X-Files en 20 épisodes : Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

X-Files en 20 épisodes : Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

Note de l'auteur

Lancée le 10 septembre 1993, The X-Files fêtera ses vingt ans à la rentrée. A l’approche de cet événement le Daily Mars va passer tout l’été avec la série culte créée par Chris Carter, qui rassembla les fans de fantastique, d’horreur et de science-fiction tout au long des années 90, au fil de ses quelques 202 épisodes. Nous vous proposons de vous raconter l’histoire de The X-Files en vingt épisodes. Avec ce dixième volet, nous dépassons la moitié de cette série d’articles – comme la série elle-même dépasse la moitié de sa vie, ayant fêté en tout début de saison 5 son centième épisode. « Kill Switch » contient une guest-star de choix… du coté des scénaristes.

Ne vous fiez pas aux apparences. Le plus extraordinaire dans cette image, c’est que Scully fait du kung-fu.

Un génie de l’informatique est tué dans un bar, pris dans des échanges de coups de feu entre bandes rivales, que l’intelligence artificielle qu’il essayait de détruire a réuni dans ce lieu. Mulder et Scully enquêtent et rencontrent une de ses disciples, elle aussi pourchassée par l’IA, et qui leur fait part de son projet d’uploader sa conscience sur Internet…

Scénario: William Gibson & Tom Maddox. Réalisation : Rob Bowman. Première diffusion Fox : 15 février 1998 ; première diffusion M6 : 8 octobre 1998. Guests : Tom Braidwood (Frohike), Dean Haglund (Langly), Bruce Harwood (Byers).

 

Combattre le Futur

Le développement de la première adaptation cinématographique, The X-Files : Fight the Future, ne fut pas exactement un long fleuve tranquille. 20th Television, la branche télévisuelle du studio 20th Century Fox, qui produit la série, est évidemment très en faveur de cet événement qui va encore renforcer son impact culturel. Mais le studio cinéma regarde avec pas mal de circonspection ces hurluberlus venus de la télé qui viennent marcher sur leurs plates-bandes. Du quatuor de responsables principaux de Fight the Future – Chris Carter, Rob Bowman, Frank Spotnitz et Dan Sackheim – seul Bowman a déjà une expérience au cinéma, la réalisation du petit film Airborne (1993).

L’impulsion initiale est venue d’une projection de « Duane Barry » [2.05] au Musée de la Radio et de la Télévision de Los Angeles, au printemps 1995, alors que la saison 2 est encore en cours. « Nous voyions tous que ça supportait très bien la projection, » explique Carter. « C’est là que nous avons commencé à envisager la possibilité d’un film. En fait, c’est ce soir-là que nous en avons parlé à voix haute la première fois » [The Making of The X-Files Fight the Future, par Jody Duncan, éditions Harper Collins, 1998]. Le plan global est en place depuis le premier tiers de la troisième saison : c’est à ce moment que Chris Carter a demandé à Rob Bowman de réaliser le film. Mais c’est seulement alors que la production de la quatrième saison est lancée que la Fox commande fermement l’écriture d’un script. « Cette année a été la plus dure pour Chris et pour moi, » commente Frank Spotnitz. « Entre The X-Files et MillenniuM, nous avons produit 47 heures de télévision. Nous étions en état de crise permanent. Nous avions des emplois du temps impossibles, interminables. Et pourtant, il fallait trouver là-dedans le temps d’écrire un scénario pour le film » [The Making of The X-Files Fight the Future, par Jody Duncan, éditions Harper Collins, 1998].

