X-Files en 20 épisodes : Sleepless (Insomnies) [2×04]

X-Files en 20 épisodes : Sleepless (Insomnies) [2×04]

Note de l'auteur

Lancée le 10 septembre 1993, The X-Files fêtera ses vingt ans à la rentrée. A l’approche de cet événement le Daily Mars va passer tout l’été avec la série culte créée par Chris Carter, qui rassembla les fans de fantastique, d’horreur et de science-fiction tout au long des années 90, au fil de ses quelques 202 épisodes. Nous vous proposons de vous raconter l’histoire de The X-Files en vingt épisodes. Dans ce quatrième volet, nous nous intéressons à un loner du début de la deuxième saison, pas si loner que cela puisqu’à cette époque, la série avait mué en vrai feuilleton.

Mulder accompagné dans son enquête par un nouveau partenaire: ratboy, comme l’avaient surnommé les fans

Depuis peu, Mulder a été contacté par un nouvel indicateur qui, cependant, n’a pas encore montré son visage. Cette nouvelle source le pousse à s’intéresser à la mort d’un homme dans un incendie imaginaire à New York. Mulder supplie Skinner de le libérer de ses écoutes pour le laisser enquêter. Il s’avère qu’un autre agent avait ouvert le dossier, le jeune Alex Krycek. Mulder doit collaborer avec lui. Cette enquête les mène sur la trace de vétérans du Viet Nam qui n’auraient pas dormi une seule minute depuis qu’ils ont été les sujets d’une expérience pendant la guerre, destinée à façonner des supersoldats.

Scénario: Howard Gordon. Réalisation: Rob Bowman. Première diffusion Fox : 7 octobre 1994 ; première diffusion M6 : 1 septembre 1995. Guests; Mitch Pileggi (Skinner), Nicholas Lea (Krycek), Steven Williams (Mr. X), William B. Davis (L’Homme à la Cigarette)

 

Transformer l’essai

La première saison de The X-Files n’a pas exactement été un succès de masse. Mais le cult hit s’était clairement imposé dans la grille du petit et tout récent network Fox, et s’accompagnait d’un buzz de plus en plus positif. Il restait à confirmer, ce qui n’a rien de si évident. Alors et aujourd’hui, on ne compte pas les séries qui se sont effondrées lors de la deuxième saison.

Toute cette première partie de saison est articulée autour des contraintes posées par la grossesse de Gillian Anderson. « Je suis devenue de plus en plus grosse, » se souvient l’actrice, « et ils ont continué à cacher mon ventre derrière des meubles ou en changeant l’angle de la caméra. Le plus difficile pour une femme enceinte, c’est qu’elle change. Elle ne sait plus très bien qui elle est, pour la première fois de sa vie. Et c’est ce qui m’est arrivé. Pendant quelque temps, je ne me suis pas sentie tout à fait moi-même. C’était d’autant plus dur d’interpréter Scully. Et puis, il arrivait que le bébé me donne des coups de pieds pendant le tournage et il fallait que je fasse mine de rien. C’était un vrai défi » [Je ne fais pas de cauchemars, mais…, par Alain Carrazé et Christophe Petit, Générations Séries, novembre 1995].

Alex Krycek tend la main du diable

La présence de Scully se voit considérablement réduite, même si elle ne sera totalement absente que d’un seul épisode. Pour gérer ces circonstances, les scénaristes sont obligés de changer assez nettement, même si cela ne sera que temporaire, la formule de la série. The X-Files devient un véritable feuilleton. Même les épisodes indépendants doivent être vus pour suivre l’évolution de la position de Mulder et Scully au FBI, ou pour suivre l’introduction de nouveaux personnages. « Sleepless » en est un bon exemple.

