X-Files en 20 épisodes : Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

X-Files en 20 épisodes : Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

Note de l'auteur

Lancée le 10 septembre 1993, The X-Files fêtera ses vingt ans à la rentrée. A l’approche de cet événement le Daily Mars va passer tout l’été avec la série culte créée par Chris Carter, qui rassembla les fans de fantastique, d’horreur et de science-fiction tout au long des années 90, au fil de ses quelques 202 épisodes. Nous vous proposons de vous raconter l’histoire de The X-Files en vingt épisodes. Ce dix-septième volet s’intéresse à un nouveau départ pour la série, prolongée contre toute attente…

Le sceptique Doggett face aux mystères de The X-Files…

Au lendemain de la disparition de Mulder, Scully découvre que le FBI, sous l’autorité du nouvellement promu directeur délégué Kersh, a initié une véritable chasse à l’homme pour le retrouver. Mais elle et Skinner, loin d’être associés à l’enquête conduite par l’agent John Doggett, en sont les principaux suspects ! Elle initie alors une enquête parallèle qui va la mener exactement là où un mystérieux informateur conduit Doggett : le jeune Gibson Praise, réfugié dans une école pour sourds dans le désert.

Scénario : Chris Carter. Réalisation : Kim Manners. Première diffusion Fox : 5 novembre 2000 ; première diffusion M6 : 19 septembre 2001. Guests: Mitch Pileggi (Skinner), James Pickens, Jr (Kersh), Jeff Gulka (Gibson Praise), Tom Braidwood (Frohike), Dean Haglund (Langly), Bruce Harwood (Byers).

 

Vous reprendrez bien une saison ?

Automne 1999. Chris Carter, Frank Spotnitz et les autres scénaristes s’attellent au chapitre final de The X-Files. La dernière saison de la série. Les deux premiers épisodes lancent un arc qui se prolongera dans un double-épisode mythologique en février, qui renouera avec les figures de la mythologie : Krycek, Marita Covvarubias, les Rebelles sans visage et peut-être même Cassandra Spender. Cette histoire conduira elle-même au final de la série, une histoire en trois épisodes prévue pour la fin de la saison. Ils savent bien que le network Fox a des doutes – est-ce que cela fait sens d’arrêter sa série qui réunit le plus d’audience ? Mais ils ont besoin de se préparer pour conclure la série dignement. « J’adore la série et je pourrais continuer à y travailler pour toujours, » explique Frank Spotnitz, « mais je pense que c’est le moment. Il y a eu une époque où je pensais que la série s’arrêterait après cinq saisons, et puis on a eu deux années de vie supplémentaires. Cela semble bien de terminer la série à l’issue de cette saison » [Frank Spotnitz looks to the future of The X-Files, par Melissa J Perenson, Sci Fi Entertainment, automne 1999]

Doug Herzog, qui dirige aujourd’hui MTV Networks

Mais la rentrée de la chaîne, la première sous la supervision du nouveau président de Fox Entertainment, Doug Herzog, embauché en janvier 1999, est un désastre. Venu du câble, il a tenté d’imposer des comédies au ton sophistiqué et abrasif (Action et Get Real) mais n’arrive qu’à recueillir des audiences du câble sur un Network. Ce background n’est pas rassurant, pour Chris Carter. « Quand j’ai rencontré Doug Herzog la première fois, j’ai réalisé qu’il n’était pas fan de The X-Files, » dira Carter. « Cela m’a rendu paranoïaque, j’ai pensé qu’il n’était pas conscient du travail qu’on faisait » [Fox axes ‘Ryan,’ Carter’s ‘Realm’, par Michael Schneider, Variety, 26 octobre 1999]. Les drama commandés par Herzog, Ryan Caulfield : Year One ou le spin-off de Party of Five, Time of Your Life, ne font pas mieux. En novembre, quasiment toutes les nouveautés ont déjà été annulées. Une fois les retransmissions de baseball de l’automne terminées, la plupart des séries de Fox sont sous les 10% de part de marché.

Doug Herzog se met debout sur la pédale de frein. Il faut que The X-Files revienne pour une huitième saison. Il n’y a qu’un seul problème : cela signifie négocier avec son créateur, Chris Carter, dont la dernière création, Harsh Realm, fait justement partie des séries annulées au milieu de cette bérézina, après la diffusion de trois petits épisodes.

« Je pense que la personne qui dirige la chaîne n’a jamais compris la série, » balance sèchement Chris Carter à propos de Harsh Realm. « Je ne pense même pas qu’il l’ai regardée. Quelqu’un a pris la décision de l’annuler. Herzog est celui qui m’a passé le message. Je blâme le messager. » Ce à quoi Herzog répond dans les mêmes colonnes : « J’ai énormément de respect pour le travail de Chris Carter et je regrette autant que lui l’échec de Harsh Realm. Mais je crois préférable que nos discussions avec Chris soient conduites en privé, et pas dans la presse » [‘Harsh’ words for network boss, par Don Kaplan, New York Post, 5 novembre 1999].

« Je ne sais vraiment pas la façon dont la situation de Harsh Realm va affecter ou pas The X-Files, » déclare Carter. « Mais cela n’a certainement pas fait grandir mon désir de travailler dur pour créer une série pour un network qui n’a pas la volonté de la promouvoir et de prendre des risques » [Chris Carter: Facing ‘X’ Factor, par Greg Braxton, LA Times, novembre 1999]. Du point de vue de Carter, à partir du moment où la série qui précédait Harsh Realm dans la grille, Ryan Caulfield, était un échec, il était difficile de savoir ce qu’aurait pu devenir Harsh Realm dans des conditions plus favorables. Il se souvenait très bien dont X-Files elle-même avait mis plus d’une saison à devenir un véritable succès d’audience.

