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X-Files en 20 épisodes : The Sixth Extinction II : Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

X-Files en 20 épisodes : The Sixth Extinction II : Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

Note de l'auteur

Lancée le 10 septembre 1993, The X-Files fêtera ses vingt ans à la rentrée. A l’approche de cet événement le Daily Mars va passer tout l’été avec la série culte créée par Chris Carter, qui rassembla les fans de fantastique, d’horreur et de science-fiction tout au long des années 90, au fil de ses quelques 202 épisodes. Nous vous proposons de vous raconter l’histoire de The X-Files en vingt épisodes. Au centre de ce quinzième volet, un épisode qui débutait l’acte final de X-Files – avant que la vie de la série ne soit brusquement prolongée…

Au bord de la mort, Mulder rêve à sa dernière tentation

A cause d’artefacts issus d’un vaisseau spatial échoué en Côte d’Ivoire, et qui pourrait avoir été présent sur Terre depuis des milliards d’années, Mulder a développé une hyperactivité cérébrale qui le tue à petit feu – en même temps qu’elle lui permet de lire dans les pensées de ceux qui l’entourent. Lorsqu’il disparaît de sa chambre d’hôpital, Scully se démène pour le retrouver. Aux portes de la mort, Mulder rêve à une vie simple dans laquelle il aurait abandonné sa quête, retrouvé Samantha et vécu l’expérience de la paternité. Pendant ce temps, celui qu’il l’a enlevé, l’Homme à la Cigarette, prépare une opération avec les médecins du Projet, grâce à laquelle il entend utiliser ce qui a transformé Mulder, afin d’assurer sa propre survie lorsque le retour des extraterrestres sur Terre provoquera la sixième grande extinction d’espèces de l’histoire de notre planète…

Scénario : David Duchovny & Chris Carter. Réalisation : Michael Watkins. Première diffusion Fox : 14 novembre 1999 ; première diffusion M6 : 7 septembre 2000. Avec Mitch Pileggi (Walter Skinner), Nicholas Lea (Alex Krycek), William B. Davis (L’Homme à la Cigarette), Mimi Rogers (Diana Fowley), Jerry Hardin (Gorge Profonde), Floyd Red Crow Westerman (Albert Hosteen), et John Finn (Michael Kritschgau).

 

La fin de la Conspiration

Après la sortie de Fight the Future, une des critiques les plus communément émises à son encontre dans la presse était que le film ne donnait pas toutes les réponses. C’était une demande un peu idiote – tout le monde savait que la série continuait, et que le film ne pouvait donc pas être une conclusion – et elle émanait essentiellement de gens qui ne suivaient la série que d’un œil. Mais elle trouva beaucoup de résonance, et avec elle l’idée que la mythologie était incompréhensible. Et bien sûr, si ces journalistes ne la comprenaient pas, il ne pouvait y avoir qu’une explication : c’est qu’elle était fondamentalement incohérente, parce qu’inventée au fil de la plume.

L’ironie, c’est que Fight the Future était pourtant inclus dans un arc, commencé avec les épisodes « Patient X » et « The Red and The black » [5.13/14] et terminé avec « Two Fathers » et « One Son » [6.11/12] dont l’objectif était de résoudre une grande partie des mystères de la série. Fini le temps de l’ambiguïté et des multiples interprétations possibles : les scénaristes donnaient des réponses sur l’existence des extraterrestres, sur leur objectif, et sur le rôle du Syndicat, ces Humains qui collaboraient avec les Colonisateurs. L’un des problèmes, c’est que The X-Files était par nature très polysémique, et que donner des réponses, même quand elles avaient été prévues de longue date, revenait à invalider les interprétations de certains téléspectateurs.

« Pour moi ce n’est pas un des épisodes de la mythologie les plus réussi sur le plan dramaturgique, » explique Frank Spotnitz à propos du double-épisode qui achève cet arc des révélations, « Two Fathers » et « One Son ». « Une part du problème c’est qu’il répond aux questions, à beaucoup de questions en peu de temps. Il faut suivre beaucoup de choses et ce n’est pas aussi plaisant, pas aussi intéressant, de répondre aux questions que de les poser ».

Les deux épisodes achèvent aussi de développer des thèmes et des références historiques mises en avant depuis le milieu de la cinquième saison : « ce que nous avions à l’esprit, c’était réellement le gouvernement de Vichy en France pendant la Seconde Guerre Mondiale. Nous pensions continuellement à la position du Maréchal Pétain et d’officiels français qui avaient le choix de lutter contre les Nazis, et peut-être d’être détruits par eux, ou bien de collaborer. Le Syndicat est dans la même position que le gouvernement de Vichy » [Commentaire audio du coffret DVD Mythology vol. 3 : Colonization, 20th Century Fox Home Video, 2005]. Une analogie historique très présente, dont Spotnitz explique qu’elle était destinée à ancrer la série dans la réalité : « La vision de Chris pour la série – dont nous tenons tous compte – est que, vous voyez, les sujets dont on traite sont ridicules. Alors nous avons besoin de tout ce qu’il est possible d’utiliser pour les rendre crédibles, comme ces analogies » [Secrets and Lies, par Mary Kaye Schilling, Entertainment Weekly, février 1999].

Les derniers instants du Syndicat

« Two Fathers » et « One Son » mettent en scène la chute du Syndicat, dont tous les dirigeants sont tués, à l’exception de l’Homme à la Cigarette, un événement que les auteurs comparent à la chute de l’Union Soviétique. Les survivants et les éléments du Projet encore en place pouvant désormais prendre des configurations totalement nouvelles. Plusieurs raisons ont poussé Chris Carter et Frank Spotnitz à faire table rase du Syndicat et de la Conspiration, et à ouvrir un tout nouveau chapitre de la série.

« Notre sentiment était que la mythologie commençait à devenir vraiment trop imposante pour que les gens puissent la suivre, » explique Spotnitz. « Et par définition, à chaque fois que vous racontez une nouvelle histoire, il faut compliquer encore la mythologie, puisqu’on ne peut pas simplement répéter les mêmes informations. Lorsqu’on a commencé à préparer le double-épisode mythologique de février, nous avons pensé que nous avions atteint la masse critique. Alors nous avons décidé de retourner les choses. Mais même si nous avons refermé la conspiration, les événements des six premières saisons vont continuer de se réverbérer. Il y a juste moins de bagage. Il n’est plus nécessaire de suivre les multiples couches de cette conspiration que nous avons détruite » [Frank Spotnitz looks to the future of The X-Files, par Melissa J Perenson, Sci Fi Entertainment, 1999].