La pause entre la première et la deuxième saison a été réduite à peau de chagrin. En effet, il faut que la production reprenne très tôt pour filmer les premiers épisodes pendant l’été, avant l’accouchement de Gillian Anderson, prévu à la fin du mois de septembre. Elle marquera ensuite une courte pause, avant que l’actrice ne reprenne les tournages, huit jours après la naissance de sa fille Piper. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles Chris Carter est tendu.

Initialement, la deuxième saison devait s’ouvrir sur un épisode écrit par Chris Carter qui aurait amené Mulder à Moscou. Mais cette piste n’aboutit pas, Carter n’arrive pas à développer un épisode qui lui convienne. Si bien qu’il proposa à Glen Morgan et James Wong d’écrire l’ouverture de la saison, pendant qu’il se concentrerait sur le deuxième épisode (« The Host », dans lequel Carter déverse sa mauvaise humeur).

« C’était un geste très généreux de la part de Chris, » commente Morgan, « qui nous a donné davantage confiance en nous, et c’était une façon de nous dire à quel point il nous appréciait » [X-Writers, par Paula Vitaris, Starlog, octobre 1995]. C’est aussi une façon d’utiliser au maximum le talent des Wong tant qu’ils sont encore là. Leur travail exceptionnel lors de la première saison a attiré l’attention des critiques mais aussi de la Fox. Très vite, le network leur commande une série. Le duo partira en mi-saison pour aller superviser le tournage du téléfilm pilote de Space 2063 en Australie – emportant avec eux le réalisateur régulier David Nutter.

C’est un coup dur, d’autant que l’équipe qui a fait le succès de la première saison a déjà connu le départ d’Alex Gansa. Le partenaire d’écriture historique de Howard Gordon a choisit de quitter la série à l’issue de la saison 1. Il souhaitait alors prendre un peu de temps après la naissance d’un enfant, mais surtout tenter de lancer sa propre série. (En vérité, il s’embarque dans une véritable traversée du désert, qui ne prendra fin que lorsque Gordon, devenu showrunner de 24, l’y embauchera. Ils co-créeront ensuite ensemble Homeland.)

Le scénariste Howard Gordon

Avec « Sleepless », Howard Gordon fait face à sa première expérience d’écriture en solo. Sous pression, il a eu le plus grand mal à développer une idée. Il travaillait initialement sur un scénario à propos de recherches dans le domaine de l’agriculture, qu’il trouvait réellement mauvais.

« Je l’ai fait lire à Jim Wong en lui disant ‘c’est pas terrible, pas vrai ?’ » se souvient-il. « Il l’a lu et me l’a confirmé. J’étais à deux semaines du début de la préparation de mon premier épisode en solo, et j’avais un script nul. Je n’ai tout simplement pas réussi à dormir, deux nuits d’affilée, tellement j’étais anxieux. Je me disais que ma carrière était terminée, que j’étais fini, que je n’avais aucun talent ». Cherchant un moyen de rebondir, il finit par changer de plan à la dernière minute, pour s’inspirer de ses propres insomnies, qu’il mélange au thème des super-soldats, autour duquel Chris Carter avait tenté de développer un épisode pendant la première saison. « J’étais très peu confiant à l’idée d’écrire seul, et Chris Carter aurait très bien pu l’être aussi. Au contraire, il avait une grande confiance en moi. Je lui ai dit que je mettais ce premier script de coté. Il m’a dit, ‘fait ce que tu penses le mieux, je suis sûr que ce sera bien’. Cette attitude m’a donné vraiment beaucoup de force » [X-Files Confidential par Ted Edwards, éditions Little, Brown and Company, 1996].

 

Des réalisateurs producteurs

En dehors des aspects scénaristiques, l’autre axe de travail prioritaire pour Chris Carter et son équipe est l’aspect visuel de la série, qu’elle veut encore continuer d’améliorer. « La série commence à s’étendre au-delà des limites de planning et d’argent, » confirme le réalisateur Rob Bowman en parlant de cette deuxième saison. « A ce moment, on est sur le point d’exploser pour devenir un autre genre de série télévisée » [The truth about season 2, coffret DVD intégrale saison 2, 2001].

