X-Files en 20 épisodes : Never Again (Jamais Plus) [4×13]

X-Files en 20 épisodes : Never Again (Jamais Plus) [4×13]

Note de l'auteur

Lancée le 10 septembre 1993, The X-Files fêtera ses vingt ans à la rentrée. A l’approche de cet événement le Daily Mars va passer tout l’été avec la série culte créée par Chris Carter, qui rassembla les fans de fantastique, d’horreur et de science-fiction tout au long des années 90, au fil de ses quelques 202 épisodes. Nous vous proposons de vous raconter l’histoire de The X-Files en vingt épisodes. Un épisode étrange, qui explore l’intimité de Scully, est l’objet de ce neuvième volet.

Un tatouage potentiellement mortel pour Scully

Le FBI oblige Mulder à prendre une semaine de vacances, laissant une Scully frustrée et de mauvaise humeur régler une affaire dont elle ne voit pas l’intérêt. A Philadelphie, dans une boutique de tatouage, elle rencontre Ed Jerse, un père de famille récemment divorcé et déprimé. La tension sexuelle est forte entre eux, mais Scully ignore qu’Ed Jerse est rendu fou par son tatouage jaloux, dont il entend la voix…

Scénario : Glen Morgan & James Wong. Réalisation : Rob Bowman. Première diffusion Fox : 26 janvier 1997 ; première diffusion M6 : 18 octobre 1997.

 

Away and back again

« Home ». C’est le titre de l’épisode qui marque leur retour, et c’est un message codé. Glen Morgan et James Wong sont de retour ‘‘à la maison’’. Oui mais voilà : ils ne vont pas tarder à découvrir qu’en leur absence, on a refait la déco, changé les meubles, et que le patriarche a de nouveaux fils préférés. Auparavant, toutes leurs suggestions arrivaient à l’écran en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire. Désormais, ils doivent batailler pour imposer leurs idées.

L’annulation de Space : Above & Beyond au terme d’une seule saison laisse le duo provisoirement sans boulot. Ils ont bien l’intention de créer une nouvelle série, et le Network Fox ne tardera pas à leur commander le Pilote de The Notorious (l’un des trois ou quatre qu’ils tourneront ces années-là, sans qu’aucun ne donne jamais lieu à une série). En attendant, le studio 20th Television, avec lequel ils sont liés par contrat, leur propose de retourner dans le giron de 1013 Productions le temps d’une demi-saison. Ils sont d’accord à condition de pouvoir engager dans leurs épisodes leurs acteurs de Space, ce que Carter accepte. Le duo doit grosso modo livrer une année de travail en six mois, et écrire quatre épisodes de The X-Files et trois de MillenniuM. Glen Morgan écrit surtout pour X-Files, et James Wong surtout pour MillenniuM. A ce stade, le duo a commencé à développer un certain ressentiment, l’impression que Chris Carter est devenu célèbre avec leurs idées. D’ailleurs, les épisodes de Wong pour la série naissante développent des histoires assez bouclées, comme s’il rechignait à enrichir sa mythologie…

Ce qui se cache sous le lit des Peacock est la chose la plus terrible qu’on puisse imaginer

Extrêmement horrifique, tant sur le plan graphique que sur celui des thématiques abordées – l’inceste, et plus généralement un questionnement très sévère de la famille placée comme valeur absolue – ‘‘Home’’ suscita la controverse aux États-Unis comme nul autre épisode auparavant. La réponse de la chaîne Fox fut de promettre de ne jamais le rediffuser sur son antenne ! (Ce qui en conséquence, augmenta l’intérêt pour les rediffusions ultérieures qui eurent lieu sur la chaîne câblée FX, propriété de Newscorp tout comme Fox). « Quand Linda Shima-Tsumo [la directrice du département des standards & practice, le bureau de censure interne] a vu pour la première fois le cadavre du bébé, j’ai cru qu’elle allait faire une crise cardiaque et mourir sur place ! » se souvenait le réalisateur Kim Manners en 1998. « J’ai tourné bien plus de plans de lui que ce qui a été montré » [I Want to Believe: The Official Guide to the X-Files 3, par Andy Meisler, éditions Harper Prism, 1998].

