Yakuza Kiwami : Akira, mon frère

Yakuza Kiwami : Akira, mon frère

Note de l'auteur

Annoncé en grande pompe au Tokyo Game Show de 2005, Yakuza (ou Ryū ga Gotoku) sonnait enfin le retour du grand SEGA sur le devant de la scène. Sortie en 2006 et en exclusivité sur PlayStation 2, cette nouvelle superproduction nippone devint rapidement un classique au Japon et posa les bases d’une série qui semble ne jamais s’essouffler. À l’opposé, le titre de SEGA a eu énormément de mal à s’imposer en occident. Les ventes ultras décevantes avaient d’ailleurs conduit l’éditeur à limiter au Pays du Soleil Levant la sortie des futurs opus.

Dix ans plus tard, SEGA retentait sa chance en occident sur PlayStation 4 avec Yakuza 0, excellent épisode faisant office de prequel. Et ce fut la surprise. Succès à la fois critique et commercial, Yakuza avait enfin trouvé son public en Europe et Amérique du Nord. Pour SEGA, cette réussite inattendue tomba à pic, puisque l’éditeur avait dans ses cartons un remake du tout premier opus. Renommé pour l’occasion Yakuza Kiwami, cette suite directe de Yakuza 0 sonne comme une revanche sur le passé et une chance pour nous autres de (ré) découvrir l’origin story du plus badass des Yakuzas. 

 

Like a Dragon

Yakuza Kiwami reprend presque à lidentique le scénario de l’opus original. On y suit les mésaventures de Kazuma Kiryu, l’un des deux personnages principaux déjà aperçu dans Yakuza 0 et héros emblématique de la série. Exit les années 80 où l’argent coulait à flots, ce remake nous présente cette fois un Tokyo beaucoup moins glamour juste après l’éclatement de bulle immobilière. Devenu lieutenant de la puissante famille Dojima, Kiryu est un yakuza respecté, à tel point qu’on le voit déjà fonder sa propre famille. Mais son ascension fulgurante va s’arrêter brusquement lorsque, un soir, son meilleur ami Akira Nishikiyama, tue le chef de la famille Dojima. Ce dernier avait essayé de violer Yumi Sawamura, la petite amie de Kiryu. Sans hésiter, Kiryu va endosser la responsabilité de ce crime qu’il n’a pas commis pour sauver son ami et sa bien-aimée. Rejeté par l’organisation des yakuzas et méprisé par le reste de la société, Kiryu va passer les dix prochaines années en prison. À sa sortie, il apprend que Yumi a mystérieusement disparu et que son meilleur ami est devenu l’un des chefs yakuzas les plus craints et détestés de Tokyo ! En partant à la recherche Yumi, notre criminel au grand cœur est loin de s’imaginer qu’il va rapidement se retrouver au beau milieu d’une terrible guerre de succession au sein du clan Tojo.

Le scénario de ce Yakuza Kiwami est sans aucun doute le gros point fort du jeu, les amateurs de films de gangsters ou du cinéma asiatique seront aux anges. Les trahisons et les nombreux retournements de situation donnent lieu à un récit intense, captivant et mémorable. Sous la belle plume du romancier Hase Seishu, le jeu reprend les codes ancestraux des films du genre Yakuza Ninkyo Eiga dans lesquels le hors-la-loi est souvent une personne loyale, juste, mais également violente. La narration est aussi typiquement japonaise avec un rythme un peu particulier qui pourra surprendre. À noter qu’environ 30 minutes de cinématiques supplémentaires ont été rajoutées pour faire le lien avec Yakuza 0 et éclaircir davantage le passé torturé d’Akira Nishikiyama.

Yakuza Kiwami est l’alter ego asiatique de Mafia III, un polar vidéoludique avec une mise en scène très cinématographique et une divine ambiance. Comme très peu de jeux vidéo ou même de films, le titre de SEGA réussit avec brio à retranscrire toute la violence, la cruauté et le drame des milieux criminels de Tokyo. Avec ses familles, ses clans et un strict code de l’honneur, on comprend tout de suite que le monde de la pègre nippone est plus complexe qu’il n’y paraît. Que ça soit à travers sa trame principale ou ses quêtes annexes, le soft de SEGA fait également l’effet d’une vitrine sur un monde inconnu. Tout comme Persona 5, ce Yakuza nous plonge littéralement dans la culture urbaine de Tokyo avec cette curieuse impression d’être comme Alice aux Pays des Merveilles.

 

Après la baston, on se fait un petit billard ?

À sa sortie en 2006, Yakuza était vendu à tort comme un jeu se situant quelque part entre Shenmue et GTA. Plus proche des Mafia, Yakuza est presque un genre à lui tout seul. Pour résumer, c’est un jeu d’action qui mélange film interactif, du beat’em all, de l’exploration et des mini jeux. Contrairement aux croyances populaires, le titre de SEGA n’est pas du tout un open world comme GTA ou Just Cause. Le joueur est ici beaucoup plus encadré via une progression très linéaire, le monde de Yakuza est surtout là pour servir l’histoire et non l’inverse. L’ingéniosité des développeurs fait qu’on a souvent l’illusion d’évoluer dans un Tokyo en monde ouvert, mais la liberté du joueur ne se fait jamais au détriment de la cohérence de l’univers et du scénario. Pas de doutes, Yakuza Kiwami est un jeu typiquement nippon jusque dans son game design et level design.