Pendant les quinze jours de vacances d’hiver, la période de Noël 1996 et du nouvel an 1997, Chris Carter s’envole pour Hawaï. Il y passe quelques jours seul, pour effectuer une réécriture complète de « Memento Mori » [4.14], l’épisode dans lequel le Cancer de Scully était confirmé, écrit dans l’urgence pour palier à la défection de Darin Morgan (il s’était engagé à écrire un épisode en freelance mais renonça au dernier moment ; malgré ces circonstances, Carter, Spotnitz, Gilligan et Shiban, coauteurs, remporteront une nomination à l’Emmy du meilleur scénario). Ensuite, Frank Spotnitz le rejoint. Ensemble, en 10 jours, ils conçoivent l’histoire de Fight the Future avec la même technique de boarding que pour la série. L’histoire du film ne naît dont que six mois avant son tournage ! Quant au scénario lui-même, la majeure partie en sera écrite par Carter en février, en une dizaine de jours à nouveaux passés coupé du monde, et de la production en cours de The X-Files et de MillenniuM, à Hawaï. C’est un premier jet, et il manque encore une trentaine de pages pour terminer le script. Mais c’est le document sur la base duquel sera lancée la production, la première semaine d’avril 1997, dix semaines avant la date programmée du début de la production principale : le 7 juin à Los Angeles. Ce scénario partiel explique sans doute en partie que le studio n’est toujours pas pleinement à bord. C’est l’affrontement de deux logiques industrielles complètement différentes : celle de la télévision, un train en marche où tout est planifié au millimètre et où les fenêtres d’opportunités s’ouvrent et se referment très rapidement, et celle du cinéma, où, si l’on ne tourne pas un film cette année, on pourra toujours le faire l’année prochaine. Dan Sackheim finit par proposer de reporter le tournage d’un an. Carter doit expliquer que ce projet s’inscrit dans une continuité, et que le scénario que le studio tient entre les mains sera nul et non-avenu l’été suivant.

Il ne faut pas négliger non plus le fait que tout cela se joue alors que règne une certaine incertitude sur l’avenir de la série. Au moment du Pilote, Chris Carter, David Duchovny et Gillian Anderson ont signé des contrats de cinq ans. Au-delà, l’avenir de The X-Files n’est donc pas garanti. Fight the Future sera-t-il une transition entre deux ères de la série, ou bien l’apothéose de la période télévisuelle et l’avènement d’une véritable série cinématographique à la Star Trek ? Nul ne le sait encore, même si la logique économique penche pour la première hypothèse puisque The X-Files est un succès à la télévision et un pilier de la grille du Network Fox.

L’affiche du premier film, véritable blockbuster estival

Début avril 97, la pré-production commence. Mais le studio n’a pas encore pris d’engagement ferme sur le tournage. Pour maîtriser le budget, mais aussi pour rendre praticable le planning du film, très contraint par les disponibilités de Duchovny et Anderson, que la série occupe neuf mois par an, il faut en rabattre sur la dimension très internationale que Carter et Spotnitz voulaient donner au tournage, qui se serait réparti entre Los Angeles, le Texas, Washigton DC, l’Alaska, Londres et la Tunisie. Finalement, tout ce qui peut être recréé en Californie l’est, et seuls quelques jours de tournage de deuxième équipe sont accordés à Londres, en Tunisie mais aussi dans les glaciers des montagnes au nord de Vancouver. Ce dernier décor est le lieu programmé du début du tournage : une semaine de deuxième équipe censée débuter le lundi 9 juin 1997 pour filmer des hommes préhistoriques, dans un Texas recouvert par la neige lors de la dernière période glaciaire, prenant en chasse un extraterrestre. Le vendredi 6 juin, l’accord du studio pour le tournage n’est toujours pas tombé. Un souvenir crispant pour Chris Carter :

« Nous devions commencer à tourner à cette date, sans quoi nous ne pourrions pas tenir nos délais. Nous travaillions sur un créneau précis, impératif, pour terminer à temps et reprendre la série. La date de début était fixée. On ne pouvait pas la repousser ». L’accord ne tombe que le dimanche, la veille du démarrage. « Il est arrivé littéralement dix minutes avant que tout ne tombe à l’eau. Jusqu’au bout, des obstacles légaux et contractuels ont subsisté. Ces problèmes n’avaient pas été aplanis. Dix minutes avant la dernière minute, il n’y avait pas d’accord sur le budget. Au départ, je pense que tout le monde espérait faire le film pour quarante millions de dollars, » explique-t-il. « Mais ce n’était pas possible, tout bien considéré, vu le genre de films que nous envisagions. Nous voulions voir plus grand que sur la série, ce qui exigeait de plus grandes capacités techniques, plus de temps et plus d’argent. Il y avait aussi des frais de rapidité. Nous avions commencé tellement tard qu’il a fallu construire les décors en toute hâte. Et à chaque fois qu’on construit vite, il y a des frais supplémentaires » [The Making of The X-Files Fight the Future, par Jody Duncan, éditions Harper Collins, 1998]. En effet, il faut réserver tous les plateaux de tournage en même temps, pour y construire tous les décors en parallèle plutôt que les uns après les autres, au rythme de l’avancée du tournage. De plus, le planning serré des acteurs oblige à tourner le film sur six jours par semaine, avec un seul jour de repos, ce qui entraîne un coût non négligeable en heures supplémentaires. Au final, le budget s’établit tout juste sous la barre des soixante millions.