« Les gens ont pris Home pour un épisode réellement choquant et pervers, davantage que nous le pensions, » explique James Wong. « Nous voulions poser la question de la nature contre la civilisation. Quelle est la véritable nature humaine ? Peut-on régresser, redevenir des animaux ? Si l’on vous retire de l’influence civilisatrice de la société, qu’est-ce qui vous arrive ? ». Glen Morgan complète : « A une époque, je vivais avec ma femme et des enfants, mais ce n’était pas une bonne famille. Je pense qu’une famille doit être ensemble, mais pas à n’importe quel prix. Je crois aux valeurs familiales, mais ça dépend des familles : les Peacock croyaient aux valeurs familiales aussi » [Morgan and Wong return to The X-Files, par Paula Vitaris, Cinefantastique, octobre 1997].

« The Field Where I Died » prend un virage à 180 degrés pour proposer un récit romantique sur deux amoureux qui se réunissent au fil de plusieurs vies.

Mulder s’observe lui-même et son âme sœur dans une vie antérieure

Après avoir connu un divorce difficile, Glen Morgan était tombé amoureux de son actrice de Space : Above & Beyond, Kristen Clocke. Il écrivit le rôle de Melissa spécialement pour elle, avec l’intention d’y refléter les sentiments d’espoir qu’il ressentait à ce moment : « Rencontrer Kristen m’a transformé. Cela m’a fait vraiment penser qu’on pouvait renaître dans cette vie. J’ai retrouvé la foi qu’il existe une personne pour chacun, une personne qui, par sa présence, peut vous faire renoncer aux mauvaises choses que vous faisiez avant elle » [Morgan and Wong return to The X-Files, par Paula Vitaris, Cinefantastique, octobre 1997]. Le couple s’est fiancé quelques jours avant le début du tournage de « The Field Where I Died », magnifiquement mis en scène par Rob Bowman, et qui reste un épisode superbe, même si le remontage à la hache (il était 18 minutes trop long !) lui a fait perdre quelque peu en fluidité.

Glen Morgan développa le thème de la réincarnation comme une métaphore du sentiment de renaissance qui était le sien, en s’inspirant d’une scène du film Patton (Franklin J. Schaffner, 1970) dans lequel un personnage raconte une bataille de l’empire Romain à laquelle il a participé dans une vie antérieure. Le rôle de Melissa représentait pour son actrice une performance intense : « Tous ces passages d’une personnalité à l’autre étaient provoqués par la tristesse, » explique Clocke. « Il faut être incroyablement triste pour se fuir soi-même comme elle le faisait » [I Want to Believe: The Official Guide to the X-Files 3, par Andy Meisler, éditions Harper Prism, 1998].

Cet épisode poétique fut très controversé, en partie parce qu’il semblait rejeter la possibilité d’une romance entre Mulder et Scully (puisque l’âme sœur de Mulder était Melissa, et que Scully avait toujours été une sorte de frère dans leurs diverses vies antérieures). Morgan et Wong réactivent ainsi le conflit partageant les fans entre shippers (relationshippers) – ceux qui souhaitaient une telle romance – et noromos (no romance). Glen Morgan et James Wong se sont toujours fermement situés dans le deuxième camp, quand Chris Carter a, dès le départ, été plus ambigu, notamment en jouant intentionnellement avec la tension sexuelle dans « Fire » [1.12]. Échappatoire pour les shippers : l’hypothèse de « The Field Where I Died » n’est pas compatible avec un flash-back de « Apocrypha » [3.16] qui montrait l’Homme à la Cigarette adulte juste à la fin de la seconde guerre mondiale. Une erreur qui montre que les deux scénaristes n’ont probablement procédé qu’à un visionnage très superficiel de la troisième saison.

