Cercle vicié (critique d’Entourage, de Doug Ellin)

Cercle vicié (critique d’Entourage, de Doug Ellin)

Note de l'auteur

entourage-movieAprès 4 ans d’absence, Vince Chase et son Entourage ont rebondi sur grand écran, devenant ainsi la seconde série de HBO à avoir un traitement au cinéma. L’avant-première française a eu lieu mardi soir à Cinéma Paradiso, au Grand Palais. Une projection française alors que la réception critique américaine, où le film est en salles depuis deux semaines, a été très froide. Alors, est-ce que ce retour des « boys » a décuplé les ambitions et la satire d’Hollywood de la série ? La réponse paraît évidente pour qui a vu les dernières saisons de la série. 

Imaginez un film qui serait 100 minutes de ce GIF en boucle.

ClassicSonic--HatersGonnaHate

Maintenant ouvrez les yeux. Ce film, c’est Entourage. Un film qui est tellement occupé à donner du plaisir à ses fans de la première heure qu’il oublie de rectifier les tares de ce qui en a fait une série tant décriée par ailleurs. Parmi toutes les séries de HBO, c’était celle qui rivalisait de glamour avec Sex and The City. Ici, il faut remplacer les grands couturiers par les stars au kilomètre, acceptant de faire des apparitions dans la série pour moquer leur image. Démarrée comme un miroir de la propre ascension de son producteur Mark Wahlberg et de ses proches d’enfance, Entourage a duré 8 saisons en ne renouvelant que très peu sa formule, tournant autour de la vie de strass et paillettes, coups d’un soir et projets qui se font aussi vite qu’ils se défont. Une série aussi marquée par son personnage iconique : non pas Vincent Chase, mais l’agent au tempérament homérique Ari Gold, soit un Jeremy Piven qui a trouvé un rôle pour bouffer l’écran avec des crises de nerfs mémorables. En l’absence d’intrigues fortes sur l’évolution de la carrière de Eric (Kevin Connolly), des conquêtes de Vince (Adrian Grenier) ou encore des ratés de Johnny « Drama » (Kevin Dillon), Entourage est devenu le Ari Gold Show. Et de ce côté-là, le film ne déçoit pas : d’un pétage de plombs face à son fils à ses troubles sexuels dûs au stress, en passant par un débarquement en hélicoptère sur Superthug de Noreaga, Ari est l’artificier du film. Et ça tombe bien, c’est exactement ce qu’on attend de lui et de Piven, depuis occupé à mieux – à savoir la série Mr. Selfridge, par exemple.

Crédit : HBO/Warner Bros.

Crédit : HBO/Warner Bros.

Entourage, le film, c’est donc un tour de manège léger, non pas du décorum d’Hollywood mais de celui traversé avec soin par la série. Un film qui a apparemment été dur à écrire pour Doug Ellin, qui a passé des mois à plancher sur le scénario. On se demande, à la vision du produit fini, ce qui a pu lui causer tant d’insomnies, tant Entourage est un produit populiste, qui assume son côté factice et l’improbabilité permanente comme la richesse insolente de Turtle grâce à une marque de tequila qui lui rapporte 8 millions par an. Un miroir aux alouettes en forme de fête permanente putassière, où toute tentative d’arc dramatique est perpétuellement crevée. Turtle va suivre en voiture la championne d’arts martiaux Ronda Rousey dans son propre rôle ? La voilà qui lui donne une chance, avant de lui casser le bras sur le ring suite à un pari qui a mal tourné. Sloan (Emmanuelle Chriqui) est enceinte d’Eric, mais ils ne sont plus ensemble. Le film et Ellin semblent également se moquer de cet arc comme de leur première chemise, préférant se contenter sur les coucheries inopinées d’Eric dignes d’un mauvais vaudeville. Un regard éminemment masculin et pétri de beauferie sur Hollywood et ses talents féminins que la série n’a jamais rectifié, qui rend une Emily Ratajkowski proie à la drague lourde d’un Texan véreux et fils à papa. Dans Entourage, les femmes ne sont que vecteurs à problèmes ou figurantes en troisième plan ; seuls comptent leur plastique et leur degré d’objectification ultérieure par la bande de Vince et leurs piques graveleuses. Des problèmes qui se dissiperont ou qui seront réglés à base de pardon semi-sincère, perpétuant la bulle (de champagne) dans laquelle vivent Vincent Chase et les siens.

Le film ne nous laisse même pas entrevoir le pastiche ridicule de blockbuster dans lequel joue Vince et le DJ/producteur Calvin Harris (toujours-dans-son-propre-rôle). Hyde, comme beaucoup d’autres « gags » de cette comédie très conservatrice sous ses allures provoc, a été spoilé par les multiples bandes-annonces dans sa quasi-intégralité. Et franchement, comment en vouloir à l’équipe du film pour sa renonciation ? Le mode « pilote automatique » est ce qui les satisfait, miroir de personnages qui restent fidèles à leurs archétypes. La partition d’Entourage, c’est à l’image de ses multiples apparitions de stars : un « coucou », une réplique faussement mordante ou imbue d’elle-même, une réaction apathique des personnages. Et : next. Que dire de ses antagonistes, des coproducteurs texans râleurs, Billy Bob Thornton en tête, avec des motivations floues ou relatives à la jalousie aussi grosse que le porte-monnaie. La simple jalousie venant entacher une success story brillante, celle de Vincent Chase, rappelée en début de film. Un miroir d’une série hagiographique qui s’aime. Oh que oui. Elle s’aime.

Un manège rythmé par des sélections musicales imparablement cool, placements de Scott Vener, superviseur musical attitré : du dernier Snoop Dogg pour rythmer une soirée californienne pour jet-setteurs décadents (un passage obligé parmi 36) jusqu’à l’inclusion de Tainted de Slum Village, la bande-son reste plus chic que la série vache. Voire totalement en décalage immérité dans ce dernier cas.

Entourage est un film qui prêche à sa propre paroisse, d’une complaisance aveugle dans son propos, au service de personnages qui sont déjà très très loin. Un film pour fans qui pourra se savourer sur HBO ou sur le câble, qui continue à assumer son rôle de téléfilm de luxe tout du long. Mais l’existence du film, elle, reste imparablement injustifiable. Et c’est la plus mauvaise nouvelle du film. Même pour ses fans.

Sortie le 24 juin. USA. 1h44. De Doug Ellin. Avec Jeremy Piven, Adrian Grenier, Jerry Ferrara, Kevin Connolly.

 

 

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