Cela passe en partie par l’écriture, qui doit être aussi visuelle que possible. « Cette manière de raconter les histoires est extrêmement difficile à accomplir à la télévision, parce qu’il s’agit de générer du suspense, ce qu’on ne peut faire qu’en bougeant la caméra, et en utilisant réellement des images pour raconter les histoires, » explique le scénariste Frank Spotnitz, qui rejoindrait l’équipe un peu plus tard au cours de cette deuxième saison. « La majorité de la télévision, il y a clairement des exceptions à cette règle, mais la majorité de la télévision, ce sont des gens qui parlent. C’est pour cela que les séries d’avocats et de médecins, et même dans une certaine mesure, les séries de flics, marchent si bien à la télévision, parce qu’elles sont conduites par ces personnages qui peuvent parler de ce qu’il se passe. Quand on regarde un épisode de The X-Files, il y a des dialogues mais elle essaye d’être plus visuelle. C’est pour cela, je crois, que beaucoup ont parlé de The X-Files comme d’une série qui essayait de proposer un petit film chaque semaine. Bien sûr ce n’était pas vrai, un film n’aurait jamais autant de dialogues, il montrerait davantage. Mais tout de même, le genre de choses que nous essayions de faire était inhabituel à la télévision » [Commentaire audio de l’épisode « End Game », coffret DVD Mythology vol. 2 : Black Oil, 20th Century Fox Home Video, 2005].

Accomplir cette ambition visuelle, passe d’abord par une planification rigoureuse. Des mois de préparation furent nécessaires pour filmer une image que Carter avait en tête, et qu’il voulait absolument voir dans la série, celle du cône d’un sous-marin perforant la banquise. Le coproducteur exécutif Bob Goodwin, qui supervisait le tournage à Vancouver, raconte ainsi le travail sur la série :

« Une fois le scénario reçu, nous avons huit jours pour préparer le tournage. Je commence par ce que j’appelle une réunion créative de concept. On se retrouve tous, le réalisateur, ainsi que tous les chefs de département (décors, accessoires, effets spéciaux, casting, maquillage, etc.). Chris réunit tous les scénaristes à Los Angeles, et on se connecte par téléphone dans une grande conférence. On passe le scénario en revue en discutant des concepts de base, afin d’être sûrs qu’on parle bien de la même chose. Après, je me charge de superviser le casting, le choix entre les décors naturels ou les décors construits en studio, la manière dont les effets spéciaux seront conçus et réalisés… On détermine à l’avance le moindre aspect de l’épisode. »

En théorie, le tournage doit aussi occuper huit jours. Mais cela devient vite impossible. Depuis la deuxième partie de la première saison, la solution a tout simplement été le doublement des équipes. « Il y a l’équipe principale qui tourne pendant ces huit premiers jours, puis l’équipe B prend le relais, » poursuit Goodwin. « J’ai donc en permanence deux équipes en tournage, avec deux réalisateurs différents, deux ensembles d’acteurs à gérer, sur deux plateaux différents. Et ça se passe ainsi tous les jours ! Une fois que tout s’additionne, ça nous mène à 14 jours de travail pour chaque épisode, mais ils sont tournés à raison d’un toutes les semaines, deux épisodes se chevauchant, faute de quoi nous ne pourrions maintenir nos délais de livraison. Personne, en fait, ne tourne 14 ou 15 jours comme nous. Cependant, nous sommes moins chers par épisode que la plupart de ces séries. Le fait de tout planifier de très près, ainsi que de tourner au Canada réduit considérablement les coûts. Toutes les séquences comportant des effets spéciaux sont storyboardées. Chacun à la production sait exactement ce que l’on s’apprête à faire sur tel ou tel épisode. Le plus important dans cette série, c’est la planification. Grâce à cela, nous pouvons espérer ne pas faire de faute et livrer l’épisode à temps » [Bob Goodwin : l’art de gérer les affaires non-classées, par A. Schlockoff et J.-L. Vandiste, L’Ecran Fantastique, aout 1996]