« Okay, c’est une négligence, » admet Glen Morgan. « Mais quelqu’un aurait dû nous le dire ! Ils ont tous lu le script. C’est la même chose qui nous était déjà arrivée avec Little Green Men [2.01] lorsque nous avons montré l’enlèvement de Samantha ». Wong complète : « Si quelqu’un nous avait dit qu’il s’était passé telle ou telle chose dans la troisième saison et que cela ne collait pas, on l’aurait changé. Mais personne ne nous a rien dit et tout Internet nous est tombé dessus ce qui nous fait passer pour des idiots. C’est un peu de notre faute aussi, évidemment » [Morgan and Wong return to The X-Files, par Paula Vitaris, Cinefantastique, octobre 1997]. Principale limite de cet axe de défense : « The Field Where I Died » n’est pas non plus cohérent avec leur biographie de l’Homme à la Cigarette telle qu’ils l’écrivent dans leur épisode suivant…

Le Fumeur écoute sa propre histoire… ou celle qu’il s’est inventée

C’est « Musings of a Cigarette-Smoking Man » qui fit vraiment monter la tension dans les bureaux de la production. Glen Morgan et James Wong, inspirés par le comic DC Lex Luthor : The Unauthorized Biography, avaient le sentiment d’écrire la véritable biographie de l’Homme à la Cigarette, quand Carter n’avait accepté leur pitch que parce que la source – un roman écrit par le Fumeur – autorisait une toute autre lecture. Carter imposa que la nature du narrateur soit ambiguë (les images que nous voyons correspondent-elles à ce que Frohike raconte, ou bien sont-elles les souvenirs du Fumeur ?) et changea le titre, Memoirs devenant Musings, c’est-à-dire que les souvenirs se changeaient en rêveries.

La volonté principale de Glen Morgan était de rendre à nouveau l’Homme à la Cigarette menaçant – estimant qu’il avait cessé de l’être dans la troisième saison : « il fallait montrer qu’il était l’homme le plus dangereux du monde. C’est la contribution que je voulais faire ». Pour incarner ce danger Morgan voulait que le Fumeur appuie sur la gâchette et assassine Frohike, des Lone Gunmen. Un rebondissement qui ne passe pas auprès des autres membres de l’équipe et notamment le nouveau trio de scénariste qui a occupé l’espace laissé par les Wongs depuis leur départ: Frank Spotnitz, Vince Gilligan et John Shiban.  « Quand nous trois avons lu le scénario, » se souvient Frank Spotnitz, « nous n’en croyions pas nos yeux. Nous pensions que Frohike et les Lone Gunmen étaient beaucoup trop importants dans la série à ce moment pour tuer l’un d’entre eux. Alors nous sommes allé voir Chris, tout comme l’a aussi fait Tom Braidwood [l’interprète de Frohike], et avons argumenté que Frohike ne pouvait pas être tué. Au bout du compte, Chris s’est rangé à notre avis, et le scénario a été changé. Glen n’était pas très content » [Commentaire audio de l’épisode Jump the Shark, coffret DVD saison 9, 20th Century Fox Home Video, 2003]. C’est une litote.

Glen Morgan aussi use de litotes, mais un peu moins : « la tension est montée, » raconte Morgan, « et il y a eu une dispute » [I Want to Believe: The Official Guide to the X-Files 3, par Andy Meisler, éditions Harper Prism, 1998]. Déterminé à garder ce passage, James Wong, qui réalisait pour la première fois, filma malgré tout cette version en espérant pouvoir convaincre Carter de l’utiliser au moment de la post-production. Mais, dans un rebondissement digne de la série, les rushes de la mort de Frohike avaient mystérieusement ‘‘disparus’’ quand il arriva au montage !

