

Huis-clos en Alaska

Contrairement à la plupart des séries actuelles, The X-Files n’est pas, à proprement parler, écrite en atelier : les scénaristes ne travaillent pas collectivement à définir les rebondissements de chaque épisode, avant d’assigner l’écriture des dialogues à l’un d’entre eux. C’est aussi une conséquence de leur faible nombre : avec cinq scénaristes, dont deux duos, l’équipe de la première saison est deux fois moins nombreuse que sur la plupart des séries des autres chaînes à l’époque. Trouver des idées d’épisodes est un défi permanent : « Je traque les magazines, les essais, les films, » explique Chris Carter [His X-Cellent Adventure, par Michael A. Lipton et Craig Tomashoff, People Magazine, 19 juin 1995]. La presse scientifique, tout comme les faits divers curieux, sont des sources d’inspiration tout particulièrement utiles.

« Ice » a été inspiré à Morgan et Wong par la lecture d’un article dans Science News. « Les épisodes dépassaient le budget, et il fallait en faire un qui était plus contenu, » raconte James Wong. « Il y avait un article dans un magazine qui disait qu’ils foraient au Groenland pour obtenir des échantillons de glace vieux de 250 000 ans. On s’est dit que c’était parfait. Comme nos personnages sont du FBI, on a décidé de placer cela en Alaska pour qu’ils aient juridiction » [X-Writers, par Paula Vitaris, Starlog, octobre 1995].

Scully, docteur en médecine. On sent qu’elle s’ennuierait sans cadavres à découper

Nombre d’articles curieux relatant ce genre d’histoires, ou d’idées non abouties, sont stockés dans une boîte dans les bureaux des scénaristes. Ils y reviennent régulièrement, surtout quand il faut concevoir un épisode en urgence. Il est très fréquent que les scénaristes construisent un épisode tout entier autour d’une séquence, ou même simplement d’une image particulièrement spectaculaire, comme lorsque Glen Morgan et James Wong imaginèrent un jour un tueur surgissant d’un petit conduit de ventilation dans leur bureau. C’est ce qui donne à X-Files son cachet visuel, mais c’est aussi ce qui peut faire de certains des moins bons épisodes une addition d’images disjointes plutôt qu’une histoire véritablement cohérente.

Dès le départ, l’organisation mise en place faisait réellement des scénaristes les producteurs de leur épisode. Une fois le script écrit, ils étaient en effet envoyés à Vancouver, pour participer à la pré-production. Ils partageaient avec le réalisateur la responsabilité de la distribution des rôles, et participaient aux repérages pour trouver et valider les décors dans lesquels seraient tournées les scènes qu’ils avaient imaginées. Si aucun ne correspond parfaitement à ce qui figure sur le papier, ils pourront réécrire immédiatement les scènes en fonction du décor finalement choisi, qu’ils auront visité. Leur programme comporte aussi une série de réunions et de lectures du scénario avec les chefs de départements (casting, costume, décor, effets spéciaux) et le réalisateur, pour s’assurer que tout le monde soit bien d’accord sur la tonalité à donner aux différentes scènes, comprenne bien les intentions du script, et pour que l’équipe puisse préparer avec précision les séquences difficiles, comme celles nécessitant des effets physiques ou numériques, qui sont systématiquement story-boardées.

Il n’est guère étonnant, dans ces conditions, qu’écrire pour The X-Files était très formateur. Plusieurs scénaristes ayant écrit leur tout premier scénario de télévision pour la série l’ont quittée en ayant acquis l’expérience d’un showrunner.

 

Un réalisateur-star est né

Durant cette première saison, The X-Files avait recours à des réalisateurs indépendants, comme c’est majoritairement le cas dans les séries américaines, a fortiori à l’époque. Ils sont engagés pour grosso modo trois semaines : huit jours de préparation, huit jours de tournage, et une poignée de jours auprès du monteur pour livrer leur version, qui sera ensuite reprise par les scénaristes-producteurs. La série fait appel à des réalisateurs très expérimentés, des vieux routiers de la télévision, et fait revenir ceux avec qui les choses se passent bien.

Cet arrangement normal se révèle difficile dans le cas particulier de X-Files, série très visuelle. Les ennuis commencent dès le tournage du troisième épisode, « Squeeze » : les scénaristes Glen Morgan et James Wong se fâchent avec le réalisateur Harry Longstreet pendant la préparation. Ils remanieront beaucoup son travail en tournant des plans complémentaires et en reprenant totalement son montage. Glen Morgan et James Wong ont bien des suggestions de réalisateurs potentiels, issues de leur passé sur 21 Jump Street, mais ils peinent à se faire entendre. « Jim et moi avons dû faire des pieds et des mains pour faire venir David Nutter sur la série parce qu’il était perçu comme un type de chez Cannell, ce qui, à l’époque, était considéré comme de la télévision bas-de-gamme » [Stories through pictures, interview par Matt Allair, The X-Files Lexicon, 27 octobre 2011]. Le producteur Stephen J Cannell était celui qui tapait sur sa machine à écrire dans le logo de sa société, à la fin des séries qu’il produisait, comme L’Agence tous risques.

