Yakuza 6: The Song of Life – Le Repos du Guerrier

Yakuza 6: The Song of Life – Le Repos du Guerrier

Note de l'auteur

Sorti il y a déjà plus d’un an au Japon, Yakuza 6: The Song of Life débarque enfin dans nos contrées occidentales. Très attendu par les fans, ce dernier épisode marque la fin d’une véritable légende et icone vidéoludique. Reconnaissable rien que par son ombre menaçante, Kazuma Kiryu est devenu au fil des opus l’un des personnages les plus charismatiques et intéressants du petit grand monde du jeu vidéo. Mais c’est avec cet ultime épisode que notre yakuza préféré rejoint enfin le panthéon des (antis) héros pixélisés. Conclusion d’une longue et épique saga commencée sur PS2 il y a plus de treize ans, Yakuza 6 offre à Kiryu un touchant dernier tour de piste avant un repos bien mérité. 

 

Le Chant du cygne

Après Yakuza 0 (critique ici) qui nous avait embarqués dans une surprenante et excellente origin story dans les années 80, ce nouveau chapitre prolonge enfin l’histoire de Yakuza 5 sorti sur PS3 en 2012. Nous retrouvons comme d’habitude un Kiryu en mauvaise posture qui se fait embarquer par la police suite à une énième mésaventure. Direction la prison pour l’ex-yakuza qui va devoir purger sa peine pendant trois ans. Pendant son incarcération, sa fille adoptive Haruka Sawamura décide de laisser tomber sa carrière d’idole de la chanson pour s’occuper à temps plein de l’orphelinat de Kiryu à Naha près d’Okinawa. Mais constamment harcelée par les médias et ces satanés paparazzis sur son lien avec Kiryu et la pègre nippone, Haruka doit quitter l’orphelinat pour protéger les enfants d’une tempête médiatique. Elle retourne à Tokyo dans le quartier chaud de Kamurochô et disparaît ensuite des radars.

Les trois années sont passées, nous voilà en 2016 et Kiryu sort enfin du placard. Fatigué, Kiryu-chan veut enfin se ranger et pouvoir siroter sa bière en paix. Homme au grand cœur, il prévoit même de s’occuper de l’orphelinat et d’aider les enfants. Mais la malchance n’en a pas fini avec le légendaire Dragon de Dojima. À sa sortie, il apprend que Haruka est dans le coma à l’hôpital suite à un accident de voiture qui ressemble un peu trop à une tentative d’assassinat. Et le pauvre Kiryu n’est pas au bout de ses surprises. Au chevet d’Haruka, il fait la connaissance de son petit-fils, un bébé joufflu d’un an répondant au nom de Haruto. Papi Kiryu décide alors de prendre en charge son petit-fils au nez et à la barbe des services sociaux venus le chercher. Mais le Dragon de Dojima n’est pas content et il ne va pas hésiter entre deux sessions improvisées de baby-sitting à casser des dents pour avoir des réponses à ses questions : qui a essayé de tuer Haruka et pourquoi ? Et qui est le père du petit Haruto ?

L’histoire principale de Yakuza 6 est complètement folle et vous tiendra en haleine pendant au moins une vingtaine d’heures. Le scénario soulève de nombreuses questions de société intéressantes, surtout si le joueur est un minimum familier avec la culture japonaise. À travers le bébé Haruto, ce sont les concepts de paternité et des responsabilités qui sont abordés tandis que le personnage de Kiryu symbolise un Japon old school qui disparaît peu à peu. Même s’il reste profondément ancré dans ses traditions, le pays du Soleil-Levant connaît aujourd’hui d’importants changements. Cela se reflète parfaitement dans le jeu à travers les mutations du monde impitoyable du crime organisé. Autrefois entre les mains exclusives des puissantes familles Yakuzas régies par un strict code d’honneur, la criminalité est chamboulée par l’arrivée des violentes triades chinoises et mafias coréennes. En dehors de la trame principale, les nombreuses side stories que vous pouvez faire via les quêtes annexes sont également toutes aussi bonnes et souvent hilarantes. Globalement, la série Yakuza a toujours bénéficié d’une superbe qualité d’écriture et ce nouvel opus ne fait pas exception à la règle.

Si vous n’êtes pas familier avec la licence et que vous venez de commencer une partie, ne paniquez surtout pas ! Oui, l’introduction étonnamment longue est tout à fait normale. Comme de nombreux titres venant du Japon, Yakuza 6 possède une narration qui diffère quelque peu de notre modèle occidental (pour en savoir plus, je vous invite à lire la critique de Persona 5 ici). Par exemple, il n’est pas rare de passer en un bref instant d’un moment profondément triste et dramatique à une situation complètement absurde et comique. Cet improbable mélange des genres est commun à tous les Yakuza (et la plupart des jeux japonais), mais cet effet est encore plus prononcé dans cet opus. Les Yakuza sont aussi connus pour être extrêmement bavards, d’autant plus que pour la première fois absolument tous les dialogues du jeu sont doublés. J’espère donc que vous n’avez rien contre les longues cinématiques et autres cut-scenes, puisque Yakuza 6 peut facilement tenir la comparaison avec un certain Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots de Kojima-sensei. Heureusement, ces séquences bénéficient d’une mise en scène digne du septième art, d’un doublage de très haute qualité ainsi que d’un casting AAA avec des superbes acteurs tels que Takeshi Kitano (Hana-Bi, Violent Cop, L’Été de Kikujiro), Tatsuya Fugiwara (Death Note, Battle Royale) et Shun Oguri (Crows Zero).