Les phases de combats de rue ont été complètement revues et corrigées en reprenant le gameplay plus riche de Yakuza 0. Toujours en mode beat’em all, les combats sont résolument arcade, plus nerveux et surtout plus intéressants que dans un GTA. En contrôlant Kiryu, le joueur peut enchaîner des combos dans quatre styles d’arts martiaux différents, certains étant plus efficaces que d’autres en fonction de vos adversaires. Bien entendu, Kiryu peut utiliser son environnement ou des objets pour par exemple fracasser des crânes contre un mur ou déboîter des mâchoires à l’ancienne avec une batte de base-ball. Vous l’avez sûrement compris, Yakuza Kiwami ne fait vraiment pas dans la dentelle. Le jeu introduit également une gestion quasi RPG de Kiryu. Le joueur peut ainsi dépenser des points d’expériences engrangés au fil des combats ou des quêtes accomplies dans un spherier similaire à celui de Final Fantasy X avec à la clé de nouvelles techniques.

Deuxième personnage principal de Yakuza 0, le charismatique Goro Majima fait un retour remarqué. Toujours aussi fou, le yakuza psychopathe va constamment harceler le joueur tout au long de l’aventure. Majima est en effet obsédé par Kiryu pour qui il a un curieux respect, une dynamique qui n’est pas sans rappeler celle du Joker et Batman. Cela se traduit traduit concrètement par une nouvelle mécanique de gameplay, le « Majima Everywhere ». Pour faire simple, Majima vous tombera dessus sans prévenir, n’importe où et n’importe quand. Soyez sur vos gardes !

En dehors des combats, les nombreux mini jeux caractéristiques de la série sont toujours aussi sympathiques. Les classiques activités annexes comme le billard, le bowling, les fléchettes, le mah-jong, le shogi, le karaoké, les jeux du hasard sont évidemment présentes et même jouables à deux ! Destiné avant tout à un public adulte, le studio n’a pas oublié l’esprit coquin de la licence. Les clubs de strip-tease où se trémoussent de jeunes demoiselles en petites tenues sont au rendez-vous et risquent de ne pas plaire à tout le monde. Le joueur pourra également essayer un troublant jeu de drague dans un bar à hôtesses. Pour l’anecdote, les deux hôtesses ont le visage et la voix de véritables actrices du X japonais.

Un remake de luxe !

À l’heure des remastered HD qui frisent l’arnaque, Yakuza Kiwami fait office non seulement d’exception, mais aussi de modèle. L’opus original de 2006 est juste méconnaissable tant il est transfiguré et sublimé par le moteur de Yakuza 0. La modélisation des personnages et des visages sont dans le haut du panier de ce qui se fait actuellement chez les AAA et renforcent encore davantage l’aspect cinématographique du jeu.

Se balader sous la pluie dans les ruelles crasses du quartier chaud de Kamurocho fait toujours son petit effet avec en prime une résolution Full HD en 60 fps. La direction artistique est bien différente de Yakuza 0 avec son ambiance 80’s et plus proche de l’esthétique des films de Takeshi Kitano. Afin de rendre l’expérience la plus réaliste que possible, les développeurs ont abattu un énorme boulot sur les décors et les petits détails qui font la différence.

Pour ce remake, SEGA a eu la bonne idée de réenregistrer toutes les voix originales. Comme d’habitude d’excellente facture, le doublage japonais apporte encore plus d’authenticité à Yakuza Kiwami. Les menus et les sous-titres sont quant à eux uniquement en anglais ; si vous êtes allergiques à la langue de Shakespeare vous voilà prévenus !

 

Conclusion

Yakuza Kiwami est l’un des meilleurs remakes de jeu vidéo de tous les temps et une belle leçon pour tous ces remastered fainéants. Sans dénaturer l’œuvre d’origine, les développeurs ont fait un incroyable boulot sur les visuels et la technique du jeu. Grâce au passage sur le moteur de Yakuza 0, les bas fonds de Kamurocho sont plus vivants que jamais ! Véritable polar asiatique, le scénario et la mise en scène de Yakuza Kiwami n’ont absolument rien à envier au cinéma. Le romancier japonais, Hase Seishu, nous livre ici une sombre histoire de mafia pleine de rebondissements. Pour finir, Yakuza Kiwami est l’épisode parfait pour ceux qui voudraient enfin se lancer dans la série, sachant qu’un remake de Yakuza 2 est déjà sur les rails. Sorti il y a dix ans, l’opus original avait raté son rendez-vous avec l’occident. Mais preuve est faite une fois de plus que les risques finissent toujours par payer et qu’en croyant en ses licences, on peut faire de grandes choses. Il ne manque plus qu’un remake des Shining Force et un vrai retour de Sonic pour que je puisse enfin dire à mes potes Nintendo : SEGA, c’est plus fort que toi !

Yakuza Kiwami

Développeur : SEGA
Éditeur : SEGA/Deep Silver
Prix : 50 euros

 

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