Chris Carter a des raisons d’être de mauvaise humeur. Parce qu’il s’était beaucoup investi dans Harsh Realm, mais pas seulement : l’annulation de cette série a aussi enterré un autre projet. Alors que la série Babylon 5 venait de se terminer, il s’était en effet rapproché de son créateur J. Michael Straczynski et, avec Frank Spotnitz, ils avaient développé un projet de série, The World on Fire, créé par Straczynski et dont le trio aurait été les producteurs exécutifs et showrunners. La série racontait l’escalade vers une guerre mondiale (Straczynski déclara plus tard que les événements du 11 septembre avaient en quelque sorte rendu l’idée caduque) et aurait été produite par 20th Television dans le cadre du contrat de Carter avec le studio. Le network CBS était sur le point de commander un Pilote. Mais 20th Television mis fin unilatéralement au projet. Le studio argumenta que le fait que Harsh Realm soit adaptée d’un comic-book avait participé de son échec, et que pour les prochaines séries dans le cadre de ce contrat, il voulait du « 100% Carter ». Probable que le studio voulait surtout que Carter se concentre sur des projets qui puissent aider le Network en difficulté qui faisait partie du groupe, et pas les chaines concurrentes.

Doggett face à Mulder à la fin de Within

Les négociations pour renouveler X-Files pour une huitième saison commencent. Mais elles s’annoncent difficile : Duchovny a déclaré dans plusieurs interviews qu’il en a fini avec la série, même s’il veut bien reprendre son rôle pour des films, et Gillian Anderson a beau être la seule à avoir signé un contrat, elle annonce aussi plusieurs fois qu’elle n’a pas l’intention de reprendre le chemin des plateaux. Conjointement, le studio et la chaîne ressortent un projet dont on parle depuis pas loin de cinq ans : un spin-off sur les Lone Gunmen.

Carter accepte, avec une idée derrière la tête. Il voudrait bien quitter The X-Files même si la série continue, mais en confier les reines au trio Spotnitz / Gilligan /, Shiban, qui connaissent les secrets de la mythologie et pourraient protéger la série et sa continuité. Cette éventualité avait déjà été discutée lors du renouvellement pour deux saisons supplémentaires après la cinquième, et l’est à nouveau maintenant que les discussions à propos d’une saison 8 ont commencé. Mais la chaîne et le studio s’y opposent. D’après eux, le trio n’a pas d’expérience suffisante pour devenir showrunners seuls. Si Carter décidait de s’en aller, il serait donc remplacé par quelqu’un d’extérieur, de plus expérimenté, choisi sans lui. Carter décide donc que ce spin-off produit à l’initiative du studio et de la chaîne sera confié à Spotnitz, Gilligan et Shiban, qui écrivent le pilote et seront les showrunners de la série. Si X-Files est prolongée avec une nouvelle génération, ils auront acquis l’expérience pour que Carter puisse prendre du champ.

You know them from The X-Files

Nous sommes alors en janvier 2000 et le projet The Lone Gunmen devient officiel. Les communiqués de presse à l’attention des journalistes partent. Ceux-ci s’empressent d’aller poser des questions à Dean Haglund, Bruce Harwood et Tom Braidwood, alias Langly, Byers et Frohike. Invraisemblable : les trois acteurs… ne sont pas encore au courant ! Personne n’a jugé bon de les en avertir !

Peu importe les formes. Si The X-Files devait s’arrêter, la chaîne Fox tient un substitut, lancé dans la précipitation. Deux mois après cette annonce, Rob Bowman met en effet un point final au tournage de l’épisode pilote. Il s’agit d’un très mauvais X-Files bis, même s’il est devenu célèbre parce qu’il montre un projet terroriste visant à détourner un avion pour le faire percuter le World Trade Center, et qui s’avère en fait un inside job fomenté par le gouvernement. La série sera totalement reconceptualisée une fois commandée, pour devenir une comédie (assez balourde) qui ne trouvera son ton que dans les tous derniers épisodes de la première saison (juste avant d’être annulée).

L’année avance. Carter et Spotnitz abandonnent leur double-épisode événement de février et le remplacent par une histoire intime qui règle la question du sort de Samantha, la sœur de Mulder, après son enlèvement. Le final en trois parties est aussi abandonné. Il faut écrire et tourner un dernier épisode sans savoir si ce sera le dernier de la série ou pas, et si Duchovny acceptera de revenir dans la huitième saison, ou pas. En désespoir de cause, Chris Carter, qui a déversé sa mauvaise humeur dans le loner incroyablement cynique « Fight Club » [7×20] dans lequel Mulder et Scully finissent par se taper dessus, concocte une histoire qui ramène les deux agents sur les lieux de leur toute première enquête.

« Pendant sept ans, Chris a eu la fin de l’histoire en tête, » confie Frank Spotnitz. « Et de la manière dont les choses ont tourné, il n’a pas pu raconter cette histoire. Nous sommes allé dans une direction différente que ce que nous avions jamais imaginé » [Cinescape, août 2000].

Au printemps 2000, Doug Herzog est viré et remplacé par Gail Berman, ce qui simplifie les négociations en cours, mais ne change rien à la détermination de la chaîne : « de toute évidence nous sommes dans une phase de construction, » explique Berman. « Nous n’avons pas encore le prochain X-Files, alors un retour de la série est un atout maître pour la compagnie » [The X-Files: Fighting the Future, par Mike Flaherty, Entertainment Weekly, septembre 2000].

Carter informe la chaîne et le studio qu’il ne reviendra pas si Duchovny ne signe pas pour la saison 8. Et ce, malgré une année difficile dans sa relation avec l’acteur, dont il commence à parler pour la première fois. « Le procès a créé un certain nombre de rancœurs. Mais jusqu’à la fin, j’ai dit que je ne voulais pas le faire sans David » [‘The X-Files’: Fighting the Future, par Mike Flaherty, Entertainment Weekly, septembre 2000]. Ce n’est pas tant qu’il est résolument opposé à une sorte de The X-Files : nouvelle génération, mais pas comme ça. Pas avec un départ de Mulder impréparé, survenant entre deux saisons.

