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Le charme discret de la misère sociale (critique de La Tête haute, de Emmanuelle Bercot)

Le charme discret de la misère sociale (critique de La Tête haute, de Emmanuelle Bercot)

Note de l'auteur

LaTeteHauteAFFComme il a beaucoup été dit sur la Croisette, reconnaissons que pour une ouverture du festival de Cannes, La Tête haute est très atypique. En effet le film d’Emmanuelle Bercot ne joue pas du tout la carte du grand spectacle, préférant racketter l’émotion du spectateur à coups de clichés misérabilistes.

A Dunkerque (oui alors puisque ça se passe chez des gens pauvres et malheureux, autant que ce soit dans le Nord) un petit délinquant encore mineur (ah ça, l’occasion de dénicher un jeune acteur tout frais et de le révéler au monde est toujours bonne à saisir, en plus ça permet de s’inscrire dans une filiation truffaldo-pialatesque, tendance doilloniste) à Dunkerque, donc, un petit délinquant encore mineur et particulièrement agressif (en même temps faut avouer qu’avec un père inexistant et une mère interprétée par Sara Forestier, le gamin ne démarre pas dans la vie avec tous les atouts en main)… où en étais-je ? pardon mais au milieu de toute cette panoplie de la misère je m’y perds un peu… ah oui ça y est : à Dunkerque un petit délinquant mineur et violent est sur le point d’être incarcéré mais une juge pour enfant lui accorde une dernière chance (oui ça c’est bien aussi, montrons que si la justice est parfois arbitraire, les juges c’est comme partout, y en a des bien, avec un vrai sens du devoir et de l’abnégation, tiens ça me rappelle Le JAP, une magnifique série des années 90 avec Carlos, mais je m’égare…) la juge pour enfants, donc, lui propose de rejoindre un centre spécialisé pour ados vénères, histoire qu’il se calme un peu et apprenne le sens des responsabilités, au besoin avec l’aide d’un éducateur lui-même ancien délinquant et qui en est donc passé par là.

LaTeteHautePIC

© Wild Bunch Distribution

Il faut reconnaître à la réalisatrice Emmanuelle Bercot l’audace d’avoir fait un film à contre-courant d’un cinéma militant d’ordinaire plus prompt à charger la barque du côté de la justice qu’à valoriser l’étincelle d’humanité qui habite les plus blindés de ses exécutants, tellement à contre-courant d’ailleurs qu’elle nous dit clairement que la prison, ça ne peut pas faire de mal, ça vous forge le caractère. Que l’on partage ou non ce point de vue, cette audace justifie-t-elle pour autant le ramassis de poncifs dans lequel La Tête haute est empêtré ? Peut-être que oui, au fond, mais ça n’excuse en rien qu’une mise en scène suintant l’émotion soit à ce point tributaire de ses propres clichés, par exemple, pour prendre un aspect qui saute bien aux yeux et aux oreilles, dans le rapport entre l’image et la musique.

Sinon, les acteurs sont bien. Mais ça, c’est subjectif.

 

En salles depuis le 13 mai 2015.

France, 2014. 2h. Réalisé par Emmanuelle Bercot. Avec Catherine Deneuve, Rod Paradot, Benoît Magimel, Sara Forestier

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