• Home »
  • SÉRIES »
  • X-Files en 20 épisodes : The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]
X-Files en 20 épisodes : The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

X-Files en 20 épisodes : The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

Note de l'auteur

Lancée le 10 septembre 1993, The X-Files fêtera ses vingt ans à la rentrée. A l’approche de cet événement le Daily Mars va passer tout l’été avec la série culte créée par Chris Carter, qui rassembla les fans de fantastique, d’horreur et de science-fiction tout au long des années 90, au fil de ses quelques 202 épisodes. Nous vous proposons de vous raconter l’histoire de The X-Files en vingt épisodes. Dans ce troisième volet, focus sur l’épisode final de la première saison, qui propulsa la série dans une nouvelle direction.

Au terme de la première saison, Scully fait face au Graal que Mulder cherche depuis des années. Ou pas. Mais avouez que c’est bien imité.

Gorge Profonde demande à Mulder de s’intéresser à ce qui semble être un banal délit de fuite, ce qui agace Scully, réticente à mener cette enquête. Peu à peu, Mulder découvre que le fuyard était le sujet d’une expérience de thérapie génique visant à le transformer en hybride d’Humain et d’extraterrestre. Quand Mulder est enlevé pour avoir été trop loin dans ses découvertes, Gorge Profonde propose d’aider Scully : il va lui permettre de voler un fœtus alien qu’elle pourra échanger contre son partenaire…

Scénario: Chris Carter. Réalisation: R.W. Goodwin. Première diffusion Fox : 13 mai 1994 ; première diffusion M6 : 16 octobre 1994. Guests: Jerry Hardin (Gorge Profonde) et William B. Davis (L’Homme à la Cigarette).

 

Un succès progressif

Dans les premières semaines de tournage de The X-Files, à l’été et à l’automne 1993, la chaîne Fox est nerveuse, et Chris Carter doit batailler avec elle. ‘‘Qu’est-ce qu’un X-file ?’’ demande-t-elle pour pointer la grande variété des types d’histoires racontées, qu’elle craint trop hétérogènes. ‘‘On reconnait un X-file quand on en voit un’’, répond Carter. A l’insistance du Network, les scénaristes introduisent les monologues finaux de Mulder et Scully, en voix-off pendant qu’ils tapent leurs rapports, pour apporter une certaine résolution aux enquêtes. C’est le compromis trouvé par Carter qui ne veut pas que Mulder et Scully se mettent à expliquer l’inexplicable. Les responsables de la chaîne imposent aussi un épisode dans lequel Mulder et Scully viennent en aide à une personne « normale » (la gentille secrétaire de « Shadows », le sixième épisode écrit à contre-cœur par Glen Morgan et James Wong, qui imaginaient au départ faire du personnage une employée de salon de massage).

Le début de la diffusion permet de desserrer le contrôle de la Fox : les scénaristes reçoivent moins de notes. En effet, les trois premiers épisodes réunissent plus de 7 millions de foyers (7,9 millions pour le premier épisode, le 10 septembre 1993). Une audience modeste comparée aux chaînes concurrentes, mais plus importante que les programmes proposés auparavant par la Fox le vendredi soir. De plus, les chiffres sont bons sur la cible des 18 à 49 ans, celle que recherchent en priorité les publicitaires. Si bien que dès novembre 1993, la Fox commande une saison complète, pour un total de 24 épisodes.

Dans un premier temps, les audiences déclinent un peu après ce bon démarrage, atteignant un point bas avec « Fallen Angel » [1.10] diffusé le 19 novembre 1993 (5,4 millions). Mais peu après, la progression reprend. Plus important encore, The X-Files montre des signes de vie indépendante par rapport à la série qui la précède dans les grilles de programmes, Les Aventures de Brisco County. Les audiences de celle-ci, après des débuts encourageants, déclinent continuellement. Dès janvier 1994, les auteurs de The X-Files savent que la série sera renouvelée pour une deuxième saison.