Fox peut-elle convaincre Duchovny ? Elle a quelques arguments. D’abord, le véritable attachement de l’acteur à ce rôle qui l’a fait star. « The X-Files a sa propre vie, sa propre identité de marque. Regardez NYPD Blue. Je serais un idiot si je vous disais ‘mon Dieu, c’est impossible qu’elle continue sans moi’. Bien sûr qu’elle pourrait continuer, si les histoires sont bonnes, si les réalisateurs sont bons. Je suis certain qu’ils engageraient un très bon acteur. Mais il y a une part de moi qui se retrouverait à la maison, à souhaiter avec ferveur que ce soit un échec. Je veux prendre soin de ce personnage pour être certain qu’il ne soit pas mal représenté. Je veux être loyal à ce personnage avec qui j’ai vécu et que j’ai aidé à créer » [Is David Duchovny leaving ‘X-Files’?, par Ken Parish Perkins, Fort Worth Star-Telegram, juillet 1999].

Paradoxalement, le procès en cours depuis aout 1999 est aussi un atout. La Fox peut conditionner un arrangement à l’amiable, qui revient à verser quelques millions à l’acteur, à son retour dans la saison 8. C’est ainsi que les choses se passent. Mi-mai 2000, la veille du jour de la présentation des programmes de rentrée, la Fox annonce que le procès a été résolu, et que David Duchovny reviendra dans la saison 8 de The X-Files, mais pour un nombre d’épisodes limités. Le communiqué contient une citation lapidaire de l’acteur : « je suis heureux que nous ayons pu trouver un accord qui me permet de rester partie prenante de The X-Files. Je suis impatient de reprendre le travail ».

« Au travers d’un arrangement incroyablement compliqué avec les agents et managers de David et le studio, il est disponible pour un certain nombre de jours de tournage ici et là, » explique Frank Spotnitz. « C’est ce qui permet d’avoir des épisodes avec Mulder avant son véritable retour, pour je crois six épisodes au total. C’est un deal étrange. Ils imaginent que ces jours de tournage devraient aboutir à une participation dans cinq épisodes plus des six dans lesquels il sera à temps plein. Mais cela sera peut-être plus, ou peut-être moins » [Frank Spotnitz tells the truth about the latest season of The X-Files, par Melissa Perenson, Science Fiction Weekly, 2000].

Une journaliste de Dreamwatch, Jenny Cooney Carillo, interroge Gillian Anderson : l’année dernière, vous m’avez juré qu’il était certain que vous ne reviendriez pas pour une huitième saison…

Photoshoot promotionnel pour la huitième saison

« Je crois qu’à cette époque, j’étais épuisée. C’était pendant la septième saison, et personne n’avais jamais pensé que cela irait plus loin que cinq saisons, ce qui semblait déjà extrêmement long. Alors envisager une huitième saison semblait impossible. Mais je supposes que pendant la pause, mes premières véritables vacances depuis des années puisque je n’ai pas tourné de film, j’ai commencé à parler avec Chris Carter de la saison 8, j’ai entendu son enthousiasme à propos du nouveau personnage qu’il avait créé, et le concept que cela pourrait être une bonne chose est entré dans mon esprit ». Mais Gillian Anderson n’a pas seulement accepté de tourner une huitième saison, elle s’est aussi réengagé pour une neuvième. « Arrivé à la fin de la cinquième année, il est devenu ridicule et inacceptable qu’il y ait une telle disparité [entre le salaire de Duchovny et le sien] alors nous avons fait en sorte d’y remédier. Mais nous nous sommes trouvés dans la situation où j’avais déjà signé pour la saison 8, et pas David qui était donc en bien meilleure position pour négocier. Il a accepté de faire une huitième saison en échange d’une somme qui lui semblait juste. Pour que j’ai une somme qui me semble juste, il fallait offrir une neuvième saison ».

Néanmoins, Gillian Anderson obtient d’autres avantages. Depuis la relocalisation du tournage à Los Angeles, sa fille partageait son temps entre cette ville et Vancouver où vivait toujours son père : trois semaines chez l’un, trois semaines chez l’autre. Mais alors que la petite Piper, six ans, était sur le point d’entrer à l’école élémentaire, il est décidé de fixer sa scolarité à un endroit : chez son père, à Vancouver. Gillian Anderson demande donc qu’on lui dégage du temps pour pouvoir lui rendre régulièrement visite. Ainsi, si Scully apparaît dans tous les épisodes de la saison 8, elle n’a qu’une poignée de scènes dans plusieurs d’entre eux – « Redrum » [8.06], « Via Negativa » [8.07] ou « The Gift » [8.11].

« C’est un sujet compliqué. Chris et les scénaristes veulent produire la meilleure série possible, et il y a une certaine formule pour que cela marche, dans une saison où l’on perd David pour la majorité des épisodes et où on introduit un nouveau personnage. Que soudainement Scully soit aussi absente de temps en temps était une contrainte compliquée, mais c’était vraiment nécessaire pour moi, et par chance ils ont été très généreux et ont fait beaucoup d’effort pour que cela soit possible que je passe davantage de temps avec elle » [The X-Files season 8, par Jenny Cooney Carillo, Dreamwatch 75, décembre 2000].

De leur côté, Chris Carter et ses scénaristes savent qu’ils vont devoir faire face à un autre défi : introduire un nouveau personnage principal dans l’univers de The X-Files, qui compense la mise en retrait de Mulder et puisse éventuellement porter une nouvelle époque de la série, si elle devait se poursuivre au-delà de la huitième saison…

Coire pour comprendre

Qui est le père de l’enfant de Scully ? Cette question perdurera toute la huitième saison, et ne trouvera sa résolution que dans le dernier épisode, « Existence » [8.21]. Encore que résolution mérite des guillemets, puisque la réponse est suggérée par un baiser échangé entre Mulder et Scully, plutôt que réellement énoncée.