Pour ne rien arranger, Wong, qui pensait que William B. Davis serait très heureux qu’un épisode lui soit entièrement consacré, avait dû gérer un acteur qui ne se retrouvait pas du tout dans le scénario. Pour Davis, Glen Morgan et James Wong « n’avaient pas suivi la série » depuis qu’ils l’avaient quitté, « et il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas vraies ou pas cohérentes avec ce qui avait précédé » [I Want to Believe: The Official Guide to the X-Files 3, par Andy Meisler, éditions Harper Prism, 1998]. L’acteur était aussi déstabilisé par la contradiction entre les intentions affichées de Morgan concernant son personnage et la réalité d’un scénario versant régulièrement dans la satire voire la farce, quand il montrait le Fumeur s’intéresser à des choses aussi triviales que les résultats du Super Bowl, ou réagir comme un adolescent aux courriers de rejets ou d’acceptation de ses travaux littéraires. Cet aspect de l’intrigue était basée sur le cas réel de Howard Hunt, espion et figure du scandale du Watergate, qui termina sa vie comme auteur de très médiocres romans d’espionnages que personne ne prenait au sérieux, mais qui auraient contenu des descriptions de faits réels.

Le monologue de la boite de chocolat, parodie de celui de Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994), que William B. Davis n’avait déjà pas beaucoup apprécié de tourner, fut presque coupé dans la salle de montage, car la scène ne convainquait pas du tout Chris Carter. Mais Glen Morgan s’imposa en disant que puisque la mort de Frohike avait été coupée, le monologue serait gardé et que ce n’était pas négociable !

Fascination, répulsion: la tension sexuelle est à son comble et pourtant ce n’est pas Mulder qui fait face à Scully

« Never Again ». C’est le titre de l’épisode qui marque leur nouveau départ, et c’est un message codé. Glen Morgan et James Wong ne reviendront ‘‘plus jamais’’ sur The X-Files. Les affrontements autour de « Musings… » ont laissé des traces…

 

La chute

A l’époque de The X-Files, j’étais persuadé que Glen Morgan et James Wong allaient avoir une carrière extraordinaire. Vingt ans après, force est de constater que cela n’est jamais arrivé. Ce ne fut pas tant la conséquence d’un manque de talent – leur saison de MillenniuM, la deuxième, est une des choses les plus incroyables produites pour la télé américaine, avec une bonne dizaine d’années d’avance sur son temps – qu’une chute provoquée par un égo dévorant, et leur incapacité à identifier leurs forces et leurs faiblesses. Dans « Never Again », un personnage se sert d’Entertainment Weekly pour faire le fond de sa cage à oiseaux, et recevoir les déjections des volatiles. Tout cela parce que le critique du magazine avait noté de la plus basse note possible « The Field Where I Died ». Ce n’était pourtant pas faute de recevoir des dithyrambes de la part de la vaste majorité du reste de la presse et des fans. Quand on commence à aligner ce genre d’imbécilités (qui rappellent par exemple le ‘‘personnage’’ du critique dans La Jeune Fille de l’Eau de M. Night Shyamalan), on file un mauvais coton.

Aucun de leurs nombreux pilotes ne fut commandé par le Network Fox, dont ils ont beaucoup blâmé le manque de vision et de courage. Je serais curieux de les voir. Étaient-ils aussi bons qu’ils le croient ? Le Pilote de Space : Above & Beyond lui-même était médiocre. Ce n’est qu’après que la série décollait. Morgan et Wong sont bien meilleurs pour développer un univers que pour le créer de toute pièce. En conséquence, le choix d’orienter leur carrière vers le cinéma semble étrange.

Cette incapacité à lancer leurs propres créations est probablement aussi la source de la rancœur et des multiples mots doux qu’ils adressèrent à Chris Carter dans les années suivantes. Embauchés par Spielberg pour devenir les showrunners de The Others, ils se déclareront heureux de travailler pour quelqu’un qui les inspire et à qui ils piquent des idées, plutôt que pour quelqu’un comme Carter qui leur en piquait. Un peu après, dans Final Destination, un personnage de pleutre porte le nom du créateur de The X-Files. Et le duo refusa de participer aux bonus des DVD de MillenniuM « parce qu’ils n’auraient pas pu dire la vérité »…

Le duo s’est professionnellement séparé vers le milieu des années 2000, peu avant que James Wong ne touche le fond en réalisant le navrant Dragonball Evolution. Depuis, tout ce petit monde s’est progressivement réconcilié, Morgan et Wong apparaissant à divers événements liés à The X-Files, dont le récent panel des 20 ans à Comic Con International. Ça valait bien la peine de jouer les drama queens, tiens !