Photoshoot promo pour la première saison

A Vancouver, les bureaux de production et les studios de tournage sont situés dans une ancienne brasserie reconvertie, au sud-ouest de la ville. Les scénarios que l’équipe reçoit ne tardent pas à poser d’importants défis de production. Malgré le manque de moyens, Chris Carter et son équipe ont de l’ambition, et notamment celle de raconter des histoires de façon visuelle. A la télévision en 1993, c’est assez rare. « L’importance que The X-Files a surtout eu, » explique aujourd’hui Howard Gordon, « c’est qu’elle a aidé à définir à quel point une série pouvait être ambitieuse. Nous avons repris des choses dont il était considéré qu’elles appartenaient uniquement au cinéma, et nous les avons améliorées sur bien des points » [Interview pour Allociné, Festival de Monte-Carlo 2012]. L’équipe se révèle dans ce travail difficile.

Pour Bob Goodwin, le responsable de la production physique de la série à Vancouver, la tâche est ardue. « Lors des 12 premiers épisodes, j’ai cru que j’allais mourir ! C’était tellement difficile. Je n’étais pas du tout habitué à cela. Prenons un show comme Urgences. Chaque semaine, ils utilisent les mêmes comédiens dans le même décor. Seule l’histoire varie. Avec X-Files, l’histoire se déroule dans une région différente, le casting change en permanence, à part Mulder et Scully. Les décors, les monstres et les effets spéciaux varient constamment. Lorsque j’ai démarré cette série, j’avais plusieurs téléfilms à mon actif, et je ne pense pas être mauvais dans ce que je fais puisqu’ils ont eu beaucoup de succès. Mais on avait bien plus de temps ! On ne nous donnait pas huit jours, mais trois ou quatre mois. Il y avait six à huit semaines de préparation, quatre semaines de tournage et encore quatre à six semaines de post production. Ici, non seulement tout se fait en quatorze jours, mais deux épisodes se chevauchent en permanence sur le calendrier ! Cela nous est arrivé tellement de fois de parvenir à faire l’impossible, qui plus est avec un résultat excellent, que nous nous inquiétions de moins en moins. A la fin de cette première année, j’ai pu me détendre un peu, mais au départ, j’étais tendu au point de vouloir tout arrêter, car je croyais que j’allais y laisser ma santé mentale » [L’art de gérer les affaires non-classées, par A. Schlockoff et J.-L. Vandiste, L’Ecran Fantastique, août 1996].

Certains éléments ont varié par rapport au concept de départ de Chris Carter. En effet, sa première intention était de donner autant de poids au scepticisme et à la science qu’au paranormal : « les agents démasqueront des canulars, » annonçait-il à l’été 1993, tandis que lui et son équipe s’attelaient à l’écriture des premiers épisodes. Dans les faits, ceci ne se produira quasiment jamais – seuls quelques épisodes de la troisième saison joueront un peu avec ce concept. Puisque la série doit déjà présenter chaque semaine un lieu et des personnages secondaires totalement différents, il est décidé de lui donner plus de lisibilité en l’ancrant dans le genre fantastique. Néanmoins, l’une des forces de X-Files est sa maîtrise de l’ambiguïté. Dans ses meilleurs moments elle se prête à différentes lectures, et cette polysémie crédibilise le personnage de Scully. « Elle fait tout ce qu’elle peut pour trouver une réponse scientifiques aux mystères, ce qui devient difficile après un temps, parce que son exposition constante aux choses les plus bizarres qu’on puisse imaginer a un effet cumulatif, » explique Gillian Anderson. « Mais c’est alors qu’elle se tourne encore davantage vers sa science et la physique. D’une certaine façon, elle dresse un bouclier entre elle et l’inacceptable » [Tracking the Paranormal, par John Stanley, dans le San Francisco Chronicle, 5 septembre 1993]. Les remarquables performances de David Duchovny et de Gillian Anderson sont très vite remarquées. Très réalistes, elles se caractérisent par un jeu très intérieur, qui tranche vis à vis des standards télévisuels de l’époque.

S’imposant comme une anthologie fantastique de qualité excellente, la série se construit un succès d’estime et un cercle d’aficionados. Les scénaristes brassent beaucoup de thématiques classiques du genre, avec une prédilection pour les histoires de revenants vengeurs, dont des variations sont mises en scène dans plusieurs épisodes (« Shadows » [1.06], « Lazarus » [1.15], « Born Again » [1.22], « Roland » [1.23]). On trouve aussi un loup-garou indien (« Shapes » [1.19]), des clones criminels (« Eve » [1.10]), un faiseur de miracles (« Miracle Man » [1.18]) ou encore des insectes millénaires à l’appétit féroce (« Darkness Falls » [1.19]).