Pourtant, à voir « Within », dans lequel Scully s’endort dans le lit de Mulder, le nez enfoui dans une de ses chemises, ou même la dernière scène de « Requiem » [7.22], le mystère semble facile à percer. Il sera épaissi ensuite, par l’introduction de multiples fausses pistes, notamment dans « Per Manum » [8.13]. C’est une technique habituelle de la mythologie. Et c’est une des principales raisons pour laquelle elle est, en réalité, bien moins compliquée qu’elle n’en a l’air. Car cet arc scénaristique déroute non pas par sa complexité, mais essentiellement parce qu’il est né d’une écriture originale, voire inédite.

La grossesse mystérieuse de Scully, au centre de la saison 8

Usuellement, une intrigue à mystère sera déroulée sur un mode linéaire. Les personnages font une découverte qui lève un coin du voile, ce qui les amène à une autre découverte. De proche en proche, en tirant sur le fil, ils parviendront à mettre à jour la totalité du secret.

On ne retrouve pas cette linéarité dans The X-Files. L’analogie la plus évidente serait celle d’un puzzle dont les pièces mélangées auraient été dispersées aux quatre vents. Lorsque Mulder, Scully et le téléspectateur découvrent une nouvelle pièce, celle-ci a donc toutes les chances de se situer sur une tout autre partie du tableau que la pièce dévoilée lors de l’épisode mythologique précédent. Le seul moyen de s’y retrouver est donc de parvenir à prendre suffisamment de recul pour percevoir l’image globale que les pièces dessinent. Au fond, on n’est pas loin d’un rebondissement de « Conduit » [1.04] : en regardant du bruit blanc diffusé à la télévision, le garçonnet au centre de l’épisode remplit des feuilles de séries de 0 et de 1 dont il est impossible de tirer le moindre sens. Mais, étalées sur le sol et replacée dans le bon ordre, l’ensemble des feuilles représente en fait le visage de la sœur enlevée du jeune garçon…

Cela dit, ce désordre est relatif : les scénaristes prendront ainsi l’habitude de d’abord exposer la pièce maîtresse, celle qui révèle le mystère, avant de dévoiler les autres qui, dès lors, ne serviront qu’à mieux semer la confusion. En plus de la grossesse de Scully, un autre exemple est l’arc de l’hybridation Humains / Extraterrestres. Nous sommes introduits à ce concept dès le tout premier véritable épisode mythologique de la série, « The Erlenmeyer Flask » [1.24]. Mais il nous faut attendre « Two Fathers » et « One Son » [6.11/12] pour saisir l’objectif final de ces travaux : c’est à dire la transformation d’un Humain en hybride par thérapie génique, comme exposé à la fin de la première saison. Les multiples clones hybrides intervenus dans la série entre ces deux épisodes sont en fait des déchets d’expérience, le produit des recherches scientifiques ardues menées pour parvenir à cet objectif final.

Pendant les cinq premières saisons, la compréhension par le téléspectateur des tenants et des aboutissants de la Conspiration n’était pas l’objectif des scénaristes. Dans la plupart de ces épisodes, la Conspiration est le canevas qui circonscrit les histoires dans un cadre précis et cohérent. Ces histoires, elles, sont inventées au fur et à mesure selon l’inspiration. C’est en ce sens qu’il faut comprendre les déclarations de Chris Carter à l’époque, expliquant que sans en connaître tous les détours, il connaît la manière dont se finira l’histoire racontée par la série. En attendant, les scénaristes s’amusent à un jeu dont eux-seuls détiennent les règles. En gros, on peut décrire ce cadre comme suit :

Les extraterrestres, habitants originels de la Terre, reviennent aujourd’hui pour la réclamer, la re-coloniser. Plutôt que de se lancer dans une lutte qu’ils estiment perdue, un groupe d’hommes du gouvernement, le Syndicat, envisage d’obtenir leur survie par la collaboration. Les aliens leur confient la charge de préparer les moyens par lesquels ils coloniseront la Terre. De plus, ils doivent concevoir une lignée d’hybrides des races humaines et extraterrestres, grâce à une méthode fournie par les aliens. Ces hybrides, immunisés contre l’Huile Noire, leur permettront d’être épargnés par le repeuplement de la planète. Mais les extraterrestres ne font pas confiance aux collaborateurs, ils les obligent, pour s’assurer de leur fidélité, à leur livrer chacun un membre de leur famille, qui feront partie des principaux cobayes des expériences génétiques – et que les extraterrestres pourront retrouver et enlever à tout moment grâce à un implant.

Ce manque de confiance est justifié : dans le plus grand secret, un second projet existe : celui d’une véritable résistance par la création d’un Vaccin contre la l’Huile Noire, qui permettrait de sauver non pas seulement quelques leaders autoproclamés, mais toute l’humanité…

On le voit dès la simple exposition des faits grossièrement résumés : déjà trois lignes parallèles existent. Les recherches sur l’hybridation, les préparatifs de la colonisation, le projet secret de résistance. A l’intérieur de chacun de ces axes une multitude d’histoires est possible.

Les hybrides japonais de l’épisode 731

Premier exemple : « pour effectuer les recherches sur l’hybridation, les Conspirateurs ont réuni les meilleurs spécialistes mondiaux. Notamment les scientifiques qui se sont ‘‘illustrés’’ pendant la seconde guerre mondiale. Mais alors qu’une équipe Japonaise parvient pour la première fois à générer un être effectivement immunisé contre le virus extraterrestre, ils décident de trahir le Syndicat pour faire profiter leur pays de leur succès. » Cette intrigue sert de base au double-épisode « Nisei » et « 731 » [3.09/10]. On peut se faire une idée à la fois de la cohérence de la série et de l’impossibilité de réellement comprendre ces épisodes à leur premier visionnage en rappelant que l’Huile Noire, le virus extraterrestre, ne sera introduite que plus tard dans la troisième saison – et il faudra attendre Fight the Future pour réellement comprendre le rôle central qu’elle joue.