 

Continuité

« Nerver Again » a été écrit et tourné avant que l’on découvre que Scully a probablement un Cancer. Le changement d’ordre de l’épisode « Leonard Betts », choisi pour suivre le Super Bowl, provoque une modification profonde, et assez regrettable, de son sens. « Si j’avais su que Scully suspectait qu’elle avait un Cancer j’aurais joué cet épisode différemment, » admet Gillian Anderson [I Want to Believe: The Official Guide to the X-Files 3, par Andy Meisler, éditions Harper Prism, 1998]. Mais paradoxalement, c’est le personnage de Mulder qui souffre le plus de la modification, puisqu’on est censé croire qu’alors qu’il suspecte que Scully puisse avoir un Cancer, et dans l’attente des résultats de ses examens, il est parti en vacances sur les traces d’Elvis, en la laissant seule.

La menace du Cancer fait aussi perdre toute sa profondeur à la tension entre Mulder et Scully, sauf à avoir un degré de compréhension à peu près inexistant de l’âme humaine. Bref : je refuse de considérer que « Nerver Again » se situe après « Leonard Betts », quelle que soit sa place sur les DVDs.

 

France

C’est la seule fois où la version française fait référence, dans la dernière scène, aux X-files, en anglais dans le texte, pour désigner les affaires non-classées.

 

Production

C’est sans doute ce qui confère à cet épisode sa bouleversante sincérité : Glen Morgan s’est inspiré de son récent et difficile divorce pour créer le sombre et tragique personnage d’Ed Jerse et explorer la psychologie de Scully comme jamais auparavant. « J’ai trouvé que c’était une idée formidable, » commente Gillian Anderson, qui venait elle-même de se séparer de son mari Clyde Klotz (le divorce fut officiellement prononcé le 1er février 1997).

« Je traversais moi-même une période sombre à ce moment, et je voulais explorer le coté noir de Scully. Il se trouve que Glen et Jim étaient dans le même état d’esprit. Après la diffusion, beaucoup m’ont dit que cela ne ressemblait pas à Scully, mais je ne suis pas d’accord. Dans une série, on ne voit qu’un petit pourcentage d’une personnalité, parce que c’est ce que veut le public – la norme, quelque chose qu’il peut retrouver chaque semaine. Mais nous avons tous plusieurs facettes. Nous avons tous des secrets, des parties de nous que nous ne montrons pas aux autres. Nous pouvons tous rentrer chez nous et déprimer le soir, même si on sourit pendant la journée » [I Want to Believe: The Official Guide to the X-Files 3, par Andy Meisler, éditions Harper Prism, 1998].

Au-delà de sa situation sentimentale, Gillian Anderson était à cette époque en pleine dispute avec 20th Television, le studio qui finançait la série, car elle souhaitait obtenir le même montant par épisode que son partenaire, David Duchovny. Le studio avait octroyé un meilleur salaire à Duchovny au moment du Pilote, en vertu du fait qu’il avait davantage d’expérience, quand Gillian Anderson était une totale débutante. Leur salaire avait bien sûr beaucoup augmenté depuis le début de la première saison, mais proportionnellement à la somme de départ, si bien qu’Anderson était toujours moins bien payée. Mais, au milieu de la quatrième saison, Anderson estime qu’elle a désormais la même notoriété que lui, et qu’elle porte la même charge de travail. La différence ne lui semble plus justifiée, voire dissimuler du sexisme. Les responsables du studio (et l’agent de Duchovny) font valoir en réponse qu’il ne serait pas plus justifié qu’elle bénéficie d’une augmentation plus élevée que celle accordée à son partenaire.