L’ambition visuelle de Chris Carter conduit aussi à intégrer des réalisateurs à plein temps dans l’équipe, ce qui était encore très inhabituel à l’époque. Ils sont crédités sur l’ensemble des épisodes comme producteurs. Ainsi, ces réalisateurs talentueux et qui maîtrisent parfaitement le style et l’ambition de The X-Files, sont disponibles pour réaliser un maximum d’épisodes. Ils peuvent aussi aider d’autres épisodes que ceux qu’ils signent, que ce soit en réalisant pour la seconde équipe ou intervenant dans la salle de montage.

Le premier à recevoir cet honneur est David Nutter, qui avait déjà réalisé à de multiples reprises pour la première saison.

Sur le tournage de Castle, Rob Bowman porte une tenue souvenir

Après qu’il ait découvert le travail de Rob Bowman sur « Sleepless », dont la mise en scène est ample, dynamique et élégante, Chris Carter lui propose rapidement de devenir le deuxième réalisateur producteur de la série. Il a notamment été impressionné par non pas un, mais plusieurs plans effectués à l’aide de grues, très ambitieux compte-tenu des cadences de tournage très rapides de la télévision. Carter est d’autant plus marqué qu’il est sur le point de réaliser lui-même, pour la toute première fois, l’épisode « Duane Barry » [2.05]. « La veille de mon premier jour, » raconte Carter, « j’ai assisté au tournage de Sleepless par Rob Bowman. Il faisait un plan très élaboré avec un mouvement de caméra parfait. La façon dont il éclairait, la façon dont il dirigeait les acteurs, j’ai réalisé tout ce que j’ignorais ! »[The truth about season 2, coffret DVD intégrale saison 2, 2001].

Parfois, l’ambition visuelle de The X-Files passe aussi par un esprit commando ! Ainsi, dans une séquence de l’épisode « End Game » [2.17], Mulder rencontre X au Kennedy Center de la ville de Washington. Le premier montage les montrait directement en plan serré, le lieu n’étant indiqué que par une légende à l’écran. « Ça avait l’air cheap, » se souvient Frank Spotnitz. « Alors Chris a eu l’idée brillante de faire appel à une petite équipe de Washington qu’on engageait habituellement pour faire des plans du bâtiment du FBI, pour qu’ils aillent avec une doublure de X faire ces plans larges, pour un coût minime. Je vais avouer maintenant que nous n’avons pas demandé la permission du studio pour le faire, parce que nous savions qu’il refuserait. J’étais un peu nerveux, mais Chris m’a dit: ‘tu sais, ils seront en colère pendant une journée, mais tu auras cette image pour toujours’. Et c’est exactement comme ça que ça s’est passé » [Commentaire audio de l’épisode « End Game », coffret DVD Mythology vol. 2 : Black Oil, 20th Century Fox Home Video, 2005].

 

Continuité

Mulder rencontre son nouvel informateur, Mr. X, un homme agressif et paranoïaque qui refuse de connaître le même destin que Gorge Profonde, qu’il dit avoir connu. On avait déjà entendu sa voix au téléphone dans l’épisode 2 de cette saison, « L’Hôte ». En fait, Mr. X était alors désigné dans les scénarios simplement par X. Et pour cause : les scénaristes avaient prévu d’en faire une femme !

Mr. X fait sa première apparition. En médaillon, madame X, qui n’existe que dans les bonus des coffrets DVD.