Second exemple : « afin de mener à bien les recherches sur un vaccin, les scientifiques ont besoin d’Huile Noire, présente sur Terre dans certains cratères de météorites qui l’ont importée depuis mars il y a des millions d’années. Le trafic international du Virus est lourd d’enjeux, et n’est pas sans causer des incidents. Une sorte de nouvelle guerre froide oppose le Syndicat et ses alliés à l’ex-Union Soviétique tout entière dévouée au projet de résistance. » Ici, on retrouve la base de « Tunguska » et « Terma » [4.09/10].

Le nombre d’histoires possibles dans ce cadre n’est pratiquement limité que par un seul facteur : la patience du téléspectateur ! Quand vient le moment de concevoir l’adaptation cinématographique de la série, qui sortira sur les écrans entre les saisons 5 et 6, Chris Carter sait qu’il est en train d’atteindre les limites de cette patience. A dire vrai, il l’a peut-être déjà dépassée pour ce qui concerne le grand public et une partie de la critique. Fight the Future est donc conçu comme un moyen de fournir une salve très importante de réponses sur les origines, le fonctionnement et le but de la conspiration.

Cet arc, initié dans la cinquième saison par le double épisode « Patient X » – « The Red and the Black » [5.13/14] et prolongé par « Two Fathers » et « One Son » [6.11/12] renoue avec une forme de narration plus traditionnelle, de cause à effets. Une nouvelle phase de l’arc mythologique de la série est conçue pour conduire à la conclusion de la série à la fin de la saison 7. Mais plus rien ne se passera plus comme prévu.

Pire, les changements se produiront sans préavis suffisant pour permettre à Chris Carter et Frank Spotnitz de les anticiper correctement. Ainsi, le prolongement de la série sur sept plutôt que cinq saisons avait été intégré par les deux concepteurs de la mythologie deux ans à l’avance, ce qui leur avait permis d’opérer une transition pratiquement invisible.

La mythologie de la septième saison est le résultat d’improvisations totales plus ou bien maîtrisées, destinées à tenter de camoufler que strictement rien ne se passe après le second épisode de l’année. La huitième saison, elle, dispose d’une mythologie renouvelée et dans l’ensemble très réussie, même si elle souffre de certains handicaps. De Krycek et Marita Covarubias, Chris Carter disait, pendant l’été avant de lancement de la saison 8 : « ils sont des agents libres maintenant. Et ils ne sont plus nécessairement les meilleurs amis du monde. Mais je crois qu’ils vont maintenant devenir les principaux acteurs dans ce qui sera peut-être le rétablissement d’une conspiration ». Mais cet été-là, Laurie Holden tourne The Majestic (Frank Darabont, 2001) avec Jim Carrey, dont elle est persuadée qu’il va faire d’elle une star de cinéma. Elle refuse de reprendre le rôle de Covarrubias dans la huitième saison. A son tour, Nicholas Lea demande à ce que le personnage de Krycek soit supprimé à la fin de l’année. Un potentiel formidable duo d’antagoniste est mort-né, ce qui participe à une certaine confusion de la dernière époque de la mythologie, qui change de méchant  à chaque épisode, ou presque.

La fin de Krycek trahit l’engagement du personnage en faveur de la résistance aux extraterrestres. Elle renforce le sentiment que les développements mythologiques de la huitième saison sont refermés sur eux-mêmes, qu’ils fonctionnent en vase clos.

La neuvième saison est lancée, après un nouvel été incroyablement chaotique en coulisse, sans que les auteurs aient pu réfléchir sérieusement à la mythologie. Ils se contentent donc de broder sur deux ou trois questions inventées l’année précédente et qui étaient restées sans réponse.

Cet arc scénaristique si ambitieux se conclu finalement par une énième et poussive séance d’explications complètes dans « The Truth » [9.19/20]. L’objectif était à la fois de convaincre un monde incrédule – qui n’en a plus rien à faire depuis longtemps – que les scénaristes n’ont pas livré une histoire sans queue ni tête, et de faire table du rase du passé afin d’aborder le plus sainement possible un éventuel prolongement cinématographique de la série, désiré par Chris Carter. Le résultat sera surtout une fin de série incroyablement anti-climatique et dénuée d’émotions (dont les auteurs de Lost s’influenceront pour en prendre le contre-pied total, et à pousser le curseur trop loin dans l’autre direction !)

 

Continuité

« Within » marque la première apparition de l’agent John Dogget, chef de l’unité spéciale chargée de la chasse à l’homme pour retrouver Mulder, ainsi que de son collègue l’agent Crane.

L’ancien directeur adjoint Kersh, patron de Mulder et Scully dans la sixième saison, quand ils avaient été éjectés des affaires non-classées, est promu directeur délégué et devient donc le nouveau supérieur hiérarchique de Skinner et un antagoniste au sein du FBI, maintenant que Skinner a vu un OVNI et pris fait et cause pour les théories de l’agent Mulder.

 

Mythologie

Si personne n’a pu prouver l’existence des extraterrestres après toutes ces années, ce n’est pas seulement à cause des démentis plausibles inventés par le Syndicat. Les aliens eux-mêmes se chargent de faire disparaître les traces de leur passage, en utilisant leurs Alien Bounty Hunter. Mulder et de nombreux abductés ont été enlevés parce que les expériences qu’ils ont subies font d’eux des preuves vivantes. Jusque-là le Syndicat avait réussi à dissimuler aux colonisateurs les traces de ces expériences destinées à fabriquer un vaccin contre l’Huile Noire. Maintenant que cette organisation a disparu, les extraterrestres ont visiblement mis ces projets à jour et décidé de reprendre les choses en main.