La deuxième raison, c’est que lorsque les deux scénaristes regardent vers l’avenir, ce qu’ils voient désormais, c’est la fin. « Aujourd’hui justement je me suis dit : il me reste 28 épisodes, » témoigne Chris Carter. « Il faut qu’on se prépare à tout démêler. Nous nous sommes dit que le mieux était d’expliquer la conspiration maintenant, et de rendre cet arc final plus émotionnel et porté sur l’action » [Secrets and Lies, par Mary Kaye Schilling, Entertainment Weekly, février 1999].

« En cet instant, tout le monde est préparé à ce que la septième année soit la dernière de The X-Files, » confirme Carter dans une autre interview. « Je crois que c’est le plan de tout le monde, parce que cela a aussi à voir avec les acteurs, avec ce qu’ils veulent faire » [Chris Carter Six Underground, par Richard Moore, TV Zone, avril 1999].

La trilogie qui termine la sixième saison et ouvre la septième est clairement destinée à être le commencement de la fin. En promouvant ces épisodes, Chris Carter et Frank Spotnitz répètent à longueur d’interview que l’arrêt de The X-Files est proche : « Après l’épisode de ce soir, il ne reste plus que 22 épisodes, » lance Frank Spotnitz le jour de la diffusion de « Biogenesis » [6.22]. « Six ou sept de ces 22 épisodes feront avancer la ligne narrative de la mythologie » [The Truth is out there for Phoenix native, par Davie Walker, The Arizona Republic, mai 1999].

Jusqu’à ce que la Fox leur rappelle plus ou moins cordialement que The X-Files lui appartient. Et que la décision d’arrêter ou de prolonger la série appartient à la chaîne et au studio. Pas à eux. « Je ne sais pas ce qu’ils prévoient, » finit par dire Chris Carter. « Mais c’est leur série. Ils peuvent la mettre à l’antenne même si plus aucun d’entre nous n’est impliqué » [Chris Carter: Facing ‘X’ Factor, par Greg Braxton, LA Times, novembre 1999].

« Les choses ont parfois tendance à changer. Il y a de nombreux facteurs différents. En tant que raconteur d’histoire, je veux savoir où je vais et ce que sont mes paramètres, pour pouvoir choisir que dire et quand. Clairement, avec la mythologie, c’est important que je sache quelle est la direction. Je ne veux pas qu’on me tire le tapis de sous les pieds » [Chris Carter Six Underground, par Richard Moore, TV Zone, avril 1999]. C’est pourtant exactement ce qu’il va se passer. Pas sous la forme d’une annulation précipitée mais de son exact contraire. La septième saison de The X-Files, c’est l’histoire d’une série en production plongée dans le chaos, et qui doit continuer de livrer un épisode chaque semaine malgré tout.

 

Mythologie 2.0

Les difficultés, en fait, ont commencé dès la fin de la sixième saison. Accoucher de la nouvelle mythologie de la série, après la clôture du premier chapitre, n’est pas chose aisée. Frank Spotnitz a comparé l’écriture de ces épisodes à celle de la fin de la première saison et du début de la deuxième, quand la mythologie fut inventée pour faire face à la grossesse de Gillian Anderson. En réalité, ce nouveau chapitre était en gestation depuis longtemps, et il avait déjà été introduit sous la forme de Gibson Praise, petit garçon vu pour la première fois à la fin de la cinquième saison, dans « The End » [5.20].

« Une des idées dont Chris et moi avons discuté pendant des années avant de finalement introduire Gibson Praise, » explique Frank Spotnitz, « est que la raison pour laquelle il y a tant de phénomènes paranormaux dans le monde de X-Files c’est qu’il y a en réalité quelque chose d’extraterrestre chez les êtres Humains. C’est pour cela qu’existent la télékinésie, la voyance et toutes ces choses. Cette idée a conduit à la création de Gibson Praise, qui est le lien manquant. Ses capacités extraordinaires démontrent que nous sommes liées aux extraterrestres, et donc indirectement que les extraterrestres existent. C’est pour cela qu’[aux yeux du Syndicat] il doit être détruit. »

Depuis la deuxième saison de la série, le format de la mythologie est resté le même chaque année : un ou deux épisodes pour ouvrir la saison, puis deux double-épisodes, et enfin un segment final se terminant sur un cliffhanger. Pour la première fois, il n’y a qu’un seul double épisode mythologique au milieu de la saison 6. C’est que Carter et Spotnitz prévoyaient d’ouvrir leur nouveau chapitre avec un triple épisode en fin de saison 6, qui serait terminé par un quatrième en fin de saison 7. Cette histoire connaîtra de multiples permutations, même si elle aura toujours le même objectif : évoquer le fait que les extraterrestres ont créé la vie sur Terre et organisé l’évolution des espèces. Un temps, une partie de l’épisode devait se passer en Australie, et évoquer le fait que des peuples différents, sans lien entre eux, avaient inventé le boomerang – un coup des aliens, évidemment !

Scully découvre le vaisseau alien qui, sans qu’elle le sache, va lui rendre sa fertilité

L’idée du Vaisseau que trouve Scully à la fin de « Biogenesis » a toujours été présente, ainsi que ses conséquences sur Mulder, qui peut lire dans les pensées et semble basculer dans la folie. David Duchovny s’implique dans cet aspect, y voyant l’occasion d’écrire une histoire sur le destin de son personnage, inspirée de La Dernière Tentation du Christ (Martin Scorsese, 1988, d’après le roman de Nikos Kazantzakis). Mais tous ces éléments ne cessent de fluctuer à mesure que le planning est constamment remis en cause. Au moment où tombe le script de l’avant-dernier épisode de la saison, toute l’équipe de production est encore persuadée que ce sera le début d’une histoire mythologique, mais finalement ce n’est pas le cas. « Nous avions détruit tout ce qui concernait le père de Mulder, le Projet et le Syndicat, toutes ces choses qui avaient nourri l’intrigue pendant six années avaient soudainement disparu, » commente Spotnitz. « Nous n’avions plus de points d’accroche. A partir de ce moment-là, à chaque fois qu’on s’est mis à l’écriture d’un nouvel épisode mythologique, nous savions que ce serait un challenge complètement nouveau » [All Things : The Official Guide to the X-Files 6, par Marc Shapiro, éditions Harper Prism, 2001].