The X-Files développe la vision d’une Amérique alternative, invisible. Celles de petites bourgades reculées et oubliées de tous, ou des phénomènes étranges peuvent se passer dont personne n’entendra jamais parler. Celles de laboratoires secrets et de scientifiques sans éthique qui repoussent les limites de la science sans se préoccuper des risques de créer un monstre. Ou d’un réveiller un, car en prenant de plus en plus de place sur la nature, l’homme prend le risque que celle-ci se défende.

Mais un événement totalement inattendu va venir secouer ces bases toutes fraîches. Il va forcer la série à creuser une direction qu’elle contenait en germe, mais vers laquelle elle ne semblait pas prête à vraiment s’enfoncer.

Depuis le début, le sujet des extraterrestres est revenu régulièrement : des épisodes nous ont montré des astronefs militaires top secrets inspirés de technologies récupérés sur des engins crashés (« Deep Throat » [1.02]), une tentative de récupérer une entité biologique extraterrestre en vie (« E.B.E. » [1.17)], ou encore des victimes d’enlèvements récurrents traumatisées par les expériences qu’elles subissent (« Conduit » [1.04], « Fallen Angel » [1.10]), et il a été fait mention de la sœur de Mulder plusieurs fois. Surtout, un informateur régulier a été intégré à l’univers de la série, qui permet à Mulder de commencer à s’approcher de la vérité cachée par le gouvernement. Mais tout cela est largement improvisé ; presque rien n’existe encore de ce qui deviendra la célèbre mythologie de la série. L’événement déclencheur de son élaboration survient au deux tiers du tournage de la saison, quand Gillian Anderson confie une nouvelle qui l’angoisse autant qu’elle la rend heureuse.

 

Une grossesse inattendue

Gillian Anderson a rencontré sur le tournage Errol Clyde Klotz, un assistant décorateur, qu’elle a épousé après à peine quelques mois de relation, le 1er janvier 1994. Dans le mois qui suit, un enfant est conçu et Anderson ne tarde pas à le découvrir. Elle sait trop bien qu’elle est une actrice débutante, encore peu établie, et elle craint que son personnage soit purement et simplement éliminé de la série. « C’était très dur et très bizarre, » admet l’actrice. « J’ai découvert que j’étais enceinte lors de la première saison, et la série obtenait de plus en plus de succès. Si je voulais qu’ils me gardent, il fallait que je continue à interpréter Scully » [Je ne fais pas de cauchemars, mais…, par Alain Carrazé et Christophe Petit, Générations Séries, novembre 1995].

La première personne à qui elle en parle est David Duchovny. A cette époque, le difficile travail sur les premiers épisodes les a beaucoup rapprochés. « Quand on a commencé X-Files, j’étais si verte. C’était seulement ma deuxième fois devant une caméra. J’avais désespérément besoin de quelqu’un pour m’apprendre les ficelles. Et David Duchovny a fait ça. Il a été merveilleux. Je savais qu’il fallait que je prenne ma décision à propos de cette grossesse d’abord, avant d’en parler avec les producteurs. Avoir ce bébé, c’était la bonne décision pour mon mari et moi, mais je me disais qu’ils avaient fait tellement pour moi, et voilà ce que moi je leur faisais. Oui, j’étais inquiète » [Interview par Deborah Starr Seibel, TV Guide, 3 novembre 1995].

Effectivement, la nouvelle provoque des remous. L’idée de remplacer Scully flotte brièvement dans l’air. Mais Chris Carter s’est battu pour imposer Gillian Anderson et, avec toute l’équipe créative, est épaté par les talents de la jeune actrice, qui a tourné peu auparavant « Beyond the Sea » [1.12], peut-être le meilleur épisode de cette première saison, dans lequel elle les a ébloui. Le timing est plutôt à son avantage: Anderson doit accoucher en septembre. Puisque le tournage reprend généralement à la toute fin de juillet, une large partie de la grossesse visible de l’actrice surviendra pendant les vacances d’été. En revanche, Chris Carter sait qu’il va devoir justifier son absence au début de la seconde saison. Pour cela, il a besoin de quelque chose d’exceptionnel, une histoire intense dans laquelle cette disparition sera intégrée. C’est l’occasion de développer les intrigues de conspiration gouvernementale, essaimées avec parcimonie jusque-là.