Pour la même raison, ils visent Gibson Praise, autre preuve génétique de l’existence des extraterrestres, que nous avions vu pour la dernière fois dans une centrale Doggett est mené à Gibson Praise par un mystérieux informateur qui dévoilera son visage plus tard…

Esquisses de production pour Within

Les enlevés sont soumis à de véritable séances de tortures qui semblent les laisser pour morts, dans un objectif qui sera clarifié dans la suite de la saison.

La deuxième partie de cette intrigue clarifie que les Chasseurs de Primes Aliens sont des clones, fabriqués à partir du leader des Rebelles Sans Visages, comme cela avait été suggéré dans « Patient X » et « The Red and the Black ». C’est la dernière fois qu’on les voit apparaître, alors que les extraterrestres sont en train de réactiver leur premier plan d’invasion, celui que la collaboration avec le Syndicat avait rendu moins utile : une autre forme d’unité d’infiltration, les Réplicants, qu’on nous entendrons le plus souvent désignés par le nom que leur assigne le sceptique Dogget : les Super-soldats.

Facilité un peu regrettable rendue nécessaire par le jeu de cache-cache en huis-clos de cet épisode: dans les épisodes précédents, les Métamorphes pouvaient changer leur visage et leur corps, mais pas leur vêtements, ce qui était drôlement plus réaliste.

 

Production

« Beaucoup de choses sur X-Files ont fonctionné parce qu’il fallait qu’elles fonctionnent. Je pense que créativement, Chris et Frank étaient vraiment bons pour ça, pour répondre aux contraintes et aux problèmes. David va quitter la série, que faire pour la garder en vie ? » explique le réalisateur Kim Manners [Commentaire audio de l’épisode Within, coffret The X-Files Mythology vol. 4 Super Soldiers, 20th Century Fox, 2005].

Kim Manners prépare la première scène de Doggett avec ses deux acteurs

Devant l’association des critiques de la télévision, alors que Carter est en train d’écrire le scénario de ces deux épisodes d’ouverture, il explique : « je crois sincèrement que Mulder et Scully sont la raison – que David et Gillian sont la raison du grand succès de la série. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas menacer le paradigme, qu’on ne peut pas menacer le modèle, qu’on ne peut pas mettre en danger la relation. En fait, je crois qu’il faut le faire de temps en temps, sans quoi vous allez avoir une série très ennuyeuse, particulièrement quand vous avez deux personnages qui, maintenant, se sont embrassés » [Conférence devant la Television Critics Association, Pasadena, CA, 20 juillet 2000].

Chris Carter, aidé des autres scénaristes, commence par dessiner le profil du nouveau personnage, qu’il veut différent de Mulder en particulier, mais plus généralement des autres personnages de la série. « C’est un ancien officier de police de New York, » explique Frank Spotnitz. « Un col bleu qui a gravi les échelons pour devenir un agent du FBI aux états de service excellents. C’est une approche beaucoup plus criminelle des X-files, plutôt qu’une approche scientifique. Cela change toute la dynamique de la série » [Cinescape, aout 2000]. Alors que Mulder avait des diplômes d’études supérieures impressionnant, et que ce personnage renversait les clichés de genre selon lesquelles l’intuition et la croyance aux possibilités extrêmes sont des caractéristiques plus féminines, le nouvel agent est un enquêteur de terrain, masculin, presqu’un peu macho.

Sa présence contribue aussi à faire évoluer les autres personnages. Skinner, qui a assisté à l’enlèvement de Mulder, est désormais dans le camp de ceux qui croient. Et, en l’absence de Mulder, Scully se sent obligée de se faire l’avocate de son point de vue, et devient elle-même une croyante en partie malgré elle-même. « C’est extrêmement compliqué, » continue Spotnitz. « C’est l’équivalent d’une opération du cerveau pour une série télé. Scully n’arrive à une explication paranormale qu’en dernier ressort, quand la science l’abandonne, quand elle a épuisé toutes les théories réalistes, alors elle ose avancer une théorie que Mulder aurait proposé dans le premier acte d’un épisode les années précédentes » [Frank Spotnitz tells the truth about the latest season of The X-Files, par Melissa Perenson, Science Fiction Weekly, 2000].

Au début de la huitième saison, l’agent John Doggett prend forme…

La deuxième étape est de donner un nom au nouveau venu. « Le nom de Scully est un hommage à Vin Scully, » explique Chris Carter. « Et j’ai pensé longtemps au nom de ce personnage. J’avais des possibilités intéressantes. Je me tourne souvent vers mon enfance pour les noms. Beaucoup d’amis du lycée m’ont appelé pour me remercier d’avoir fait d’eux des morts dans The X-Files ! Alors j’ai repensé à des gens avec qui j’ai grandit et que j’aimais, des gens que j’ai admiré et dont je me demandais ce qu’ils étaient devenus aujourd’hui. Et soudain, alors que je cherchais un bon nom des classes ouvrières, un qui collerait, celui de Doggett m’est venu parce que chaque soir, pendant une grande partie de l’année, j’écoutais les retransmissions de l’équipe des Dodgers avec ma mère. Et Jerry Doggett était le co-commentateur des Dodgers avec Vin Scully. Au début, je me suis dit que c’était peut-être un peu trop mignon et réfléchi, mais j’aimais bien ce nom. Je pense qu’il colle et maintenant c’est décidé » [Conférence devant la Television Critics Association, Pasadena, CA, 20 juillet 2000].