Pour les acteurs, le tournage du film est une aventure contrastée. Il peut les aider à s’imposer comme des acteurs de cinéma (l’été entre la troisième et la quatrième saison, Duchovny avait déjà tourné Playing God), mais il signifie aussi, pour eux, jouer Mulder et Scully non-stop pendant presque deux années de suite, sans vacances ou presque. « Aucun acteur ne tient à jouer toujours le même rôle, » confirme Duchovny. « Donc je ne faisais pas des bonds de joie, quand j’ai signé. Mais j’avais le sentiment que c’était le moment idéal, pour tourner ce film. J’aimais l’idée de faire ça pendant que la série passait encore, plutôt que d’attendre qu’elle soit terminée. J’ai compris la logique de la décision » [The Making of The X-Files Fight the Future, par Jody Duncan, éditions Harper Collins, 1998].

 

A l’ombre du film

Tout s’est finalement bien terminé, mais The X-Files : Fight the Future allait avoir un impact considérable sur la cinquième saison de la série, à tous les niveaux. Celui des histoires, bien sûr, comme l’explique Chris Carter : « Le gros challenge de la saison 5 était d’avoir à planifier précisément l’intrigue d’une saison entière, quelque chose que nous n’avions jamais fait totalement parce que nous avions le sentiment que la découverte offre des opportunités scénaristiques intéressantes. Mais pour la saison 5, il fallait tout prévoir à l’avance pour que cela mène au film qui avait été en fait tourné l’été précédent » [The truth about season 5, coffret DVD saison 5, 20th Century Fox, 2002].

Byers face à Munch, le personnage apparu dans le plus de séries différentes de l’histoire de la télé US !

Mais c’est la production concrète du show qui est le plus affectée, ce qui explique sans doute en partie la faiblesse indéniable de cette saison, malgré quelques joyaux. Et puis, clairement, la série est en fin de cycle, dans l’attente d’un nouveau souffle créatif qui viendra bientôt. Le tournage ne reprend que fin août, cinq semaines après la date normale. Le lancement de la nouvelle saison est décalé à novembre. Même ainsi, les deux acteurs principaux sont pratiquement totalement indisponibles la première semaine. Il fut donc décidé de consacrer un épisode aux Lone Gunmen, un plan initié dès la fin de la quatrième saison. Vince Gilligan avait conçu une première histoire, qui se passait au présent et concernait les nanotechnologies. Mais Chris Carter n’était pas convaincu par le pitch, et au fond Gilligan non plus. C’est Carter qui suggéra l’idée d’une origin story, qui montre comment les personnages s’étaient rencontré. Après avoir écrit une douzaine de pages de « Unusual Suspects » [5×03], Gilligan réalisa que toute son histoire était encadrée par le témoignage de Byers à un policier de Baltimore. C’est alors que lui vient l’idée que ce flic pourrait être nul autre que le Detective Munch, de la série Homicide, interprété par Richard Belzer. Tom Fontana et la chaîne NBC, qui diffusait Homicide, donnèrent facilement leur accord.

Avec le temps nécessaire pour des tournages de séquences modifiées du film, au printemps, et la promotion, les indisponibilités de Duchovny et Anderson se multiplient. La commande de la Fox portait initialement sur 22 nouveaux épisodes. Elle est descendue à seulement 20 en novembre, dont quatre tournés avec la présence très réduite d’au moins l’un des deux acteurs principaux. Les autres scénarios séparent le plus souvent possible les deux agents dans deux intrigues parrallèles. Outre l’aventure des Lone Gunmen, l’équipe tourne sans Mulder une exploration de la vie familiale et intime de Dana Scully, « A Christmal Carol » [5×06], inspirée par le roman de Dickens. Spotnitz et Shiban s’associent pour écrire un épisode situé dans les années 50, au moment de la création du département des X-Files par l’agent Arthur Dales – ce que Dales raconte à Mulder en 1990, au moment où celui-ci vient de les découvrir. Le rôle de Dales âgé dans « Travelers » [5×15] est confié à Darren McGavin, l’interprète de Kolchak, the Night Stalker, que Carter suppliait d’accepter un rôle depuis des années (ceux du Sénateur Matheson ou du père de Mulder lui avaient été proposés). McGavin ne voyait pas d’un bon œil ces gens qui « copiaient » son ancienne série, mais sympathisa finalement avec l’équipe quand Glen Morgan et James Wong l’engagèrent pour jouer le père de Frank Black dans MillenniuM. Enfin, des vacances qui tournent mal sont l’occasion pour Scully d’une enquête en solo, écrite par un scénariste extérieur à l’équipe très prestigieux…