Le rôle a été distribué à l’actrice Natalia Nogulich, âgée à l’époque de 44 ans, qui a tourné les scènes de cet épisode dans le rôle de Mme X. A l’écran, l’alchimie ne fonctionnait pas. Froide et mécanique, Nogulich surjoue une espèce d’inquiétude un peu diffuse, pas crédible. A sa décharge, il faut dire que le rôle n’était pas suffisamment caractérisé, et X apparaissait alors avant tout comme une copie en jupon du précédent informateur, la bonhommie de Jerry Hardin en moins. Glen Morgan et James Wong proposèrent alors de faire appel à Steven Williams, avec qui ils avaient travaillé sur 21 Jump Street. Celui-ci du donc retourner ces scènes, en l’absence de David Duchovny occupé sur le tournage des épisodes suivants, et alors que son personnage était assez flou. Il a largement contribué à développer celui qui était devenu Mr. X, en le rendant direct et menaçant. Une direction que les scénaristes amplifieront dans de prochains épisodes.

C’est aussi la première apparition d’Alex Krycek, un nouveau partenaire qui semble soutenir Mulder. Au début de l’épisode, nous sommes comme Mulder : nous nous méfions de cet agent. Mais, au fil de l’enquête, il parvient à gagner notre confiance en même temps que celle de Mulder… juste avant qu’il ne soit révélé qu’il est un traître employé par l’Homme à la Cigarette.

Les responsables du doublage français (la société Dubbing Brothers) se sont trompés quand ils ont travaillé sur la scène finale de cet épisode, au cours de laquelle Krycek fait son rapport à l’Homme à la Cigarette, qui reste dans la pénombre. Il est en effet doublé en français par Jacques Albaret, la voix de Skinner !

 

Production

Le réalisateur Rob Bowman est de retour après avoir réalisé « GenderBender » [1.14], sur le tournage duquel il avait remarqué Nicholas Lea dans un petit rôle. Interprétant une victime de l’extraterrestre prédateur sexuel au cœur de cet épisode, Lea avait insisté pour ne pas être maquillé dans la scène dans laquelle son personnage était hospitalisé, pour mieux apparaître effectivement affaibli à l’écran. Quand l’acteur auquel les scénaristes avaient pensé pour incarner Krycek — Callum Keith Rennie autre acteur de Vancouver déjà apparu dans un petit rôle en saison 1 — déclina la proposition, ne souhaitant pas s’engager dans un rôle récurrent à la télévision à ce moment de sa carrière, Bowman proposa de faire à nouveau appel à Nick Lea.

« Du coup Bowman s’imagine que je lui dois ma carrière ! » s’amuse Lea. « À chaque fois que je le vois je dois lui donner un dollar ! » [The X-Files : Behind the Truth (FX), coffret DVD saison 5, 20th Century Hox Home Video, 2002]. Le bassin d’acteurs n’étant pas illimité à Vancouver, nombreux sont ceux à être apparus dans deux, voire trois ou même quatre rôles différents au fil des cinq premières saisons.

Nick Lea incarne Alex Krycek avec beaucoup d’implication physique et d’enthousiasme. Dans la manière dont il expliquait son intérêt, pointait déjà, cependant, la raison pour laquelle il finirait, à tord ou à raison, pas se détacher du personnage et demander à quitter la série… « Je suis comblé par la manière dont Krycek apparaît et réapparaît. J’aime bien ces allers-retours entre la lumière et les ténèbres. Ce que j’aimerais c’est qu’il sache pourquoi il fait tout ça. J’aimerais savoir quelles sont ses idées, ses motivations. Parce que ce qui m’intéresse dans mon métier, comme dans la vie, c’est de comprendre pourquoi, de cerner la psychologie des gens, ce qui guide leurs actions… » [Escape from X-Files, par Eric Vérat, L’Ecran Fantastique, aout 1996]

Tony Todd, dans la séquence climax de cet épisode.