Le casting du nouvel acteur principal est un processus complexe. « C’était une grosse décision qui impliquait la chaîne et le studio, » explique Frank Spotnitz. « Tout le monde y avait intérêt parce qu’il s’agit de la préservation de la série – ils veulent vraiment qu’elle continue après la huitième saison, pour une neuvième et au-delà. Cela a été un processus de casting massif. Des centaines de noms ont été évoqués, et nous avons vu des douzaines d’acteurs. Beaucoup de gens très bien » [Frank Spotnitz tells the truth about the latest season of The X-Files, par Melissa Perenson, Science Fiction Weekly, 2000].

Bruce Campbell est considéré comme une possibilité, mais il est sous contrat avec une autre série, Jack of All Trades, qui n’est pas encore officiellement annulée. « Je ne peux accepter aucun travail à la télé avant le 23 septembre, qui est leur date limite pour renouveler la série, » expliquait Campbell. « J’ai essayé d’avoir le rôle dans The X-Files mais légalement, je ne pourrais pas l’accepter même s’ils me l’offraient. Je ne suis pas disponible légalement. J’avais fait un épisode de X-Files auparavant, et je crois qu’ils s’en souvenaient. C’était bien que ce soit envisagé. Même si vous n’avez pas le rôle, c’est agréable d’avoir participé à la fête » [An Interview with Bruce Campbell, par Ken P., IGN, décembre 2002].

Au moment du dernier round, on trouve aussi Lou Diamond Philipps. Mais c’est finalement Robert Patrick, connu pour Terminator 2 et qui venait de jouer dans plusieurs épisodes de Sopranos, qui décroche le rôle. « Il y a une coïncidence là-aussi. Son frère, qui est le chanteur du groupe Filter, a fait deux chansons pour The X-Files, pour deux albums différents (Songs in the key of X et The X-Files : the album). Alors il y a une connexion familiale qui est intéressante » [Conférence devant la Television Critics Association, Pasadena, CA, 20 juillet 2000].

« Cela faisait cinq ans que j’essayais de trouver un rôle à la télévision, » explique Robert Patrick. « Alors je cherchais activement pendant la saison des Pilotes, sans idées sur ce qui pourrait se présenter. Quand ceci est arrivé, je n’ai pas hésité. C’est une série formidable. J’avais rencontré Chris auparavant. Je pense que c’est un scénariste génial et que la série est unique » [Hasta la Vista, par Jenny Cooney Carillo, Dreamwatch, octobre 2000]. Patrick avait d’ailleurs signé pour tourner un pilote de série pour le studio Paramount, L.A. Sheriff’s Homicide. Mais aucune chaîne n’avait voulu le commander, alors Paramount accepter de libérer Patrick plus tôt que ce que prévoyait le contrat.

Ecrire « Within » revient essentiellement à écrire un nouveau pilote. Les scénarios, avant qu’un titre soit trouvé, portent même cette mention, « second pilote ». Et si Chris Carter excelle à une chose, c’est bien à écrire des pilotes. Des trois qu’il a signés dans les années 90, celui de X-Files est celui qui a le plus mal vieilli, et il constitue malgré ça un spectacle très réussi, même encore aujourd’hui.

Avec succès, « Within » redéfini les personnages et leur position les uns par rapport aux autres.

L’introduction de Doggett est parfaite. Sans se présenter, il interroge Scully en prétendant qu’il connaissait Mulder, et que peut-être elle ne le connaissait pas aussi bien qu’elle le pensait. Comprenant rapidement qui il est, Scully lui jette son verre d’eau à la figure. « Cette eau qui coulait sur son visage, ce n’était pas un problème parce que c’était ce que tous les fans voulaient voir arriver, » explique l’acteur. « Chris et Frank l’ont fait pour eux » [The truth about season 8, coffret DVD saison 8, 20th Century Fox Home Video, 2002].

Cette scène, qui avait déjà servi pour les auditions devant Carter et les exécutifs de Fox, fut la toute première tournée par Robert Patrick, et donc son premier travail avec Gillian Anderson. « Nous avons eu très peu de temps pour parler avant, elle et moi, et je me rappelle être si excité et si nerveux. Je n’avais pas été aussi nerveux dans mon travail d’acteur depuis très longtemps. Je savais que les enjeux étaient forts. Mais Gillian était vraiment bien pour me mettre à l’aise » [Commentaire audio de l’épisode Within, coffret The X-Files Mythology vol. 4 Super Soldiers, 20th Century Fox, 2005].

Ces enjeux n’avaient pas échappé au réalisateur Kim Manners. « Cela faisait des années que je réalisais, et j’étais terrifié par cette scène. Il fallait trouver comment la faire. Je me rappelle la répéter et la répéter encore, et ensuite appeler Chris pour qu’il vienne voir. Il a dit qu’il l’aimait, il a fait quelques ajustements » [Commentaire audio de l’épisode Within, coffret The X-Files Mythology vol. 4 Super Soldiers, 20th Century Fox, 2005].

Dans le désert Californien, pour Without

Au moment où il rejoint la série, la femme de Robert Patrick, Barbara (qui apparaîtra dans la neuvième saison dans le rôle de l’ex-femme de Doggett) est enceinte de neuf mois et sur le point d’accoucher. L’événement se produit pendant le tournage de ce double épisode, la première fois que deux épisodes de X-Files sont crossboardés ensemble et filmés par le même réalisateur en même temps. « Nous étions pas loin de San Diego quand le travail de ma femme a commencé, » se souvient Robert Patrick. Le tournage se déroulait en effet dans le parc national du désert d’Anza Borego, en Californie. « On s’inquiétait de savoir s’il faudrait faire venir un hélicoptère pour que je rejoigne Los Angeles à temps, mais tout le monde sur la série a vraiment fait le maximum pour que je suis avec ma femme dans ce moment, et cela a été le cas » [Hasta la Vista, par Jenny Cooney Carillo, Dreamwatch, octobre 2000]

L’arrivée de Robert Patrick implique de modifier le générique de la série. « Nous n’avions jamais retouché le générique avant la huitième saison. C’était presque de la superstition, mais cela nous a semblé être aussi une façon de refléter où en était la série. Nous avons ajouté des images à la fin, qui suggéraient la grossesse de Scully et évoquaient d’une manière abstraite l’absence de Mulder » explique Frank Spotnitz, complété par Chris Carter : « cela semblait un sacrilège de le changer, même s’il semblait un peu daté. Evidemment, cela nous a apporté un torrent de protestations » [The truth about season 8, coffret DVD saison 8, 20th Century Fox Home Video, 2002]. Dans leur volonté de mélanger l’ancien, effectivement daté, et le nouveau, les producteurs proposent un générique hybride bizarre, effectivement assez raté. Un générique inspiré de l’ancien, mais entièrement nouveau, et lui très réussi, sera réalisé pour la neuvième saison.