Les trois parties prévues en fin de saison 6 se réduisent à deux, puis donc à une seule. L’intrigue a même failli n’être résolue qu’en une seule fois, mais il est finalement décidé en début de saison 7 de réintroduire l’élément de la tentation de Mulder. « Il y avait un fort désir chez David de jouer quelque chose de différent, » explique Spotnitz, complété par Carter : « Amor Fati était très personnel pour les personnages, mais en particulier pour Mulder. La grande question était : a-t-il fait le bon choix en poursuivant les extraterrestres toutes ces années à travers les X-Files ? Je crois qu’il y avait des sujets très personnels pour David » [All Things : The Official Guide to the X-Files 6, par Marc Shapiro, éditions Harper Prism, 2001].

Visuel créé pour le set de trading cards de la saison 7

« J’étais vraiment attaché à cette idée, » confirme l’acteur, qui s’est battu pour qu’elle retrouve sa place dans l’intrigue. « Le propos de la lamentation du Christ, c’est que nous sommes tous le Christ, qu’absolument tout le monde sur cette planète doit faire ce choix déchirant entre une vie dans le monde et une vie dans sa famille. C’est ce qui rend le Christ si émouvant dans ce film et dans ce livre : sa bataille n’est pas seulement celle d’un Dieu, elle est profondément humaine. Les gens demandent, quand Mulder va-t-il avoir une vie personnelle ? Eh bien, c’est l’équation. C’est le sujet. Mulder doit gérer ce même problème. Soit vous avez une vie, soit vous la sacrifiez et vous devenez ce type qui court après des aliens et n’en a pas. Je ne disais pas que Mulder est le Christ, je n’essayais pas de lui donner de l’importance. Ce que je faisais, c’était utiliser le modèle humain du Christ pour faire de Mulder un homme ordinaire » [David Duchovny’s Grace Notes, par Paula Vitaris, Cinefantastique, avril 2002].

Chris Carter et David Duchovny vont donc coécrire le scénario ensemble. Mais cela ne pouvait pas tomber à un plus mauvais moment.

 

Le procès

Au milieu du mois d’aout 1999, David Duchovny est sur le point de rejoindre les studios de la Fox à Los Angeles pour reprendre le tournage de la série quand il se retrouve à la une de l’actualité d’une manière que personne n’avait réellement vu venir.

L’acteur a porté plainte contre la 20th Century Fox, expliquant qu’il a été spolié d’une grande partie de l’argent qu’il aurait du toucher de par son intéressement aux bénéfices de la série, négocié en 1995. Ce procès met à mal la stratégie que Rupert Murdoch appliquait parmi les premiers. « Ce modèle d’intégration verticale, dont nous sommes les pionniers, est le modèle de l’industrie, » expliquait fièrement Peter Chernin, numéro 2 de News Corp. Et président de Fox Entertainment Group. « Le rachat d’ABC par Disney et celui de CBS par Viacom sont des tentatives de dupliquer ce que nous avons » [Conspiracy Theory, par Seth Lubove, Forbes.com, novembre 1999]. Le modèle permet en effet de maximiser les profits et de mettre fin à certaines négociations difficiles, quand les Networks devaient payer le prix fort au studio pour qu’il accepte de continuer de leur vendre une série qui marchait, au moment de la renégociation des contrats.

News Corp s’était vantée d’avoir, avec The X-Files, mis l’intégration verticale en action. De fait, la série produite par Twentieth Century Fox Television était diffusée à l’origine sur le network Fox, puis syndiquée à la chaîne câblée du groupe FX et à d’autres affiliés, dont 22 stations locales propriété de Fox. A l’étranger, elle était revendue à Sky en Grande Bretagne, ou à Star TV, qui appartenaient aussi à la holding de Murdoch. Twentieth Century Fox Licensing and Merchandising avait organisé X-Files Expo, une convention itinérante qui s’était rendue dans dix villes américaines. Le film tiré de la série avait été produit par Twentieth Century Fox Film studios. Et des dizaines de romans et guides officiels avaient été édités par HarperCollins, propriété de News Corp, de même que Fox Interactive qui avait mis sur le marché un jeu vidéo et une encyclopédie de la série sur CD…

Sauf que revendre les droits de diffusion en seconde fenêtre non pas au plus offrant, mais aux chaines du groupe News Corp, ce n’était pas une stratégie gagnante pour ceux qui étaient intéressés aux profits numéraires dégagés par la marque The X-Files, et pas seulement à la puissance et au rayonnement de News Corps et des différentes sociétés de la holding.

Duchovny n’était pas seul dans ce cas. Son avocat Stanton Stein avait déjà défendu Alda Alda à propos de MASH mais aussi les producteurs de Home Improvement pour des plaintes identiques. Bochco avait déposé une plainte similaire, aussi contre la Fox, à propos de NYPD Blue. Au fond, tout le monde savait comment cela se résoudrait : une négociation à l’amiable, et un classement du dossier après que l’acteur ait reçu un certain nombre de millions de dollars, dont le montant exact ne serait jamais dévoilé.

Le véritable problème se cachait dans les détails de la plainte. En pleine parano, l’acteur accusait le créateur de X-Files, Chris Carter. Duchovny n’avait pas porté plainte contre Carter, mais mentionnait ce qu’il pensait être sa participation : avoir été parfaitement au courant de cette stratégie de spoliation, et avoir gardé le silence en échange de son contrat de plusieurs millions de dollars, signé en septembre 1998, qui prévoyait entre autre la création de Harsh Realm, sa troisième série dont le tournage venait de commencer. Ce contrat, dans les pages adressées au tribunal, devenait de l’hush money, l’argent du silence face à l’avarice et au corporate greed du studio.

Mulder retrouve Samantha, mais seulement dans ses rêves…

Comment un créateur de série travaille avec un acteur qui l’accuse d’avoir conspiré pour le spolier de plusieurs millions de dollars ? D’après Chris Carter, que la torture ne suffirait probablement pas à faire avouer un problème, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ! « Nous ne nous sommes pas disputés, si c’est ce que vous suggérez, » répondait-il à un journaliste. « Je ne vais pas parler du procès, parce qu’on m’a demandé de ne pas le faire. Mais à coté de l’aspect créatif de ce métier, il y a l’aspect business. Ça, c’est du business, et le business, c’est généralement des intérêts divergents en compétition » [The Man Behind The Mytharc, par Dan Persons, Cinefantastique, octobre 2000]. Carter allait encore plus loin dans la langue de bois : « Nous travaillons très bien. David et moi venons d’écrire un épisode ensemble. Je ne vois aucun problème entre nous » [Future of ‘X-Files’ is uncertain, par Don Kaplan, New York Post, octobre 1999].