En quelques semaines, Carter met au point une grande partie de la mythologie. Il ne s’agit pas, bien sûr, d’un plan détaillé de ce qui allait se passer dans les épisodes futurs – une telle chose n’existera jamais – mais d’un canevas général, une toile de fond : l’idée de ce que veulent les extraterrestres (« coloniser » la Terre et asservir les Humains au moyen d’une forme de toxine biologique, la fameuse Purity contenue dans le flacon du titre de cet épisode) et de ce que font les membres du gouvernement qui collaborent avec eux (préparer cette invasion, mais aussi créer une race hybride Humain/alien immunisée contre la toxine, qui permettra aux collaborateurs de se sauver eux-mêmes). Cette mythologie, qui n’intègre donc que rétroactivement, et avec plus ou moins de bonheur, les épisodes à base d’extraterrestres de la première saison, est lancée dans le dernier épisode. On y croise le premier d’une longue série d’hybrides entre Humain et extraterrestre. Et de manière ironique, mais c’est loin d’être la dernière fois, Carter commence par quasiment donner la clef du mystère avant d’égrainer ensuite les fausses pistes: ces hybrides créés par thérapie génique sont bien le but véritable des conspirateurs du Syndicat, et comme ont le découvrira au milieu de la sixième saison, dans un épisode dans lequel Mulder et Scully retournent à Fort Marlene (et qui permet de comprendre que ce que nous avions cru voir à la fin de la première saison était en grande partie un rideau de fumée).

Surtout, Chris Carter a l’audace de tuer le personnage de Gorge Profonde, le seul véritable personnage récurrent de cette saison. Cette mort est un choc et marque les esprits, au point que ce personnage apparu seulement dans sept épisodes reviendra régulièrement après sa mort, dans les troisième, quatrième et même septième saisons. Peut-être même cette mort inattendue a-t-elle trop bien marché : Carter n’aura de cesse, ensuite, de tenter de reproduire ce choc, avec de moins en moins d’efficacité au fil du temps. Toujours est-il que ce final réalise le record d’audience de la première saison, avec 8,8 millions de foyers américains qui ont allumé leur télévision pour l’épisode, bien au-dessus de la moyenne de la saison, qui s’établit à 7,1 millions.

A ce stade, la série telle que nous la connaissons est en place, définitivement créée et partie pour durer. Le phénomène est en marche. Cet été là, dans les bureaux du Network Fox, on agite des chiffres d’audiences, ce qui est inhabituel pendant cette période creuse où n’est proposé aucun inédit. Mais il se trouve que les rediffusions des épisodes de la première saison de X-Files réunissent régulièrement plus de téléspectateurs que leur première diffusion…

Une des images très forte de ce season finale, réalisé par Bob Goodwin et éclairé par John Bartley

 

Slogan

Pour la première fois, le slogan habituel de la série, La Vérité est Ailleurs, a été remplacé dans la version originale de cet épisode (la version française utilisant quant à elle le générique habituel) par les derniers mots de Gorge Profonde : Trust No One / Ne faites confiance à personne. Cet événement continuera de se produire entre une et trois fois par saison jusqu’à la fin de la série.

 

Continuité

La date donnée à l’écran pour cet épisode est le 8 mai 1994. Dans l’univers fictif de la série, ce sont donc plus de deux ans et deux mois qui se sont écoulés depuis la première affaire des agents Mulder et Scully, montrée dans le Pilote.

Juste avant de mourir, Gorge Profonde révèle à Scully que le matériel génétique du fœtus extraterrestre a servi à d’autres expériences – il cite des injections faites à des adolescents d’un État du Sud depuis la fin des années 80. De fait, l’épisode de la deuxième saison « Red Museum » [2.10] voit Mulder et Scully découvrir la réalité de cette affaire. Pour nettoyer les traces de la conspiration, on retrouve d’ailleurs son assassin, l’Homme aux Cheveux en Brosse, tué à son tour sans avoir pu révéler ses secrets, et sans que rien ne permette de l’identifier.