Un autre moyen d’évoquer l’absence de Mulder est la musique. Pour la première fois, Mark Snow compose un thème de personnage, entendu à plusieurs reprises au fil de la huitième saison, jusqu’au retour de Mulder. Pour le producteur Paul Rabwin, « Mark Snow a composé quelque chose dont je pensais que c’était une des meilleures choses qu’il avait jamais faites ». Chris Carter explique les intentions qui ont mené à cette composition : « nous voulions quelque chose qui serait le thème de Scully, un musique qui accompagnerait Gillian dans ce parcours qu’était la perte de Mulder ». Le compositeur Mark Snow avait brillamment relevé se défi : « Il fallait refléter l’aliénation de Scully, sa solitude et sa peur, » commentait-il. « J’ai pensé à utiliser un solo de voix féminine. Au début, elle chantait ‘we are near’, mais Chris a suggéré qu’on ne puisse pas comprendre les mots, d’en faire un son isolé » [The truth about season 8, coffret DVD saison 8, 20th Century Fox Home Video, 2002]. Dans une saison controversée, le thème de Scully fut l’un des éléments qui recueilli une large approbation chez les fans.

Plusieurs jours de tournage sont prévus dans le désert, et l’équipe doit affronter une vague de chaleur. « Il faisait 125, 130 degrés Fahrenheit (soit plus de 50 degrés Celsius !). Il faisait vraiment chaud. Même la nuit, qu’on attendant avec la plus grande des impatiences, cela n’est jamais descendu en dessous de 100 degrés Fahrenheit (35 degrés Celsius), » explique le directeur de la photographie Bill Roe [The truth about season 8, coffret DVD saison 8, 20th Century Fox Home Video, 2002]. Cette chaleur rend compliquée le tournage de la scène dans laquelle Mulder est étendu sur le sol après sa chute, au début de « Without » : les roches du désert son brûlantes. Il faut allonger l’acteur sur une couverture couleur pierre (sans rire, des fans de Duchovny décriront ce moment comme une autre preuve de la volonté des scénaristes de torturer l’acteur).

Un arrière plan d’Alien (à gauche) discrètement présent dans X-Files (à droite)

De la torture de Mulder, prisonnier des aliens, il y en a à l’écran. Pour quasiment la seule fois de la série, les décorateurs doivent fabriquer l’intérieur d’un vaisseau spatial, ce à quoi s’attelle la production designer Corey Kaplan : « On voit beaucoup de technologies super-avancées, maintenant. L’idée de quelque chose de low-tech me semblait plus intéressant. C’était plus riche visuellement de jouer avec des éléments comme la pierre, le fer, de leurs faire prendre des formes intéressantes. J’ai pu récupérer un fond de décor d’Alien (un film produit par 20th Century Fox, comme la série) que Bill Roe a placé derrière et éclairé de façon très minimaliste » [The truth about season 8, coffret DVD saison 8, 20th Century Fox Home Video, 2002].

Cet épisode est dédié à la mémoire de Jim Engh, mort après un drame sur le tournage. Engh et six autres personnes présentes sur un échafaudage ont été électrocutées après qu’une ligne électrique ait touché la structure, alors que les techniciens préparaient l’équipement qui créerait la pluie battante à l’extérieur de l’immeuble de Mulder pour la scène tournée quelques jours plus tard de Scully qui court après une présence dans les couloirs.
Le bilan : Une redéfinition de la série plutôt brillante, qui cherche à développer émotion et atmosphère, au plus près de ses personnages. Les épisodes de début de saison de The X-Files étaient rarement très réussis, et « Within » est clairement une des exceptions à cette règle. A l’image, finalement, d’une huitième saison très solide, de loin supérieure à la précédente, et qui vaut bien mieux que sa réputation.

 

X-Files en 20 épisodes

Volet 1: Pilot (Nous ne sommes pas seuls) [1×00]

Volet 2: Ice (Projet Arctique) [1×07]

Volet 3: The Erlenmeyer Flask (Les Hybrides) [1×23]

Volet 4: Sleepless (Insomnies) [2×04]

Volet 5: One Breath (Coma) [2×08]

Volet 6: Humbug (Faux-frères Siamois) [2×20]

Volet 7: D.P.O. (Coup de foudre) [3×03]

Volet 8: Paper Hearts (Cœurs de Tissu) [4×10]

Volet 9: Never Again (Jamais Plus) [4×13]

Volet 10: Kill Switch (Clic Mortel) [5×11]

Volet 11: The Pine Bluff Variant (Les Nouveaux Spartiates) [5×18]

Volet 12: Triangle [6×03]

Volet 13: Milagro (A Cœur Perdu) [6×18]

Volet 14: The Unnatural (Le Grand Jour) [6×19]

Volet 15: The Sixth Extinction II: Amor Fati (La Sixième Extinction 2) [7×02]

Volet 16: all things (Existences) [7×17]

Volet 17: Within (Chasse à l’Homme 1) [8×01]

Volet 18: Roadrunners (Un Coin Perdu) [8×04]

Volet 19: Audrey Pauley [9×11]

Volet 20: Release (Clairvoyance) [9×17]

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