La version de David Duchovny ? « J’ai coécrit cet épisode avec Chris, ce qui était bizarre parce qu’on ne se parlait pas à cette époque. J’étais impliqué dans un procès avec la Fox. Alors on se faxait des pages de scénario l’un à l’autre en passant par un intermédiaire… » [So did Agent Mulder kill the The X Files?, par Andrew Billen, London Times Online, 2002].

La tension entre Duchovny et Chris Carter redescendra progressivement au fil des deux années suivantes. Il faut dire que les accusations de l’acteur n’étaient pas très convaincantes : le contrat qu’avait signé Carter avec le studio Fox était dans la ligne de celui des autres scénaristes-producteurs vedettes de l’époque, et logique vu l’importance qu’avait alors la série tant pour le studio que pour la chaîne. De plus, après des années d’excellentes relations, ce procès venait justement au moment où les rapports entre Carter et le network Fox se compliquaient sérieusement. Peter Roth, l’ami de Carter, venait de le quitter. Il avait été remplacé par Doug Herzog, qui se retrouve à gérer une rentrée catastrophique. Toutes les nouveautés lancées sont rapidement annulées, dont Harsh Realm, après la diffusion de trois épisodes. Carter accusera Herzog de n’avoir jamais vu la série et de ne pas aimer The X-Files… Il sera rapidement évacué et remplacé par Sandy Grushow.

 

Slogan

La vérité est ailleurs est remplacé par une partie du titre de l’épisode : Amor Fati. En Latin, cela signifie ‘‘l’amour du destin’’. L’expression a notamment été utilisée par Nietzsche qui assimilait l’Amor Fati à l’amour de la mort puisque, le destin n’existant pas, la mort est le seul événement futur prévisible et inéluctable.

 

Continuité

L’Homme à la Cigarette est le père de Mulder. Si la séquence pré-générique est encore ambiguë – puisque la réplique « je suis ton père » appartient au rêve de Mulder – la suite de l’épisode se veut définitive : c’est bien dans la réalité que Diana Fowley, d’abord, puis le médecin du Projet, ensuite, font référence à cette filiation.

L’état dans lequel se trouve Mulder est la conséquence de son exposition à l’Huile Noire et au Vaccin expérimental des Russes alors qu’il était prisonnier du goulag de Tunguska en Sibérie [4.09/10]. Selon Kritschgau, le Virus extraterrestre a été réactivé par la mise en contact de Mulder avec la source d’énergie extraterrestre qu’étaient les frottis du Vaisseau des Origines. Il est devenu « biologiquement extraterrestre » – tout comme l’était, mais naturellement lui, le petit Gibson Praise.

Pour les docteurs du Projet, Mulder est un événement inattendu et miraculeux : après des décennies à tenter de concevoir un hybride Humain/Extraterrestre immunisé contre l’Huile Noire, voilà qu’en surgit un « tout fait », créé par un enchaînement de circonstances. L’Homme à la Cigarette fait pratiquer une opération chirurgicale qui vise à l’échange de « matériel génétique » entre lui et Mulder, du matériel contenu dans le lobe temporal de Mulder qui est le siège de sa suractivité cérébrale. Ainsi, il veut transférer à lui-même cette immunité. (Et, par la suite, de lui-même à d’autres, une poignée d’élus. C’est du moins ce qui est suggéré.)

 

Mythologie

Le Vaisseau échoué sur la plage de Côte d’Ivoire, vraisemblablement depuis très longtemps, comporte sur l’ensemble de sa surface des inscriptions qui allient mysticisme et science. En cela, et contrairement à ce qu’elle pense, Dana Scully était probablement la mieux placée de nos deux agents pour tenter d’en comprendre les mystères. A aucun moment la série ne sera vraiment très explicite sur la nature de ce vaisseau échoué, même si un autre semblable à celui-ci apparaîtra dans « Provenance/Providence » [9.10/11]. Les panneaux du Vaisseau comportent des textes religieux de diverses origines : Bible, religions païennes et textes apocalyptiques issus du Coran. Par ailleurs, 24 panneaux, un pour chaque chromosome humain, représentent la carte complète de notre génome.

Scully étudie les signes du vaisseau

Le Vaisseau semble être en mesure de générer des phénomènes communément présents dans les textes religieux : invasion d’insectes, mer de sang et même résurrections.

C’est par la bouche du personnage de Barnes que les scénaristes s’expliquaient : « Ce qui se trouve là dehors, dans l’eau, n’est que ce que nous appelons Dieu. Ce que nous appelons la Création. L’étincelle qui a allumé le feu de la soupe primordiale. A créé l’animé avec inanimé. Nous a créé, nous. » Nous aurions donc à faire à un Vaisseau des Origines, cause et organisateur de la vie. Il aurait causé la vie en rassemblant et animant ses premières briques, les acides aminés. Il l’aurait organisé ensuite, contrôlant l’évolution pour la mener vers un organisme dont il contenait déjà le code génétique : l’être Humain. Plus tard, il a organisé l’Humanité elle-même en lui fournissant des religions, dont certains textes sont inscrits sur ses flancs, et en provoquant les miracles qui soutiendraient et permettraient de répandre ces croyances.

La religion apparaît dès lors comme un moyen de contrôler les populations humaines et de faciliter leur soumission aux plans extraterrestres – une ficelle que nous avons vu être utilisée par le clone hybride Jeremiah Smith (« Talitha Cumi » [3.24]). Ce même épisode montrait le Syndicat chercher à gagner du contrôle et du pouvoir sur le peuple en éradiquant la religion…

Faut-il donc en conclure que dans l’univers des X-Files, Dieu n’existe pas, qu’il n’est qu’une création de manipulateurs ? En réponse à cette question ici laissée en suspens, de nombreux épisodes vont s’attacher à laisser entendre que si les religions organisées sont peut-être des instruments de manipulation, ce n’est pas forcément le cas de Dieu en lui-même. Le mysticisme et l’hypothèse de l’existence de quelque chose de plus grand que les Humains et les Extraterrestres courront jusqu’à l’ultime épisode de la série. Et c’est une incarnation des croyances du showrunner.