Cinq nouveaux scénaristes avaient bien été engagés, mais ce fut une nouvelle fois une catastrophe. Le duo Billy Brown et Dan Angel est renvoyé sans avoir écrit un seul script – des éléments d’une histoire sur laquelle ils travaillaient sont utilisés pour écrire « All Souls » [5×17]. Jessica Scott et Mike Wollager, un duo d’auteurs débutants, accouche péniblement du très raté « Schizogeny » [5.09] avant de faire ses bagages. Tim Minear, venu de Lois & Clark, une série où les personnages passaient très loin avant les histoires, passe la saison entière dans l’équipe, mais le scénariste ne garde pas un très bon souvenir de l’expérience (c’est une litote : Chris Carter est « un imbécile » et « un connard » lâchera-t-il entre autres amabilités dans un épisode du Nerdist Writer’s Panel, dans une longue tirade qui montre surtout qu’il détestait X-Files et ses principes d’écriture, qu’il n’aurait donc jamais dû accepter d’y travailler, et qu’il constitue à l’évidence un collègue épouvantable). Un bon point reste malgré tout dans sa mémoire : la participation de Lili Taylor à son épisode, « Mind’s Eye » [5×16]. A l’époque, l’actrice était connue pour ses rôles dans des films indépendants, et les producteurs doutaient qu’elle accepte de faire de la télévision. Mais Taylor appréciait énormément X-Files, et notamment Gillian Anderson, et accepta donc très facilement « Je l’admire depuis longtemps, et je voulais depuis le début qu’elle joue Marty, » admet Minear. « Il y a beaucoup de choses qui ne me plaisaient pas dans l’histoire telle qu’elle a été approuvée, alors je me suis réellement concentré sur la création d’un rôle pour cette actrice. Qu’elle ait apporté autant, et soit nominée [aux Emmy Awards] était vraiment génial » [Interview pour Writer’s showcase par Annie Lansbury, Lois & Clark Nfic archive, 1998].

A l’issue de la quatrième saison, Howard Gordon avait quitté la série, alors qu’il avait de plus en plmus de difficultés à trouver des sujets d’épisode. Sa relation avec Chris Carter s’était sans doute aussi un peu effiloché. La place qu’il laisse, celui de pilier et de bras droit, est immédiatement confiée à Frank Spotnitz. Celui-ci est donc passé en l’espace d’à peine plus de deux saisons de débutant staff writer connaissant sa première expérience télévisuelle à coproducteur exécutif du plus gros succès de la Fox !

Le planning contraint de cette saison fut aussi une occasion de confier l’écriture d’épisodes à des signatures extérieures très connues. Non sans que cela ne pose des problèmes de production réels.

 

Des guest-stars chez les scénaristes

Deux ans plus tôt, pendant la troisième saison, David Duchovny avait participé à une édition spéciale célébrités du jeu Jeopardy! Il avait perdu en finale contre nul autre que Stephen King – cette défaite étant la base de nombreuses allusions ironiques dans plusieurs épisodes de cette saison. Après l’enregistrement de l’émission, King lui avait confié adorer la série, et qu’il aimerait écrire un épisode. Quelques temps plus tard, King téléphona à Chris Carter et formalisa son offre, bien qu’il hésitât un peu entre écrire un X-Files ou un MillenniuM.