Le conflit traînera longtemps, avant d’être réglé au moment de la signature des contrats pour les sixième et septième saisons, par un compromis. Gillian Anderson touchera enfin la même somme que son partenaire, mais elle devra s’engager à rester dans la série une année supplémentaire. C’est ainsi qu’à la fin de la septième saison, elle sera la seule à être contractuellement obligée de rempiler pour une huitième…

Le spleen de Scully pour argument central – ce qui différencie Never Again des autres épisodes de la série

Cette histoire qui réjouissait l’actrice a pourtant failli ne jamais voir le jour : c’est une autre intrigue qu’avaient prévu Morgan & Wong pour leur quatrième – et dernier – épisode de la saison. Glen Morgan voulait développer une idée qu’il avait en tête depuis longtemps, et pour laquelle il avait déjà fait beaucoup de recherches, qui aurait montré le fantôme de Lincoln hanter la Maison Blanche. Mais les fortes tensions qui avaient accompagné la production de « Musings of a Cigarette-Smoking Man » le firent changer d’avis : « j’avais le sentiment qu’ils ne voulaient plus que je me livre cœur et âme pour la série, alors je ne voulais plus leur donner cette idée, » confie-t-il, très honnête [Morgan and Wong return to The X-Files, par Paula Vitaris, Cinefantastique, octobre 1997].

« Never Again » devait tout de même faire l’événement : parce qu’à l’origine, c’est lui qui devait être diffusé après le Super Bowl – et Quentin Tarantino devait le réaliser ! Mais le syndicat des réalisateurs américain l’en empêcha. En effet, adhérer à la Directors Guild of America est obligatoire pour pouvoir réaliser des fictions diffusées en prime-time à la télévision américaine, et Tarantino n’est pas membre. La DGA lui avait donné un passe-droit pour lui permettre de réaliser un épisode d’Urgences, mais elle refusa de renouveler ce geste. Le projet tomba à l’eau, même si Morgan et Wong avaient écrit en partie en fonction de son style. En l’absence de cette guest-star en coulisse, qui aurait attiré beaucoup de presse, il fut décidé de préférer un épisode beaucoup plus traditionnel.

C’est également dans ce contexte qu’il fut proposé à Jodie Foster (qui avait évoqué dans des interviews le fait qu’elle adorait X-Files) de faire la voix du tatouage – c’était d’autant plus facile à organiser que Randy Stone, le directeur de casting qui avait déniché Gillian Anderson et David Duchovny, était un de ses meilleurs amis. Foster enregistra ses répliques en une heure et, en guise de clin d’œil, participa en tant que figurante à une scène sur le plateau à Vancouver (on peut l’apercevoir au début de l’épisode derrière la collègue qu’accuse Ed Jerse au bureau), avant de rejoindre le plateau du film Contact (Robert Zemeckis, 1997) – un engagement qui l’empêcha de se doubler elle-même en français comme elle le fait habituellement.

Le sexy Ed Jerse, et son tatouage quelque peu envahissant

Gillian Anderson s’engagea particulièrement dans ce tournage, très désireuse de montrer Scully dans une relation passionnelle et charnelle, allant jusqu’à proposer de se faire réellement tatouer – justement parce qu’elle avait du mal à comprendre, et à s’identifier, à la fascination de Scully à ce sujet. (Ce ne fut pas le cas, car cela aurait beaucoup compliqué le tournage plutôt que de le simplifier). Elle demanda aussi un droit de regard sur l’acteur qui serait son partenaire. Lorsque Morgan et Wong lui firent passer une photo de Rodney Rowland, elle demanda, peu convaincue, de voir d’autres acteurs – avant de réaliser que le rôle avait été écrit spécifiquement pour lui, un autre ancien de Space : Above & Beyond. Elle renonça alors à chercher un autre partenaire. Mais l’alchimie opéra malgré tout sur le tournage, au point qu’Anderson et Rowland tombèrent amoureux, se fréquentant par la suite pendant un an !