Publicité placée dans TV Guide pour annoncer le lancement de la saison 7

« Chris est une personne de Foi, pas dans un sens religieux, mais il croit en un pouvoir supérieur, alors que moi je suis un sceptique sur ce point, » explique Frank Spotnitz [Interview pour Fortean Times, 2008]. Cette balance explique en partie un traitement que les auteurs de la série jugent équitable. « Nous savions qu’avec Amor Fati, nous allions énerver certaines personnes, » constatait Frank Spotnitz. « Cela a probablement été le cas, mais nous n’avons eu aucun retour direct. Nous recevons rarement des lettres de gens en colère. La raison, c’est la manière dont nous gérons les choses. Dans Amor Fati, nous avons traité le côté religieux avec respect » [All Things : The Official Guide to the X-Files 6, par Marc Shapiro, éditions Harper Prism, 2001].

Fait prisonnier du goulag Sibérien de Tunguska, Mulder y avait figuré parmi les cobayes des expériences Russes sur la conception d’un vaccin contre l’Huile Noire, facilitées par la réserve d’Huile Noire présente sur place en conséquence de l’écrasement en 1908 d’une grosse météorite, détachée de Mars quatre milliards d’années plus tôt, et contenant en abondance le Virus alien [4.09/10]. A cette époque, ce Vaccin (administré à Mulder avant son infection par l’Huile Noire) donnait ses premiers résultats, et l’agent s’était réveillé dans sa cellule libre de l’influence du Virus.

Ce qu’aujourd’hui nous découvrons par le biais de cette intrigue, c’est que le Virus avait été tué à l’intérieur de Mulder, mais qu’il n’avait pas quitté son corps. Des vers d’Huile Noire morts se trouvaient toujours dans le cerveau de Mulder, dans la région du lobe temporal. Les frottis réalisés à la surface du Vaisseau des Origines pour en reproduire les symboles ont accumulé une part de l’énergie contenue par le Vaisseau lui-même. Cette énergie est entrée en résonance avec le matériel génétique des cellules de Virus logées dans le cerveau de Mulder et les ont réactivé.

L’activation chez un être humain du génome extraterrestre l’immunise contre l’Huile Noire. Nul n’aurait pu prévoir l’enchaînement de circonstances qui a conduit à cet état de fait, personne au Syndicat aujourd’hui quasi-disparu ne l’avait imaginé. A ceci près que des légendes et croyances Indienne anciennes en font état, un mythe prophétisant la prochaine sixième extinction de masse (l’annihilation programmée de la race Humaine par les extraterrestres) et l’existence d’un homme protégé pouvant en sauver l’humanité. Ces légendes et croyances sont racontées avec les mêmes symboles Navajos présents sur les flancs du Vaisseau des Origines vieux de quatre milliards d’années et que nous savons donc d’origine extraterrestres. Par ailleurs, l’histoire et les mythes du peuple Indien laissent entendre que la mystérieuse disparition des Indiens Anasazis [2.25] est annonciatrice de la future extinction.

La fin de l’épisode actuel laisse en suspens la question de ce qu’il advient de l’Homme à la Cigarette, ainsi que celle de savoir si Mulder bénéficie toujours de l’immunité contre l’Huile Noire. Sur ce plan, une scène coupée du scénario montrait le réveil du Fumeur et permettait d’être un peu plus explicite. Le médecin du Projet refusait d’indiquer que l’opération avait été un succès, il se bornait à se féliciter de ce que le Fumeur ait survécu, après 30 heures passées dans le coma. Par ailleurs, il signalait que la disparition de Mulder de la salle de chirurgie juste après l’opération empêcherait de réaliser d’autres tentatives en cas d’échec. On laisse donc entendre qu’il reste en Mulder des traces de ce matériel génétique, et donc de son immunité…

Ces prophéties Indiennes semblent, avec le recul de la suite de la série, mener à une impasse : elles ne sont plus jamais évoquées et l’opération de cet épisode va provoquer la maladie et la mort à moyen terme non seulement de l’Homme à la Cigarette, mais aussi de Mulder lui-même (saison 8). C’est là qu’il faut se souvenir qu’au moment de l’écriture de ce début de septième saison, les scénaristes étaient persuadé d’entamer la dernière saison, et mettaient donc en place la conclusion des X-Files. Cet axe disparu le rôle de sauveur de Mulder a, par la suite, largement été transférée à William, l’enfant de Mulder et Scully, au travers d’autres prophéties [9.09/10]…

« Amor Fati » montre l’Homme à la Cigarette s’enfoncer dans la voie d’une certaine radicalisation, qu’on peut voir comme la conséquence et le prolongement des événements de « Two Fathers / One Son » [6.11/12]. Une radicalisation qui le mène directement au personnage déshumanisé et dérangé de son ultime apparition [9.20]. « Pour moi, l’épisode était formidable à jouer parce qu’ils ont rendu l’Homme à la Cigarette plus dur. Nous avons vu tellement de douceur chez lui, c’était bien de jouer ce côté dur » [All Things : The Official Guide to the X-Files 6, par Marc Shapiro, éditions Harper Prism, 2001]. De quoi peut-être racheter les aspects les plus pénibles : « Je me rappelle que c’était très inconfortable d’être allongé sur ces tables. Il y avait cette sangle métallique qui appuyait juste sur ma clavicule. Le seul bon côté, c’est que l’auteur était allongé juste à côté de moi, tout aussi mal à l’aise. Je me demande si David l’aurait écrit comme ça s’il avait su ».

Le Fumeur espère sauver sa vie en récupérant le matériel génétique présent dans le cerveau de Mulder

Il est vrai que le Fumeur a toujours été écartelé entre le Projet (son pouvoir) et ses sentiments, même s’il a quasiment toujours choisi le premier sur les seconds. Son affection pour Mulder, son fils, a certainement été la première de ses motivations pour le maintenir en vie. Cette affection est l’héritage de celle qu’il avait pour Teena Mulder elle-même. L’émotion et les sentiments teintent aussi son rapport à son autre famille : c’est un Homme à la Cigarette en pleurs qui décida finalement de sacrifier son ex-épouse Cassandra Spender au Projet [6.12], après plusieurs mois passés à se rapprocher de son autre fils dont il souhaitait, après que Mulder ait définitivement renoncé à le suivre [5.02], faire son héritier spirituel comme Mulder est celui de Bill Mulder.

