On a lu… Radiant (T. 1, 2 & 3) de Tony Valente

On a lu… Radiant (T. 1, 2 & 3) de Tony Valente

Note de l'auteur

Manga français… Deux mots qui, à mon sens, associés l’un à l’autre ne veulent rien dire, pas plus que paella lettone ou que samba chinoise… Le manga est par définition, japonais tout comme les comics sont américains ou les manhwa, coréens. Pourtant, depuis maintenant quelques années, des titres frenchy se revendiquent d’appartenir à la grande famille du manga et sont vendus sous cette appellation. Pour être honnête, traitez-moi de puriste si vous voulez, mais j’ai toujours été réticent à me lancer dans l’un de ces titres qui me paraissaient avant tout opportunistes. Et puis j’ai commencé Radiant de Tony Valente, publié chez Ankama…

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La maison d’édition/studio d’animation/créateur de jeu-vidéo semble être le parfait terrain d’expression pour de jeunes auteurs français qui lorgnent vers les publications sous influences nippones. Créé en 2001, Ankama s’est fait connaître avec les univers vidéo-ludiques de Dofus puis Wakfu. Avec ses MMORPG en Flash, le studio se paye une excellente réputation et multiplie les titres sur tout les supports possibles. C’est lors de la Japan Expo 2013, qu’il dévoile alors son nouveau shônen, Radiant. On retrouve donc tout les ingrédients de base dans un récit plutôt classique pour le genre. Dans un monde imaginaire, d’étranges et terrifiantes créatures appelées Nemesis tombent régulièrement du ciel et sèment la désolation. Même si la majorité des personnes croisant leur chemin trouvent la mort, quelques-unes finissent «juste» infectées. Elles développent alors un pouvoir ou une capacité unique plus ou moins utile, à base de Fantasia, une forme de magie. L’apparition de ces nouveaux individus, ces sorciers, entraîne la naissance de l’Inquisition. C’est sur cette dynamique «Nemesis chassés par les sorciers, eux-même chassés par les inquisiteurs» que tourne Radiant.

 

radiant-casenb2Seth, un apprenti-sorcier cornu et tête-brûlée quitte l’îlot de Pompo Hills afin de trouver l’origine des Nemesis, le légendaire endroit d’où ils viennent, le Radiant. En chemin, il rencontre pas mal de gens, des alliés, des ennemis, il se retrouve face à de nouvelles questions et brave le danger, bref, c’est l’aventure. Jusqu’ici, rien de bouleversant en terme d’univers et pourtant, Tony Valente qui a travaillé chez Delcourt et Soleil, parvient à nous surprendre. Dès le premier tome, il nous accroche avec son trait soigné et vif. Il égale un grand nombre de mangakas et nous balance des planches dynamiques, un chara-design inspiré et des poses iconiques classieuses. Très vite, le titre affiche d’évidentes et multiples références mais sans jamais être écrasé sous leur poids. Pourtant, elles sont assez nombreuses: Blue Exorcist, Dragon Ball, Soul Eater, One Piece, Bleach pour l’univers, l’ambiance, les personnages et le style, un peu de Lanfeust de Troy pour l’humour franco-belge et même une pointe de X-Men pour le propos, autant d’influences qui ont clairement nourries Radiant et son auteur. En trois tomes, Valente parvient à tout assimiler et construit un univers cohérent, assez ouvert, avec un style graphique percutant doublé d’un propos sur l’exclusion et de pas mal d’humour.

 

Et de l’humour, il y en a! Comme tout bon shônen qui se respecte, il est présent à travers des dialogues souvent absurdes et des jeux de mots à la française, qui ne souffrent pour l’occasion d’aucune altération due à la traduction. Comme Luffy, Naruto ou Son Goku, Seth fait preuve d’une connerie incroyable et fonce avant de réfléchir et pour le lecteur, ça fonctionne. Radiant réussit à nous faire rire tout en nous proposant comme je le disais, un propos plus social, humaniste même. A partir du second tome, on découvre la vraie condition des infectés. Poursuivis par l’Inquisition et redoutés par la population, ils sont complètement ostracisés et conspués. Tout comme les mutants de X-Men, ils sont pointés du doigts, assimilés à des étrangers qui envahissent les villes. Le commandant à tendance génocidaire, contre qui se bat Seth, en vient même à parler de blancs, envahis par des immigrés, des barbus et des possédés. Soudain, le propos devient plus grave, plus engagé et apporte une profondeur inattendue au titre. Cette prise de position et le parallèle qui en résulte avec la situation actuelle de notre société est bienvenue dans un genre qui oublie parfois d’avoir du fond.

 

radiant_planche_2_bisOn sent aussi que l’auteur à fait des recherches concernant la chasse aux sorcières qui a frappée l’Europe au XVIème siècle. A travers de nombreux détails, couvertures de livres ou autres pratiques, Tony Valente injecte par petites touches, des éléments appartenant à cette sombre période de l’histoire. Concernant la palette de personnages proposée, elle a définitivement du potentiel et le fait de nous les présenter assez rapidement permet de se faire une petite idée des forces en présence même si on semble loin d’avoir tout vu. Référencé, documenté, drôle, avec un réel propos et graphiquement percutant, Radiant parvient l’exploit de battre certains titres ou tout du moins de les égaler sur leur propre terrain. Le plus impressionnant est que Tony Valente est seul à travailler sur son titre. Il ne dispose d’aucune équipe pour répartir les tâches et là, on dit «Chapeau!». Comme je vous le disais, le shônen à la française, je n’y croyais pas! Mais ça, c’était avant Radiant et ses trois premiers excellents tomes. Vite, la suite…!

 

Radiant (T. 1, 2 & 3) de Tony Valente, disponibles chez Ankama

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