Contrairement à la volonté de l’actrice, qui était aussi celle des scénaristes, aucune scène de véritable passion amoureuse ne fut filmée – Chris Carter posa un véto pur et simple, exigeant une ambiguïté un peu absurde, à cause de laquelle les fans s’écharpèrent des années durant quant à savoir si Scully et Ed Jerse avaient ou non fait the wild thing. « Je pense que ce n’est pas très courageux, » commente Glen Morgan. « Si j’étais resté travailler pour X-Files, si cela avait encore été ma série, je me serais battu, mais j’étais sur le chemin du départ ». Chris Carter et les autres principaux scénaristes de la série ont commencé à enfermer quelque peu Scully dans un rôle d’icône virginale, qui sera exploité par la suite pour le meilleur (« Milagro » [6.18]) et pour le pire (la naissance de Jésus William dans « Existence » [8.21])  .

De fait, Glen Morgan et James Wong ont déjà un pied dehors, après une demi-année mouvementée et parfois tendue, pendant laquelle ils ont tout de même essayé de développer les personnages et lancé des pistes que les autres scénaristes suivront à moitié dans l’épisode final de la saison, « Gethsemane » [4.24].

Les jardins de Gethsémani sont l’endroit où Jésus se rendit à la veille de sa crucifixion, pour prier et s’interroger sur son destin. C’est là qu’il fut trahi par Judas. Dans l’épisode, Scully semble se désolidariser totalement de Mulder et dénoncer le contenu des affaires non-classées comme une gigantesque mystification, un canular de grande échelle dont on a voulu persuader Mulder. Le Cancer qu’on lui a inoculé, et dont elle est en train de mourir, était un moyen de le convaincre. Cet élément narratif est le fruit de discussions qui remontent à la première moitié de la quatrième saison, tandis que Glen Morgan et James Wong avaient retrouvé l’équipe d’écriture. Les deux scénaristes, qui avaient toujours eu d’X-Files une vision plus portée sur les personnages, comme en témoignait un épisode tel que « One Breath » [2.08], s’étaient fait les avocats d’une vaste arche autour des personnages de Mulder et Scully. Elle aurait vu la tension monter entre les deux agents au fil de la deuxième partie de la quatrième saison. Dans le dernier épisode, Scully aurait fait quelque chose qu’elle estimait juste, mais que Mulder aurait perçu comme une trahison. La saison 5 aurait été consacrée à réconcilier les deux personnages. Dans la vraie intrigue, la trahison de Scully n’est qu’un mensonge qui montre, au contraire, que le duo est désormais inséparable. Si l’idée originale semblait séduisante, il faut dire aussi que Mulder et Scully avaient déjà vécu une année de tension et de prise de distance pendant la saison précédente (mais comme Morgan et Wong ne l’avaient pas vue…).

 

Le bilan : « Never Again » est-il vraiment un épisode de The X-Files ? Dans une série qui couvrait déjà un spectre très large d’histoires et de tons, c’est un segment totalement à part. Pourtant, c’est peut-être bien celui que j’emporterais avec moi sur une île déserte si je pouvais n’en choisir qu’un. Rarement Scully, et même Mulder, ont-ils ressemblés autant à des personnages de chair et de sang, même dans cette quatrième saison où la qualité d’écriture des personnages est clairement à son apogée.

 

X-Files en 20 épisodes

Volet 1: Pilot (Nous ne sommes pas seuls) [1×00]

Volet 2: Ice (Projet Arctique) [1×07]

Volet 3: The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

Volet 4: Sleepless (Insomnies) [2×04]

Volet 5: One Breath (Coma) [2×08]

Volet 6: Humbug (Faux-frères Siamois) [2×20]

Volet 7: D.P.O. (Coup de foudre) [3×03]

Volet 8: Paper Hearts (Cœurs de Tissu) [4×10]

Volet 9: Never Again (Jamais Plus) [4×13]

Volet 10: Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

Volet 11: The Pine Bluff Variant (Les Nouveaux Spartiates) [5×18]

Volet 12: Triangle [6×03]

Volet 13: Milagro (A Cœur Perdu) [6×18]

Volet 14: The Unnatural (Le Grand Jour) [6×19]

Volet 15: The Sixth Extinction II: Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

Volet 16: all things (Existences) [7×17]

Volet 17: Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

Volet 18: Roadrunners (Un Coin Perdu) [8×04]

Volet 19: Audrey Pauley [9×11]

Volet 20: Release (Clairvoyance) [9×17]

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