Dans Chinga, Stephen King en très petite forme offre tout de même quelques séquences gores très réussies

Stephen King finit par livrer le scénario d’une aventure de Mulder et Scully – en fait, surtout de Scully, en vacances dans le Maine : « Chinga » [5×10]. Cependant ce sous-Chucky pas très inspiré n’est pas conforme aux standards d’une série télévisée : il fait 90 pages au lieu des 50 qui correspondent à un épisode de 43 minutes. De plus, la voix des personnages de Mulder et Scully n’est pas vraiment respectée. Chris Carter doit donc réécrire le script en profondeur, en essayant de garder l’esprit léger des échanges entre Mulder et Scully présente dans le travail de King. Carter est donc crédité comme coscénariste. Lui et King ne se sont jamais rencontré et n’ont échangé que par téléphone. « J’étais très excité de diriger du Stephen King, » se souvient le réalisateur Kim Manners. « Mais au bout du compte, il restait très peu de Stephen King. L’architecture était de lui, mais en réalité c’était un scénario de Chris » [The Complete X-Files, par Matt Hurwitz et Chris Knowles, Insight éditions, 2008].

L’autre auteur célèbre est le roi du cyberpunk William Gibson (l’auteur de Neuromancer, Count Zero, Mona Lisa Overdrive et Johnny Mnemonic au cinéma) qui, avec son complice Tom Maddox, est l’auteur de « Kill Switch ». Un épisode dont l’ambition va couper le souffle même à l’équipe de X-Files à Vancouver, pourtant habituée à faire face à tous les défis à l’aide d’un désormais très confortable budget de 2,5 millions de dollars de l’époque par épisode. C’est que « Kill Switch » est moins un épisode de série télé qu’un mini-blockbuster.

 

Continuité

La fiche de Mulder à laquelle accédé l’intelligence artificielle nous donne quelques précisions sur l’histoire établie de Mulder. Il a étudié à Oxford entre 1983 et 1986, date à laquelle il a intégré l’académie du FBI a Quantico. Il a rejoint l’Unité des Crimes Violents en 1988, jusqu’à ce qu’il commence à travailler aux affaires non-classées en 1990, deux ans avant que Scully y soit assignée.

 

Production

William Gibson habitait Vancouver et faisait souvent l’aller-retour entre cette ville et Los Angeles. C’est à bord d’un avion qu’il rencontra Chris Carter pour la première fois, et les deux hommes continuèrent de se croiser régulièrement sur cette ligne. Au départ, Gibson avait abordé Carter pour obtenir la permission de faire visiter le plateau à sa fille, qui avait treize ans à l’époque, et était fan de la série (finalement, pour son anniversaire, Carter lui offrit de faire de la figuration dans l’épisode « Chinga » [5.10]).

C’est Chris Carter qui lui proposa un jour de s’atteler à l’écriture d’un épisode. Gibson se souvient d’un scénario développé lentement, au fil de plusieurs mois : « Cela a commencé, si je me souviens bien, quand Tom m’a montré une maison désertée pas loin de chez lui. Ses fenêtres étaient bouchées et elle était entourée d’une barrière de barbelés. Tout cela au milieu d’un quartier normal. Très étrange ! Ce n’était pas un grand saut pour nous changer cette maison en une caravane occupée par une intelligence artificielle ». Tom Maddox le complète : « Nous avons continué d’y travaillé, empilant des tonnes de papier. Des mois ont passé, plus d’une année. On recevait un appel de la production de temps à autre » [Resist or Serve: The Official Guide to the X-Files 4, par Andy Meisler, éditions Harper Prism, 1998]. Plusieurs réunions de travail sont annulées au dernier moment çà causes d’urgence sur d’autres épisodes et/ou sur le film. Finalement, une date de production fut fixée pour l’épisode, ce qui généra une subite accélération de la pression et du rythme de développement. Carter insista notamment pour faire d’Esther, l’informaticienne Gothique qui rêve d’uploader sa conscience sur Internet, un personnage beaucoup plus dur et antipathique que le concept initial de Gibson et de Maddox. « Nous avions une appréhension à la rendre si pénible, ce qu’il fallait pourtant qu’elle soit pour que le personnage fonctionne, » commente Gibson. « Chris l’a rendu abrasive et assez punk, alors que nous l’utilisions trop pour demander au téléspectateur sa sympathie ».

Esther dans Kill Switch. Vous n’aurez pas envie de passer des vacances avec elle.