 

Pas de révolution

Au niveau du gameplay, Yakuza 6 n’est clairement pas là pour révolutionner la série. Kiryu n’a jamais fait dans la dentelle et excelle comme à son habitude dans le déboîtage de mâchoires. Les combats sont toujours aussi nerveux même s’ils ont été un poil simplifiés. Pour un peu plus de réalisme, les développeurs ont préféré ne conserver qu’un seul style de combat contre les trois présents dans Yakuza 0. On y perd un peu en variété, ce qui est dommage même si ce changement pourra être bénéfique aux néophytes de la licence. Les Heat Actions, ces finish moves sanglants dignes de Mortal Kombat, sont de retour mais facilitent beaucoup trop l’issue de certains combats. Au final, même s’il présente quand même quelques subtilités dont l’utilisation du décor, le système de combat de ce nouveau Yakuza se résume comme d’habitude à un beat’em all résolument arcade, violent, parfois répétitif mais terriblement jouissif.

Yakuza 6 n’oublie évidemment pas les mini jeux caractéristiques de la saga et propose de nombreuses activités annexes. Même si l’offre est un peu moins généreuse que dans Yakuza 0, je tiens à saluer l’effort du studio qui nous propose des nouveautés à chaque opus. Au menu de celui-ci, nous avons : coach d’une équipe de baseball, fléchettes, karaoké, mah-jong, plongée sous-marine pour chasser des requins et bien d’autres encore. Les bornes arcades dans les fameux Sega Club sont également de la partie avec de véritables jeux entiers dont les supers Virtual Fighter 5 et Puyo Puyo notamment jouables à deux. Petite nouveauté très sympathique, le Clan Creator s’apparente à un mini jeu de stratégie/gestion durant lequel le joueur doit constituer son équipe de malfrats pour des guerres de territoires contre six autres clans. Et pour les plus kawaïs d’entre vous, il existe même un mini jeu consacré à ces atypiques cafés à chats dans lequel il faudra retrouver des mignons petits chatons. À l’opposé pour les plus « chauds », il sera possible de draguer des hôtesses dans des bars ou même chatter avec des actrices de charmes bien réelles. Aucun doute, les mini jeux de Yakuza 6 permettent tout autant que son histoire d’explorer en profondeur la société nippone et ses bizarreries. À noter que pour la première fois, toutes les activités (dont bien sûr les combats) donnent des points d’expériences qui servent à améliorer les compétences de Kiryu.

 

La Puissance du Dragon

Avec Yakuza 6: The Song of Life, le studio inaugure avec fierté son moteur flambant neuf, le Dragon Engine. Et il s’agit là d’un véritable bond en avant pour la série en termes de graphismes. Les visages sont criants de réalisme et les animations sont beaucoup plus fluides. La mise en scène toujours aussi cinématographique n’est pas en reste et sublime certains passages du jeu. Fini les temps de chargements entre les combats ou entre les décors intérieurs et extérieurs, les transitions se font désormais sans temps morts, ce qui renforce grandement l’immersion. Contrairement à l’open world typiquement occidental, le monde de Yakuza 6 est certes plus petit mais fourmille de détails rendant le tout beaucoup plus vivant et crédible. Et ce sont souvent ces petits détails qui font toute la différence. La modélisation des quartiers de Kamarucho et Ononimi force ainsi le respect, les développeurs ayant réalisé un incroyable boulot de reconstitution fidèle des lieux. Les deux quartiers, l’un à Tokyo et l’autre dans la campagne près d’Hiroshima, nous offrent deux ambiances radicalement différentes et deux visions du Japon. Pour les amoureux du pays du Soleil-Levant, Yakuza 6 est une authentique carte postale interactive dans laquelle le joueur peut se balader et visiter les lieux comme s’il y était.

Malheureusement, ce bond en avant graphique s’est fait au détriment d’une réalisation technique en demi-teinte. Comme c’est souvent le cas avec les nouveaux moteurs, Yakuza 6 souffre d’une optimisation médiocre due à un Dragon Engine particulièrement gourmand en ressources, trop peut-être pour une PS4 en fin de vie. L’aliasing est curieusement très prononcé, il n’est pas rare de voir des bugs de collisions tandis que les chutes de framerate (30 fps au lieu de 60 sur Yakuza 0) surviennent un peu trop souvent à mon goût. Heureusement, ces défauts techniques ne sont pas trop gênants et ne ternissent pas la qualité globale du titre.

 

Conclusion

Yakuza 6: The Song of Life conclue avec beauté les aventures du plus grand rônin des temps modernes. Le titre n’est certes pas exempt de défauts, notamment techniques, mais il compense par une grande générosité et sincérité. Pour son ultime chapitre, Kiryu a eu le droit à un opus qui lui est entièrement dédié. Les équipes de SEGA ont offert à leur emblématique yakuza les adieux qu’il méritait, en rendant au passage un vibrant hommage aux polars japonais et films d’actions hongkongais. Rassurez-vous, la retraite de Kiryu ne signifie pas la fin de la licence puisque un nouvel épisode a déjà été annoncé avec un nouveau personnage du nom de Ichiban Kasuga. De plus, pour les plus nostalgiques, le remake de Yakuza 2 ainsi que les remastered de tous les autres opus sortis sur PS3 seront bientôt disponibles sur PS4. Après treize longues années, le temps est venu de nous dire au revoir Kiryu. Sayonora et merci pour tout !

Yakuza 6: The Song of Life
Développeur : SEGA
Éditeur : SEGA/Koch Media
Prix : 50 euros

 

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