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On a lu… Cigish ou Le Maître du Je (de Florence Dupré la Tour)

On a lu… Cigish ou Le Maître du Je (de Florence Dupré la Tour)

Note de l'auteur

DIG056226_1Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui on laisse les mangas de côté pour se pencher sur une bande-dessinée bien de chez nous avec Cigish, une étrange mise en abîme autobiographique de la déjantée Florence Dupré la Tour. Venu du web, elle a trouvé chez Ankama un éditeur bienveillant, qui nous permet aujourd’hui de découvrir ce titre qui ne ressemble vraiment à aucun autre.

 

«La mauvaise foi, c’est la foi quand même!». Cette phrase sur le quatrième de couverture résume assez bien l’état d’esprit de Cigish ou Le Maître du Je. Un ego-trip subversif, un pamphlet antireligieux, une déclaration d’amour aux jeux de rôles, Cigish est tout ça à la fois et plus encore. A l’origine, Cigish est une web-BD, publiée sur le net et alimentée régulièrement par l’auteur, en terme de contenu mais également des commentaires d’internautes. Des gens de passage, des fans, des trolls et des haters, bref il y a un peu de tout et tout ce beau monde y va de sa petite appréciation. Pourquoi je vous dis ça? Parce que l’auteur ainsi que l’éditeur ont eu la bonne idée d’entrecouper le récit en publiant ces nombreux commentaires. Toutes les dix ou quinze pages, on retrouve certains pseudos revenir, des habitués qui viennent faire part de leur enthousiasme ou de leur total mépris à l’égard du titre. Au fil des pages, ces intervenants externes deviennent acteurs à travers leurs commentaires mais aussi parce que l’auteur finit par les intégrer à son récit.

 

244Et ça parle de quoi?! De Florence, une mère célibataire en pleine crise existentielle qui se retrouve prise d’une illumination mystique dans une église et décide de reprendre sa vie en main. Trop gentille, ennuyeuse et effacée, elle va sortir de sa torpeur afin d’incarner au quotidien, son ancien personnage de jeu de rôle favori: le vil et perfide Cigish Hexorotte, un nain nécromancien. Dans la lignée du Grinch de Dr Seuss, Florence va alors devenir aigrie, agressive, pleine de colère et d’intentions peu louables. De là, elle décide de trouver un éditeur pour publier sa BD mais va se heurter à tout un tas de problèmes et de questions existentialistes. Dans son viseur, l’auteur a la religion catholique. Traumatisée dès sa plus tendre enfance par une éducation religieuse stricte et rigide, elle lui tire dessus avec aisance mais parvient à travers son récit exutoire, à prendre du recul sur un sujet qui la hante, visiblement. Sans tomber dans la caricature, elle tente de résoudre et démêler des interrogations personnelles quand à l’existence même de dieu.

 

246Autre cible, la bande-dessinée dans son ensemble, que ce soit les auteurs vaniteux, les éditeurs frileux, les critiques arrogants ou encore les fans/revendeurs de dédicaces, c’est l’industrie toute entière qui y passe. Florence Dupré la Tour, avec un humour grinçant et atypique, épingle tout le monde, en faisant preuve d’une mauvaise foi assumée même si elle soulève des réflexions intéressantes et pertinentes. Comme je le disais plus haut, l’intégration dans le tome, des commentaires des internautes, a son importance. D’une part, parce qu’ils alimentent des discussions, parfois stériles, souvent édifiantes, voir comiques, d’autre part parce que l’auteur les utilise en les intégrant dans son histoire. Tandis que sa vie alimente son œuvre, son œuvre devient sa vie. Même si le procédé de mise en abîme est séduisant et bien mené, il met d’autant plus en évidence un trip ultra nombriliste et égocentrique qui tourne parfois au masochisme. Non contente de camper son personnage malfaisant, l’auteur aime s’auto-flageller en détruisant sa propre œuvre dans les commentaires, sous un pseudo. Comme pour parfaire «le guide du parfait petit égocentrique», elle en vient également à faire son auto-critique lapidaire. Entre une grande estime d’elle-même et une profonde instabilité et un manque de confiance évident, Florence se met à nu et expose ses failles et ses paradoxes.

 

En bousculant les codes, quitte à déranger ou agacer, Cigish offre une réflexion pleine d’humour sur la religion, le monde impitoyable de la bande-dessinée mais surtout le titre offre un portrait borderline de son auteur en pleine crise de foi. Sur la forme, la dessinatrice opte pour le noir et blanc, avec un trait à la fois fort et plein de maladresse mais qui parvient sur certaines planches à offrir un rendu vibrant et inspiré. Cigish ou Le Maître du Je est une étrange et fascinante plongée dans la psyché de son auteur. Un trip grinçant et atypique quoique un peu trop nombriliste mais qui a le mérite de sortir des sentiers battus. Une belle découverte!

 

La BD (hors comics et mangas) va bientôt faire son entrée de manière plus officielle sur Mars, avec critiques, chroniques et analyses si nous sommes gentils… Prêts à encore plus buller avec nous ?

 

Cigish ou Le Maître du Je de Florence Dupré la Tour aux éditions Ankama

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