 

Production

Le cas étrange de Gloria Ramirez, qui apparaît dans les pages faits-divers des quotidiens, n’a pas tardé à être intégré à la série. Le 19 février 1994, cette patiente atteinte d’un Cancer au stade terminal est amenée aux urgences de l’hôpital de Riverside en Californie. Après quelques minutes, plusieurs infirmières et médecins s’étant trouvés à proximité de ses perfusions sont pris de malaises et s’évanouissent : du sang de la patiente émanent des gaz toxiques, probablement en raison d’une réaction chimique entre les médicaments injectés par les médecins pour la sauver et le Diméthylsulfoxyde contenu dans le sang de la patiente, parce qu’elle avait utilisé cette substance comme antidouleur. Quelques semaines plus tard, Chris Carter intègre cette idée de sang toxique, qui deviendra même un motif récurrent de la mythologie, à « The Erlemeyer Flask ». Il ne s’est donc pas passé trois mois entre le fait réel et la fiction diffusée à l’écran. La réactivité du processus de production américain est imparable !

Bob Goodwin avait passé l’année aux premières loges des difficultés rencontrées par les réalisateurs, grâce à sa fonction de coproducteur exécutif. « J’avais réalisé de nombreuses autres séries, mais ce n’était rien par rapport à X-Files, » explique-t-il. « Lors de la première saison, j’ai pu me rendre compte de sa difficulté. Nous avions des réalisateurs qui s’en étaient bien sortis, et d’autres moins ». La série ayant déjà été renouvelée pour une deuxième saison au moment de la préparation de la fin de la première, Goodwin demande à réaliser le dernier. « Je voulais être sûr d’en être capable. Lorsque Chris m’a donné le scénario pour The Erlenmeyer Flask, j’ai eu deux émotions très fortes : un enthousiasme devant une histoire tellement merveilleuse, mais aussi une terreur absolue, une angoisse poignante car je n’avais aucune idée de la façon dont j’allais m’en sortir ! » [Bob Goodwin : l’art de gérer les affaires non-classées, par A. Schlockoff et J.-L. Vandiste, L’Ecran Fantastique, aout 1996].

Chris Carter considère que cet épisode est le résultat d’une année à acquérir de l’expérience en écrivant pour la série. De fait la maîtrise du rythme et du mystère dont il fait preuve, la maturité générale de ce script, est impressionnante. Comme dans le Pilote, où Mulder se faisait passer pour Spielberg, Carter cite ses références : il a nommé Carpenter le docteur qui aide Scully, et lui fournit pour la première fois des preuves convaincantes d’une vie extraterrestre, en hommage au célèbre réalisateur John Carpenter, qui a mis en scène Halloween ou The Thing.

Trust no one: ainsi s’en va l’un des personnages préféré des fans

La copie du scénario destinée à l’acteur Jerry Hardin, qui interprétait Gorge Profonde, lui parvint avec une note manuscrite de Chris Carter qui disait : personne ne meurt jamais vraiment dans The X-Files. Bob Goodwin ne disposait que d’une seule nuit pour tourner toute la séquence sur le pont dans laquelle Gorge Profonde est assassiné, et le retard des autorités locales, nécessaires pour bloquer la circulation, compliquèrent sa tâche. Il décida donc de tourner en priorité tous les plans larges, pour être sûr de pouvoir les terminer avant l’aube, sachant qu’il serait toujours possible de filmer les gros plans du dialogue entre Scully et Gorge Profonde plus tard en studio s’il n’avait pas le temps de les tourner. Mais lui et l’équipe réussirent à avancer suffisamment rapidement pour qu’il puisse finalement filmer le dialogue en fin de nuit, ce que les acteurs ne trouvèrent pas très agréable puisqu’ils étaient alors très fatigués. Mais s’il dû gérer leur agacement réel sur le moment, Goodwin considère que l’état d’épuisement de Gillian Anderson et Jerry Hardin les aida à mieux interpréter la tension et la peur qui affectaient les personnages.