Restait à gérer un autre problème. L’ambition démente du scénario. « Quand vous écrivez un roman, il n’y a pas de budget, » explique Bowman. « Vous vous contentez d’écrire, d’inventer, et d’injecter beaucoup de choses compliquées dans les scènes. Alors quand le scénario de Kill Switch est arrivé, c’était le plus important en terme de complexité – pas d’échelle, mais de complexité – que je n’ai jamais vu dans X-Files » [The Truth about Season 5, coffret DVD saison 5, 2002].

Pour y faire face, Chris Carter demanda à Rob Bowman de délaisser quelques temps la post-production de Fight the Future, à Los Angeles, pour diriger « Kill Switch ». « C’est le plus gros épisode que j’ai jamais mis en scène. Quand il a été terminé, il totalisait 22 jours de tournage ». La norme à la télévision américaine est de huit jours. Même avec son usage massif d’une deuxième équipe, X-Files arrivait habituellement au maximum à 14 ou 15 jours de tournage pour un épisode. Ce record de 22 jours explique en partie pourquoi « Kill Switch » est l’épisode le plus cher jamais produit pendant les années Vancouver de X-Files – des épisodes plus chers seraient produits par la suite, mais seulement parce que le déplacement du tournage en Californie allait entraîner une explosion des coûts fixes. « C’était un scénario formidable. J’ai adoré le mettre en scène. Mais la folie, c’est que pendant ce temps-là, il y avait un gros film à Los Angeles qui attendait que son réalisateur s’en occupe » [The Complete X-Files, par Matt Hurwitz et Chris Knowles, Insight éditions, 2008].

Trois explosions massives, dont une sous-marine tandis que Scully et Esther se trouvent sur un pont en mouvement, une séquence de fusillade entre gangs rivaux, la création du nid rempli de technologies de pointe de l’Intelligence Artificielle – dont le robot radiocommandé qui attaque Mulder, inspiré du Mars Rover de la NASA, qui coûta par exemple à lui seul 23.000 dollars à produire. Voilà quelques-uns des morceaux de bravoure de l’épisode.

A cela il faut ajouter une séquence que fut très content d’écrire Maddox, lui qui voulait voir Scully prendre davantage part à l’action de la série. Dans une réalité virtuelle créée pour tenter d’obtenir une révélation de Mulder, Scully assomme trois infirmières diaboliques à coup de mouvements de kung-fu – le tout devant un Mulder amputé des deux bras, ce qui fit que Duchovny protesta quand Bowman lui demanda que Mulder soit impressionné par le combat de Scully : « Mais j’ai plus de bras ! J’ai perdu mes bras ! Pourquoi j’en aurais quelque chose à faire du karaté de Scully ? » [The Complete X-Files, par Matt Hurwitz et Chris Knowles, Insight éditions, 2008].

La monteuse Heather McDougall remporta un Emmy pour son travail sur cet épisode.

 

Le bilan : un épisode qui navigue entre science-fiction, tragédie et comédie, en réussissant à ne pas s’effondrer sous le poids de son ambition. C’est le dernier épisode incroyablement spectaculaire de The X-Files, signe d’une période de la série qui va se refermer avec le départ de Vancouver. Mais cela, c’est l’histoire d’un prochain volet…

 

X-Files en 20 épisodes

Volet 1: Pilot (Nous ne sommes pas seuls) [1×00]

Volet 2: Ice (Projet Arctique) [1×07]

Volet 3: The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

Volet 4: Sleepless (Insomnies) [2×04]

Volet 5: One Breath (Coma) [2×08]

Volet 6: Humbug (Faux-frères Siamois) [2×20]

Volet 7: D.P.O. (Coup de foudre) [3×03]

Volet 8: Paper Hearts (Cœurs de Tissu) [4×10]

Volet 9: Never Again (Jamais Plus) [4×13]

Volet 10: Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

Volet 11: The Pine Bluff Variant (Les Nouveaux Spartiates) [5×18]

Volet 12: Triangle [6×03]

Volet 13: Milagro (A Cœur Perdu) [6×18]

Volet 14: The Unnatural (Le Grand Jour) [6×19]

Volet 15: The Sixth Extinction II: Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

Volet 16: all things (Existences) [7×17]

Volet 17: Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

Volet 18: Roadrunners (Un Coin Perdu) [8×04]

Volet 19: Audrey Pauley [9×11]

Volet 20: Release (Clairvoyance) [9×17]

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