Aujourd’hui, l’Homme à la Cigarette veut croire qu’il est un homme différent. Il traite avec trivialité le sentimentalisme de Mulder. Et quand il en parle, on croit l’entendre s’évoquer lui-même, comme dans cette réplique, un peu plus longue dans le script original que dans l’épisode diffusé : « [Il fait] les rêves que tous les hommes possédés par le monde font : une vie simple pleine de plaisirs simples. Une femme, des enfants, les retrouvailles avec sa sœur depuis longtemps perdue. Cela a toujours été le talon d’Achille de Mulder : son sentimentalisme. Il avait le cœur d’un collégien. Les hommes extraordinaires sont toujours les plus tentés par les choses les plus simples. »

 

La dernière tentation de Mulder

Toute la partie rêvée de l’épisode reprend une grande partie du déroulement de La Dernière Tentation du Christ et, comme dans le film, c’est le plus proche ami du héros — Judas dans le film, Scully dans la série — qui lui apparaît à la fin pour lui dire la vérité et le faire renoncer à la tentation de la vie facile et paisible.

Alors que son état le plonge dans l’inconscience, Mulder se met à rêver, dès la séquence pré-générique. Le commencement de ce songe est en effet matérialisé par le changement d’éclairage subi par la chambre d’hôpital. La discussion entre le Fumeur et Mulder est donc imaginée par ce dernier – c’est pour cela qu’on y voit l’Homme à la Cigarette disposer de capacités surnaturelles comme lire dans les pensées de Mulder et le faire se lever par un mouvement des mains.

Dans ce songe, Mulder tente de se persuader de renoncer (à sa quête, à sa vie…) en se convainquant qu’il n’est qu’un homme ordinaire et qu’aucune responsabilité particulière ne pèse sur lui. Il doit « laisser aller ». La conscience de Mulder se débat en imposant une vision dans la vision : celle de la plage. Là, un petit garçon s’emploie à bâtir un vaisseau de sable qui symbolise la quête de Mulder. S’avançant vers Mulder, le garçonnet lui dit : « l’enfant est père pour l’homme, » mais sa voix est celle de l’Homme à la Cigarette. Une singulière mise en abîme. D’une part, Fox Mulder s’apprête à subir une intervention qui transmettra du matériel génétique de lui-même vers son père biologique. Par ailleurs, ce garçon annonce le propre fils de Mulder dont l’existence vient de devenir possible après le voyage en Afrique de Scully.

Une apocalypse de studio dans Amor Fati

Dans toute cette première phase du rêve, Mulder est réticent. C’est menotté qu’il fait le chemin vers l’autre vie qu’on lui offre. Sa réponse au Fumeur dans la voiture est sans appel : lui ne fume pas. « Peut-être que si, maintenant, » se voit-il rétorquer. En effet, une fois arrivé devant ‘‘sa’’ maison, la tentation est trop forte pour que Mulder fasse demi-tour sans savoir exactement de quoi il retourne.

Il fait alors face à Gorge Profonde qui lui dit de laisser aller la culpabilité qu’il ressentait depuis que Mulder le croyait mort par sa faute. Ce qui devait être une visite rapide, histoire de savoir, se prolonge alors. Mulder reste sur place, et se prépare à y passer la nuit. Dans la vision parallèle, une vague détruit le vaisseau de sable / la quête. Mais Mulder n’a pas encore pris de décision. Il n’a encore renoncé à rien : « tu peux le reconstruire, » dit-il au garçon qui acquiesce en séchant ses larmes.

Mulder est bientôt rejoint par Diana Fowley… Mais au petit matin, son malaise n’est pas éteint. Diana rejette les doutes de Mulder, et les qualifie d’enfantillages. « Oui. Tu as été un enfant. Avec les seules responsabilités d’un enfant, envers tes rêves et tes fantasmes. Mais tu ne connaîtras pas les joies réelles des responsabilités avant que tu ne t’ancres dans le monde… Et que tu deviennes père ». Mulder ne sait pas quoi faire de cette tirade. Elle le touche, parce qu’il ne fait que se parler à lui-même et se dire une part de vérité : sa responsabilité envers sa quête l’a tenu éloigné des responsabilités de la vie d’un adulte. Mulder vit comme un adolescent attardé, dort le plus souvent dans son canapé, n’a aucune attache sentimentale, et sa sexualité se limite aux pornos et aux numéros de téléphone roses.

David Duchovny était lui-même un ‘‘homme à femme’’ qui s’était marié deux ans auparavant avec Téa Leoni. Et depuis quelques semaines, il était père pour la première fois.

Pour Mulder, découvrir que sa sœur aurait toujours vécu ici, heureuse, est l’argument final qui valide l’irrecevabilité de sa quête. Alors, il « laisse aller », comme tout le monde l’y a incité. Alors, enfin, il renonce. Dès lors, sa propre vie, sur laquelle il n’a plus prise, défile sous ses yeux : un mariage, deux enfants, le deuil de sa femme. Immédiatement, on retrouve Mulder sous l’apparence d’un vieillard âgé et mourant – ce qu’il est devenu en laissant aller le monde autour de lui.

Sur la plage, la conscience de Mulder a bâti le centre d’un vaisseau de sable, que le garçon commence bientôt à détruire de ses pieds et de ses poings. « C’est ton vaisseau et c’est toi qui le détruit ! » dit-il à Mulder. Avant d’ajouter « Tu étais censé m’aider ». (Ou, dans une version initiale du scénario encore moins équivoque : « Je suis la voie qui n’a pas été prise ».)

Il est temps maintenant d’achever Mulder tout à fait, de laisser mourir le vieillard, de tuer la vision parallèle. En effet celle-ci démontre que Mulder n’a pas totalement fermé les yeux, alors même que le Fumeur s’emploie à lui dissimuler le monde : il refuse d’ouvrir le rideau de sa chambre à un Mulder qui voudrait pouvoir regarder dehors. Il abat Mulder des nouvelles de la mort de Samantha, de Gorge Profonde, de Diana, de Scully… « Il est temps pour toi de laisser aller. Ils t’attendent, si tu laisses aller. Ferme les yeux, Fox ». Pendant ce temps dans la réalité, les yeux de Mulder sont ouverts. Pendant l’opération, les médecins ont beau tenter de l’endormir, rien n’y fait. L’agent affronte ce qui lui arrive le regard fixé dans celui de Diana, ce qu’elle ne peut bientôt plus supporter.