Le rythme d’une série comme X-Files, qui tourne beaucoup en extérieur ou en décors réels, et beaucoup de nuit, est exténuant. En effet, les régulations imposent qu’un certain nombre d’heures s’écoulent entre deux journées de travail. Le planning se décale donc de jour en jour et les tournages de nuit se font en fin de semaine. Typiquement, la journée de travail du lundi commencera à 8h00 du matin, quand celle du vendredi commencera elle vers 20h00 pour se terminer aux premières lueurs du samedi matin. 48 heures plus tard, un nouveau cycle redémarre.

La décision de fermer le bureau des X-files a été prise par les scénaristes parce qu’il allait falloir séparer Mulder et Scully au début de la deuxième saison, pour diminuer le temps d’antenne de Gillian Anderson, qui serait alors visiblement enceinte. La chaîne Fox était un peu réticente devant ce développement, craignant que les téléspectateurs en concluent que la série avait été annulée.

C’est la première fois qu’un épisode possède un titre mystérieux.

Scully agite devant Mulder le fameux erlenmeyer. Elle craint encore qu’il ne contienne que du pipi de singe, mais n’est pas au bout de ses surprises.

Un erlenmeyer est un type de fiole triangulaire, qui contient dans cet épisode du matériel biologique extraterrestre, labélisé Purity Control. Cela deviendrait une habitude au cours de la saison suivante, une façon de jouer avec le public de la série qui pouvait chercher à décoder ces titres sur le réseau Internet, alors émergeant aux États-Unis, et à découvrir quels indices ils leur donnaient sur le contenu d’épisodes à venir.

La version française de cet épisode contient deux contre-sens majeur. Le premier survient lorsque Gorge Profonde désigne Roswell comme s’il s’agissait d’une personne, et non du lieu d’un crash d’OVNI – auquel il avait pourtant été fait référence dans plusieurs épisodes précédents. Le second concerne le mot de passe donné par Scully à Fort Marlene : traduit par ‘‘inspection sanitaire’’, il s’agissait à l’origine de Purity Control, les mêmes mots qui figuraient sur l’erlenmeyer dans lequel elle a trouvé le matériel génétique extraterrestre que le Dr Berube utilisait pour ses expériences. On apprendra plus tard que Purity est le nom de la substance vitale des extraterrestres, la fameuse Huile Noire. A noter : il n’y a pas de Fort Marlene dans le Maryland, mais il y a un Fort Dietrich (!) un site connu pour avoir hébergé des expérimentations sur les armes biologiques dans les années 60.

 

Le Bilan : Chris Carter referme la première saison sur un thriller scientifique halletant, au rythme d’horloger, et qui donne à sa série une toute autre dimension. The X-Files devient plus épique, en même temps que Carter, sous l’influence positive des autres scénaristes, approfondit son rapport aux personnages. La mort de Gorge Profonde, brutale, est une surprise comme la télévision n’en produit que rarement.

 

X-Files en 20 épisodes

Volet 1: Pilot (Nous ne sommes pas seuls) [1×00]

Volet 2: Ice (Projet Arctique) [1×07]

Volet 3: The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

Volet 4: Sleepless (Insomnies) [2×04]

Volet 5: One Breath (Coma) [2×08]

Volet 6: Humbug (Faux-frères Siamois) [2×20]

Volet 7: D.P.O. (Coup de foudre) [3×03]

Volet 8: Paper Hearts (Cœurs de Tissu) [4×10]

Volet 9: Never Again (Jamais Plus) [4×13]

Volet 10: Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

Volet 11: The Pine Bluff Variant (Les Nouveaux Spartiates) [5×18]

Volet 12: Triangle [6×03]

Volet 13: Milagro (A Cœur Perdu) [6×18]

Volet 14: The Unnatural (Le Grand Jour) [6×19]

Volet 15: The Sixth Extinction II: Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

Volet 16: all things (Existences) [7×17]

Volet 17: Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

Volet 18: Roadrunners (Un Coin Perdu) [8×04]

Volet 19: Audrey Pauley [9×11]

Volet 20: Release (Clairvoyance) [9×17]

‹ Article précédent [3-20] Article suivant ›
Partager