Morgan & Wong arrachent la participation de David Nutter sur leur troisième scénario, celui de « Ice ». « Quand on m’a passé le premier scénario, et que j’ai commencé à en parler, j’ai réalisé que c’était quelque chose de spécial, quelque chose de grande qualité. C’était une opportunité formidable de rejoindre une série à sa naissance, et de raconter des histoires dont les gens parlent encore aujourd’hui, » disait David Nutter en 2000 [The Truth about Season 1, coffret DVD saison 1]. Il bénéficie aussi d’une nouvelle recrue. Au moment de la production de cet épisode, la série venait en effet d’engager un nouveau chef décorateur, Graeme Murray, qui a œuvré sur la création en studio de cette base arctique très crédible. Ironiquement, celui-ci avait travaillé dix ans plus tôt comme décorateur sur le film de John Carpenter, The Thing, une des inspirations évidentes de « Ice ».

Felicity Huffman et le parasite alien

Nutter impressionne par son travail, la subtilité de sa direction d’acteur, la tension qu’il imprime à ce huis-clos passionnant. Duchovny et Anderson donnent toute la mesure de leur talent, de même que les guest stars parmi lesquelles on trouve Xander Berkeley et Felicity Huffman. David Nutter se voit très vite proposer d’en réaliser plusieurs autres, et devient le premier réalisateur régulier de X-Files. « Ce qui est vraiment bien avec Ice, » confie Nutter, « c’est que nous avons pu transmettre un réel sentiment de paranoïa. Il fallait vraiment effrayer à mort le téléspectateur, et pour cela, il fallait que les acteurs ressentent la peur sur le plateau, qu’ils la transmettent au public. Je crois que ça a vraiment marché » [X-Files Confidential par Ted Edwards, éditions Little, Brown and Company, 1996]. Depuis, Nutter est devenu une valeur sûre de la télévision américaine, un réalisateur de la A-list, qui travaille essentiellement sur des pilotes, à définir l’identité visuelle de séries.

« Ice », c’est aussi le premier épisode à proposer des images réellement horrifiques. « Nous pensions avoir des difficultés avec le département des Standards and Practices de la chaîne, qui sont les censeurs qui vous disent si vous dépassez les bornes en termes de violence ou de sexualité », explique Chris Carter. « Il y a une scène impliquant les vers que nous avions délibérément fait durer un peu longtemps, environ quatre secondes, en pensant qu’ils la couperaient certainement. Au bout du compte, ils n’ont rien touché ! Donc l’épisode est vraiment effrayant. » [Confessions of a Mad Surfer, 1993] X-Files devient définitivement la-série-qui-fait-peur et le département marketing de la Fox embrasse cette caractéristique. Don’t watch it alone ! prévient la bande-annonce de l’époque.

Pour ces créatures, le talent de Toby Lindala, responsable des maquillages spéciaux, et celui de Mat Beck, en charge des effets numériques, se sont complétés : « Toby Lindala a fait des moulages du corps des acteurs, avec de la fausse peau incroyablement réaliste, et a placé des perles sur un microfilament qui permettait de les tirer sous la peau, et de voir celle-ci s’étirer. Le chien a été filmé en très gros plan : en fait, c’est une bouteille de lait emballée dans de la fourrure » [Confessions of a Mad Surfer, 1993].

 

France

La première diffusion de la première saison s’est faite sur M6, le dimanche soir à 19 heures, à partir du 12 juin 1994. Néanmoins, plusieurs épisodes, peu adaptés à une diffusion à l’heure des repas, ont été soit programmés hors case, soit totalement ignorés et n’ont été vus pour la première fois que lorsque la saison a été rediffusée le vendredi à 22h30 au printemps 1995.

« Ice » et ses images gore fait partie de ces épisodes que les fidèles du dimanche à 19 heures n’auront pas vu. Il fut l’objet d’une programmation spéciale, un lundi soir du mois d’aout 1994, vers 23h30.

 

Le bilan : Un huis-clos mitonné aux petits oignons, tendu comme une série de network ne l’est plus que très rarement aujourd’hui, et auquel on croit de bout en bout, même quand les scénaristes manifestent des connaissances assez approximatives en biologie. « Ice » est aussi magnifiquement réalisé, tant sur le plan technique que sur le plan humain : The X-Files commence à gagner ses galons de série visuelle. Après deux mois de diffusion, cet épisode démontrait de manière indubitable que la petite série du vendredi soir sur la Fox était quelque chose de très spécial.

 

X-Files en 20 épisodes

Volet 1: Pilot (Nous ne sommes pas seuls) [1×00]

Volet 2: Ice (Projet Arctique) [1×07]

Volet 3: The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

Volet 4: Sleepless (Insomnies) [2×04]

Volet 5: One Breath (Coma) [2×08]

Volet 6: Humbug (Faux-frères Siamois) [2×20]

Volet 7: D.P.O. (Coup de foudre) [3×03]

Volet 8: Paper Hearts (Cœurs de Tissu) [4×10]

Volet 9: Never Again (Jamais Plus) [4×13]

Volet 10: Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

Volet 11: The Pine Bluff Variant (Les Nouveaux Spartiates) [5×18]

Volet 12: Triangle [6×03]

Volet 13: Milagro (A Cœur Perdu) [6×18]

Volet 14: The Unnatural (Le Grand Jour) [6×19]

Volet 15: The Sixth Extinction II: Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

Volet 16: all things (Existences) [7×17]

Volet 17: Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

Volet 18: Roadrunners (Un Coin Perdu) [8×04]

Volet 19: Audrey Pauley [9×11]

Volet 20: Release (Clairvoyance) [9×17]

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