Dans son rêve, Mulder ferme les yeux, l’Homme à la Cigarette ouvre les rideaux pour contempler une vision de destruction : la maison dans laquelle ils se trouvent tient seule debout au milieu de l’apocalypse, les extraterrestres détruisant le monde. La conscience de Mulder abat alors sa dernière carte pour le réveiller : Scully. « Traître. Déserteur. Lâche. (…) Tu dois te lever. Tu dois te lever et te battre. Tout particulièrement toi. Cet endroit n’est pas toi. Lève-toi Mulder. Lèves-toi et bas-toi. » Dans la réalité, Scully est aussi auprès de Mulder, qu’elle vient de retrouver dans la salle d’opération désertée. Elle cherche à le convaincre de se lever pour qu’ils puissent quitter les yeux.

Scully retrouve Mulder et le sort de sa tentation…

Dans la conscience de Mulder, se joue un combat : celui entre deux sacrifices. Celui de sa quête, de Scully, de son combat et de sa souffrance : c’est accepter la mort. Ou celui d’une vie simple, confortable, paisible et, surtout, heureuse. Un sacrifice que Mulder, jusque-là, n’avais jamais vraiment eu à faire. L’enlèvement de Samantha, quand il avait douze ans, lui a retiré, et à toute sa famille, le bonheur et la paix. Il n’avait jamais eu à y renoncer pour son idéal : cela s’était imposé à lui. Alors aujourd’hui, il s’aperçoit de la terrible douleur que ce sacrifice-là représente. Il comprend qu’il n’est pas capable de le faire seul. Il verse une larme sur cette vie paisible qui n’est pas pour lui, et se lève. Mais la larme qui coule sur sa joue n’est pas entièrement la sienne : elle a coulé de l’œil de Scully. Ce renoncement cruel, ils le font ensemble et à deux.

Sur la plage, Mulder et le garçonnet parachèvent la construction d’un vaste vaisseau de sable, semblable au Vaisseau des Origines échoué en Côte d’Ivoire. Mulder a repris le chemin de sa quête et, suggère la métaphore, elle touche à sa fin…

 

Production

Si, en coulisse, quelques pions commençaient à être déplacés qui indiquaient que la Fox pourrait vouloir faire revenir The X-Files pour une huitième saison, « The Sixth Extinction II : Amor Fati » fut très clairement écrit comme le premier chapitre de la saison finale. « Nous avons réellement ouvert un nouveau chapitre de la mythologie X-Files avec Biogenesis, » confirmait Frank Spotnitz, « et ce sera le chapitre final de la série. Les effets de cette découverte et la maladie de Mulder constitueront la trame des épisodes pour sa conclusion. Vous pourrez voir tous les personnages principaux fortement impliqués dans la fin de la série, et nous ferons très directement référence à la sœur de Mulder et à la relation entre Mulder et Scully. Nous préparons la dernière chose que vous verrez de l’Homme à la Cigarette, de Krycek, de Skinner. Nous le faisons avec des sentiments mitigés, même si je pense que c’est le bon moment pour arrêter » [The ABCs of ‘X’, par Melissa J Perenson, Sci Fi Entertainment, 1999].

La scène où le spectateur est amené à penser que Mulder fait appel à Krycek lorsqu’on le voit écrire les lettres K et R sur le main de Skinner n’est pas qu’une manière de jouer avec le public. En effet, dans la version originale de l’épisode, c’est effectivement ce qui se passait ! C’est l’indisponibilité de Nicholas Lea qui forçat les scénaristes à imaginer une autre solution, et à faire intervenir Kritschgau dans l’histoire.

Krycek, le frère ennemi de Mulder qui se battait dans le même camp, mais avec des méthodes très différentes

L’absence de l’acteur a aussi obligé à annuler un épisode centré sur son personnage, qui aurait été tourné en début de saison. En effet, David Duchovny et Gillian Anderson avaient passé leur été 1999 à tourner chacun un film (Return to Me pour le premier, et The House of Mirth pour la seconde). Le tournage devait reprendre sans eux pendant deux semaines. La première, l’équipe devait tourner « Hungry », un épisode écrit par Vince Gilligan et entièrement filmé du point de vue du monstre, si bien que Mulder et Scully n’apparaissaient que dans une poignée de scène, quand il était interrogé par eux. La deuxième aurait vu le tournage de l’épisode centré sur Krycek, une sorte de biographie qui aurait montré la vie du personnage entre la Russie et les Etats-Unis, et quelque peu clarifié ce qu’était ses objectifs et ses alliances. Cet épisode abandonné, c’est tout le planning de tournage qui fut reporté d’une semaine.

Nicholas Lea accepta à la fin de l’été de participer au film Vertical Limit (Martin Campbell, 2001) dont le tournage se passait en Nouvelle Zélande et l’empêchait de participer à la série. Une opportunité, sans doute, mais aussi le signe de son détachement de la série, certainement. Quelques années plus tôt, Lea suppliait publiquement les scénaristes de ne jamais tuer son personnage, comme tant d’autres personnages secondaires avaient été tués. Le problème de Nicholas Lea, c’est qu’il ne comprenait plus les motivations de son personnage.

Pourtant, Krycek avait des motivations. Mais, comme l’essentiel de ce qui concernait les personnages, les scénaristes en discutaient des heures pour finalement n’y faire que des allusions obliques, les laisser dans le sous-texte. Et ils ne voulaient pas non plus les expliquer clairement aux acteurs, de peur de figer des choses qu’ils pourraient vouloir changer par la suite. La désillusion de Lea est en partie née de « Two Fathers » et « One Son » dans lequel, volontairement, on ne comprend pas vraiment ce que fait Krycek, ni ce qu’il veut. « J’ai lu le script et ensuite il a fallu me l’expliquer quatre fois. Mais en dehors de ça, il était vraiment malin. En fait, c’est la norme. Vous lisez un scénario, et ensuite vous appelez quelqu’un pour vous l’expliquer » [Secrets and Lies, par Mary Kaye Schilling, Entertainment Weekly, février 1999].

