XIII : mouais (diffusion le VI sur la IV)

XIII : mouais (diffusion le VI sur la IV)

Bon. J’ai vu XIII, le téléfilm en deux parties que Canal plus diffusera le 6 octobre prochain, à 20h50. C’est toujours rigolo de mater une fiction au tournage de laquelle on a pu assister. Au moment de la dite scène de lutte entre XIII et le tueur La Mangouste (voir post précédent), je nous imaginais mes confrères et moi, présents le jour du tournage de cette séquence, hors champ planqués derrière un moniteur emmitouflés dans nos doudounes, assistant pour de vrai à l’action (c’est bon là, le Plissken, il l’a bien casée sa petite phrase du mec qui se la raconte ?)

Bon et sinon, c’est comment XIII ?

N’étant pas du tout un fervent lecteur de la BD de Vance et Van Hamme (19 albums, ça m’a gavé, j’avoue, votre Honneur), cette critique se basera uniquement sur mon ressenti en tant que téléspectateur. Je ne ferai aucune comparaison avec le matériau d’origine, qui n’était pas vraiment ma tasse de viandox.

En fait, le premier qualificatif qui me vient à l’esprit est : scolaire. Et sans saveur. Pas nul, hein, mais voilà, sans saveur. La prod’ (Cipango pour la France, Prodigy pour le Canada) a voulu faire de XIII un croisement entre Alias et Les Experts, dont la photo est ici copieusement pompée.

En fait, c’est toute la patte chromatique des productions Bruckheimer, histoire de « faire cinéma » j’imagine, qui est reproduite. A l’excès : la moindre scène est bardée d’éclairages ultra chiadés, directement sur le plateau ou à l’étalonnage avec moult filtres et désaturation. Ha ça, on ne peut pas dire que ce ne soit pas joli à l’écran, pour sûr ! C’est, en fonction du contexte, bleuté, mordoré, ocre, nimbé dans des halos de lumière diffuse ou surchargé de contre jours… Même dans la boutique photo du personnage de Sam (Caterina Murino, excellente. Non, je blague), on a l’impression d’être dans un clip ou un film de Tony Scott. Et c’est absurde. D’abord parce que, me semble-t-il, le parti pris visuel de la BD était justement la sobriété, le réalisme. Ensuite parce qu’ici, ça fait toc. Too much. Superficiel. Oeuf en gelée (c’est un joke clin d’oeil aux Nuls, mais si c’est drôle allez…).

Trop occupés à soigner leur vernis, les instigateurs de ce XIII ont oublié l’essentiel : écrire des personnages. Parce que là, les personnages, votre Honneur, on s’en tamponne royalement la baraque à frites (je ne sais pas pourquoi, j’ai une subite envie de pommes de terre). A commencer par XIII, interprété avec force froncements de sourcils et crispation de mâchoire par Atchoum Dorff (son vrai prénom c’est Stephen, mais j’aime bien le charrier sur sa taille. Je sais c’est petit. Petit… ha ha !). Stephen, jadis impressionnant en vampire décadent et sanguinaire dans Blade, n’est pas crédible pour deux sous en machine à tuer aux abois. Il suffit de comparer sa prestation à celle de Matt Damon dans les « Bourne » pour vertiginer sévère devant le gouffre qualitatif qui sépare les deux acteurs. Quoi, pas fair play la comparaison ? Après tout, la BD s’inspirait bien en partie des aventures littéraires de Jason Bourne, alors j’ai le droit !

On ne s’attache pas à XIII ni à son destin. Nulle compassion son destin tragique ne nous inspire, pas plus qu’on n’éprouve de haine ou de crainte envers ses ennemis. La Mangouste (joué par Val « je cachetonne pour financer mes activités associatives au Nouveau Mexique » Kilmer) devrait être un tueur « badass » monstrueux, il est juste un sniper aux petits pieds qui crèvera comme une merde après une poignées de scènes sans relief.

Et les autres seconds rôles ?

Tous fadasses, and I mean aussi bien les acteurs que leurs personnages aussi épaix qu’une tranche de jambon maigre. A l’exception peut être du canadien Stephen McHattie, fine lame des seconds couteaux US qui semble intéresser davantage les cinéastes ces derniers temps (il était l’un des deux tueurs massacrés par Viggo Mortensen au début de History of Violence de Cronenberg ; on le verra à l’affiche du Watchmen de Zach Snyder, prévu pour le 18 mars 2009 en France).

La violence dans XIII ?

Réduite au strict minimum. Les bastons ? Ok, c’est pas mon métier, je ne veux pas critiquer, je constate juste ce que je vois à l’écran : surdécoupées et brouillonnes. Celles de la trilogie Bourne sont fichtrement plus couillues ! La cantine pendant le tournage ? Je me souviens que c’était super bon, donc ne chargeons pas trop la barque non plus… Maiiiiiiiis je vois que cette critique s’éternise presque autant qu’un épisode de Barnaby donc pour résumer : XIII, c’est pas foncièrement raté ni honteux, on sent la volonté de bien faire et, si les audiences internationales sont bonnes, peut être que la série télé future à laquelle rêvent les producteurs sera de bonne facture.

En l’état, ce téléfilm introductif ne s’élève hélas guère au delà de sa condition de produit de consommation courante ultra formaté, certes joliment carrossé mais dont le moteur ne fait guère d’étincelles.

End of (courroie de) transmission
Partager