Autre distribution de rôle réussie, celle du principal méchant de l’épisode, Augustus Cole, incarné par le chéri de ces geek Tony Todd, qui venait d’apparaître dans Candyman. Avec ce type de casting, The X-Files n’hésitait pas à s’ancrer dans son genre, plutôt que d’avoir l’attitude contraire, qui aurait consisté à courir après le mainstream. Un acte d’intégrité et d’intelligence qui va participer au développement de la série, et favorisé l’excellent bouche à oreille qui allait, justement, finir par en faire une série mainstream.

Pour la première fois, les personnages utilisent les grosses lampes torche au xénon, dotées d’une poignée sur le dessus, qui coûtaient 7.500 dollars l’unité, et deviendraient une des signatures de cette époque de la série. Elles sont au cœur d’une approche de plus en plus radicale de l’éclairage de la série.

En effet, pour la séquence finale dans laquelle les deux agents explorent un immeuble en construction, Bowman et le directeur de la photographie John Bartley mettent au point une technique qui serait ensuite réutilisée très souvent.

Les lampes torches sont les seules sources d’éclairage de plusieurs plans. Des matières réfléchissantes positionnées sur les murs, souvent du papier aluminium froissé, permettaient de diffuser la lumière. A certains moments, les acteurs devaient braquer leurs torches vers un point précis pour que la lumière réfléchie éclaire le visage de leur partenaire. Filmer avec aussi peu de lumière posait de nombreux défis au responsable du point, et n’aurait tout simplement pas été possible si la série avait été filmée sur une pellicule 16 mm plutôt qu’en 35 mm, plus chère. « Si nous tournions sur un format de pellicule plus petit, nous aurions besoin de beaucoup plus de lumière pour éviter d’avoir beaucoup de grain. Cela signifie qu’il faudrait abandonner notre approche d’éclairages minimalistes. On a fait beaucoup de scène sans projecteurs, avec seulement la lumière des accessoires du décor. C’est vivre sur le fil. » [John Bartley shoots The X-Files on the edge of darkness, In Camera, août 1995].

 

Mythologie

Après les épisodes «Eve » [1.11] et «Young at Heart » [1.16] de la première saison, voici une nouvelle indication que la Conspiration est intéressée à l’idée de créer des surhommes. L’axe des supersoldats deviendra central dans les dernières saisons de la série.

 

Le bilan : un épisode indépendant qui raconte avec profondeur et efficacité une histoire intéressante et émotionnellement nuancée, très caractéristique du travail de Howard Gordon sur la série. Le niveau est relevé par le travail étonnant de Rob Bowman, compte-tenu du budget de la série à ce stade encore jeune de son histoire, avant qu’elle ne devienne un phénomène. Comme rarement dans la série, les histoires indépendantes et la mythologie s’hybrident, ce qui sonne à Sleepless un caractère inhabituel et le rend caractéristique de cette époque très particulière de The X-Files, marquée par les préparatifs de l’absence de Gillian Anderson.

 

X-Files en 20 épisodes

Volet 1: Pilot (Nous ne sommes pas seuls) [1×00]

Volet 2: Ice (Projet Arctique) [1×07]

Volet 3: The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

Volet 4: Sleepless (Insomnies) [2×04]

Volet 5: One Breath (Coma) [2×08]

Volet 6: Humbug (Faux-frères Siamois) [2×20]

Volet 7: D.P.O. (Coup de foudre) [3×03]

Volet 8: Paper Hearts (Cœurs de Tissu) [4×10]

Volet 9: Never Again (Jamais Plus) [4×13]

Volet 10: Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

Volet 11: The Pine Bluff Variant (Les Nouveaux Spartiates) [5×18]

Volet 12: Triangle [6×03]

Volet 13: Milagro (A Cœur Perdu) [6×18]

Volet 14: The Unnatural (Le Grand Jour) [6×19]

Volet 15: The Sixth Extinction II: Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

Volet 16: all things (Existences) [7×17]

Volet 17: Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

Volet 18: Roadrunners (Un Coin Perdu) [8×04]

Volet 19: Audrey Pauley [9×11]

Volet 20: Release (Clairvoyance) [9×17]

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