« Les deux pères du titre sont bien sûr Bill Mulder et l’Homme à la Cigarette, » expliquait Spotnitz en interview. « Mais qui est le seul fils ? Jeffrey Spender est le fils biologique du Fumeur et de Cassandra. Krycek, biologiquement, n’est le fils d’aucun d’eux, mais il aspire à être le protégé de l’Homme à la Cigarette, à être son héritier. Quant à Mulder, sa paternité n’est pas claire puisqu’il semble que sa mère ait eu une liaison avec l’Homme à la Cigarette. Mais en tout état de cause, nous avons trois jeunes hommes qui sont tous en position d’être le fils. Mais Krycek a été rejeté par l’Homme à la Cigarette qui ne le considère pas comme un successeur à la hauteur, Spender se détourne de lui avec des conséquences tragiques, si bien qu’il le reste que Mulder, le seul fils encore debout à la fin de cet épisode en deux parties » [Commentaire audio du coffret DVD Mythology vol. 3 : Colonization, 20th Century Fox Home Video, 2005].

Tout cela, ce sont des fragments de dialogues, des images furtives. D’autres fragments et d’autres images étaient apparus depuis deux saisons. Ils montraient que Krycek avait pris le relais de l’Homme Manucuré, mort dans le film pour avoir défendu une ligne de Résistance plutôt que de Collaboration au sein du Syndicat, qu’il s’était allié avec les Rebelles sans Visages. La frustration de Nicholas Lea a justement empêché de produire l’épisode qui aurait rassemblé ces fragments.

Finalement, à la fin de la huitième saison, Lea ira trouver les auteurs pour leur demander de tuer Krycek. Juste après la diffusion de son dernier épisode, l’acteur publia un message sur le forum de son principal site de fans sur Internet, nicklea.com : « Merci à vous tous pour m’avoir soutenu le temps de ma présence dans la série. Je n’aurais probablement pas duré aussi longtemps si je ne vous avais pas tous eu derrière moi. Tout a une fin. J’avais le sentiment que K[rycek] ne recevait plus un traitement juste de toute façon. Ce n’est pas si plaisant de jouer un méchant, sans aucune raison derrière. Je voulais des idées plus en profondeur sur le personnage et elles ne sont jamais venues. Cela a cessé d’être agréable à jouer ».

Krycek apparaît tout de même dans « Amor Fati », joué par un autre acteur sous son déguisement chevelu et barbu introduit au milieu de la saison 6, qu’il avait utilisé pour torturer Skinner et le placer sous son contrôle en l’infectant avec des nano robots, puis dans un unique plan, qui fut en fait filmé pendant la production de « Biogenesis » [6.22] et altéré numériquement pour l’intégrer à cet épisode.

« Coupée? La scène que j’ai tournée après quatre heures de maquillage a été coupée?! »

Une scène coupée, accessible dans le bonus des DVDs de la saison montre Scully revenir vers le bureau de Skinner après avoir échoué à arrêter son agresseur. Là, le Directeur Adjoint présente les mêmes symptômes que dans la sixième saison, des veines gonflées parcourant son visage. Tandis qu’une équipe d’urgence s’occupe de lui, il indique à Scully que les hommes de la conspiration – évidemment, il parle de Krycek – sont prêts à le tuer pour retrouver Mulder. Et qu’ils seront prêts à tuer Mulder pour s’approprier ce qu’il a, ce qu’il est devenu. Le point le plus intéressant de la scène est qu’il permettait de mettre subtilement en valeur le fait qu’à cet instant, Krycek cherche lui-même à retrouver Mulder pour se l’approprier alors qu’il a déjà été enlevé par le Fumeur – bref qu’il est encore un agent de la Conspiration qui joue contre la Conspiration dans un but propre. Mais, au-delà des contraintes de temps, le maquillage appliqué à Mitch Pileggi s’avérait bien plus raté encore que celui qui avait été exposé dans « S.R. 819 » [6.09] et l’équipe ne jugea pas la scène suffisamment indispensable pour consacrer un budget important à l’améliorer numériquement. Pileggi ne supportait pas ce maquillage et demanda aux auteurs de résoudre cet élément. Ils ne le firent pas, car c’était ce qui permettait à Skinner de conserver de l’ambigüité et donc de l’intérêt – lorsque le scénariste John Shiban avait eu cette idée, il avait sauvé la vie du personnage, alors très menacée – mais Mitch Pileggi n’eut plus jamais à subir un maquillage intégral de son visage.

L’ultime scène de l’épisode entre Mulder et Scully a été tournée plusieurs semaines après le reste. La scène initialement tournée, qui se passait dans le bureau de Mulder, avait été jugée émotionnellement faible autant par Chris Carter que David Duchovny (elle l’était). Cette nouvelle version fut donc écrite et tournée après le premier montage de l’épisode et c’est pourquoi Scully y arbore la coupe de cheveux qui sera sienne dans la suite de la saison, à compter de l’épisode 5 (les épisodes 3 et 4 ayant été tournés avant « Amor Fati »).

 

Le bilan : Avec cet épisode, la série au meilleur de sa forme donne le « la » de ce qu’aurait pu être une dernière saison en forme de feu d’artifice qui pousse dans leurs derniers retranchements tout à la fois les personnages et la mythologie sous-tendant les histoires. Hélas, le destin en aura décidé autrement et les auteurs devront bientôt revoir leurs plans…

 

X-Files en 20 épisodes

Volet 1: Pilot (Nous ne sommes pas seuls) [1×00]

Volet 2: Ice (Projet Arctique) [1×07]

Volet 3: The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

Volet 4: Sleepless (Insomnies) [2×04]

Volet 5: One Breath (Coma) [2×08]

Volet 6: Humbug (Faux-frères Siamois) [2×20]

Volet 7: D.P.O. (Coup de foudre) [3×03]

Volet 8: Paper Hearts (Cœurs de Tissu) [4×10]

Volet 9: Never Again (Jamais Plus) [4×13]

Volet 10: Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

Volet 11: The Pine Bluff Variant (Les Nouveaux Spartiates) [5×18]

Volet 12: Triangle [6×03]

Volet 13: Milagro (A Cœur Perdu) [6×18]

Volet 14: The Unnatural (Le Grand Jour) [6×19]

Volet 15: The Sixth Extinction II: Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

Volet 16: all things (Existences) [7×17]

Volet 17: Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

Volet 18: Roadrunners (Un Coin Perdu) [8×04]

Volet 19: Audrey Pauley [9×11]

Volet 20: Release (Clairvoyance) [9×17]

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