Pilote Automatique – Powers (Sony – PSN)

Pilote Automatique – Powers (Sony – PSN)

Note de l'auteur

L’histoire:
Christian Walker et Deena Pilgrim sont deux flics mais pas n’importe lesquels. Ils font partie de la division appelée Powers, une section spéciale chargée d’enquêter sur les crimes touchant de près ou de loin les super-héros tout comme les super-vilains.

Autour de la série: Comics fleuve de nombreux arcs narratifs et véritable ode au polar noir, Powers existe depuis bientôt 15 ans. Derrière cette petite pépite, on retrouve un des architectes majeurs de Marvel, Brian Michael Bendis, ainsi que Michael Avon Oeming  au dessin, ici tous deux producteurs exécutifs. La série se voit dirigée par un spécialiste littéraire du genre « noir » avec Charlie Huston qui a aussi oeuvré dans les comics (Moon Knight/Wolverine) chaperonné par David Slade à la réalisation, auteur de nombreux épisodes d’Hannibal mais aussi metteur en scène de Hard Candy et de 30 Jours de NuitPowers est aussi la première création télévisuelle de Sony. Elle est diffusé sur le PSN pour les détenteurs de PS4 via un abonnement au Playstation Plus.

L’avis:

powers-poster_1920.0Partout! Ils sont partout! Qui? Mais les super-héros bien sûr! Difficile de rater la moindre info, la moindre bribe, la moindre parcelle sur le sujet, phagocytant arts et médias un peu plus chaque jour par leur empreinte toujours plus prégnante. Au plus grand plaisir de tout un chacun mais encore plus de leurs producteurs, qui se frottent les mains au vu des recettes passées et futures engrangés par les supers-slips. Et aujourd’hui, voici un nouveau crash-test, celui de Powers, adaptation éponyme et totalement méconnue dans l’hexagone (1).  En gestation depuis 2001, après un pilot non retenu et des va-et-vients incessants entre les auteurs et les networks, le projet débarque enfin… mais cela en valait-il la peine?

Au vu des trailers, ca ne sentait déjà pas très bon. Pas le pitch de départ non, mais formellement, il n’y avait pas besoin de humer bien loin pour voir qu’il y a quelque chose de pourri au royaume des super-héros. Et dans Powers, on confirme clairement que le renfermé et le vieillot nous accompagneront comme pauvres frères d’armes sur pas mal de séquences. A la rigueur, quelques timides escarmouches graphiques ne s’en tirent pas trop mal mais le constat est ici accablant: Powers est cheap. Powers est rance. Powers ne fait pas dans la dentelle car la série n’en a tout simplement pas les moyens. Et c’est déjà une grosse part du problème. Costumes flashys, décors minimalistes, SFX du pauvre… Si David Slade est pourtant crédité sur ce pilote, on est en en droit de se poser légitimement la question, car l’esthétisme du show n’est clairement pas l’ambition première des pontes de chez Sony. D’ailleurs, la prestation des acteurs reflète ici cet état de fait, avec un minimum syndical flagrant, en tête Sharlto Copley, flic aigri et antipathique, qui hésite systématiquement entre retenue faciale dû à un besoin pressant et un cabotinage dont on se serait bien passé.

Un-trailer-officiel-de-Powers-devoile-au-New-York-Comic-Con_referenceMais le véritable souci dans Powers, c’est que le scénario ne frise pas l’excellence, loin de là. Le récit manque en effet énormément de subtilité dans son déroulement. Si le comics laissait des surprises durant son premier arc, c’est ici l’inverse qui se présente: Beaucoup de révélations, pas de retenue, le tout balancé à la va-vite via une enquête prétexte un brin simpliste avec les tourments d’un flic individualiste en exergue. Le contexte original de Brian M. Bendis fait tout de même passer la pilule, mais clairement, le manque de corps est ici flagrant et le squelette du récit, bancal au possible. Plus triste encore: on a peu ou pas d’empathie pour les personnages.

retroEn cela, Powers manque clairement d’un élément indispensable à cette épreuve difficile dont se doit de bénéficier toute bonne adaptation : son essence. Ici, l’oeuvre d’origine n’est que l’ombre d’elle même dans cette transposition. Quand Walker, ancien super-héros devenu flic, prend vie dans le petit écran,  son humanité, son courage et son self control y sont totalement évacués. L’individu est devenu misanthrope, égoïste et sur les nerfs en permanence. Ses joutes verbales avec Deena Pilgrim, sa coéquipière, d’habitude ciselées avec panache et d’un zeste de vulgarité bienvenu, ne sont plus que dialogues abscons et branques d’un buddy movie pas très frais. La même Deena Pilgrim, au verbe facile et au sarcasme virevoltant dans sa version papier, n’est ici qu’un sidekick banale de plus, greffé comme une obligation dans le récit, au lieu de servir ce dernier.

Powers Season 1, Episode 101, September 10, 2014Mais surtout que dire d’une adaptation comme Powers lorsqu’elle celle-ci vire proprement et simplement le genre auquel elle est censée appartenir? Car Powers est avant tout et surtout, un comics qui appartient au genre noir, dont les codes et les références font partie du meilleur tonneau que la bd américaine est produite.  Enquêtes, suspects, interrogatoires, décors, dialogues, tout n’est que polar, pur et dur…  Dans ce pilote, plus rien. Un conformisme absolu, d’une banalité honteuse, trimballe le récit de la manière la plus conventionnelle qui soit. A l’instar de David Slade, la question peut se poser une fois de plus sur l’apport de Charlie Huston à l’entreprise. Bis repetita mais pourquoi embaucher des artisans d’une efficacité indéniable si ce n’est pas pour les employer à bon escient? Pour le coup, on ne se risque même pas à parler du rôle qu’ont pu jouer réellement Bendis et Avon Oeming sur le projet…

Powers a des qualités… qu’elle a simplement bazardé de l’oeuvre d’origine en la transformant en autre chose. Sony bénéficiait d’une belle opportunité, celle d’occuper un terrain certes balisé, mais au travers d’une matière noble et dense, qui lui aurait fourni la possibilité de débarquer par la grande porte avec quelque chose de classe et puissant à offrir. Et si la foirade n’est pas totale, dû à un contexte original qui sauve les meubles, la gamelle ici est bien réelle pour une entrée en matière. Mais un mauvais pilote n’est pas non plus une mauvaise série, loin s’en faut. Il n’y plus qu’à observer et à espérer que Powers reviennent sous de meilleurs augures pour le reste de la saison…

 

 

Episode 2 ? Quand on aime les super-slips, on veut quand même savoir la suite. Alors oui, par curiosité mais définitivement pas une priorité.

 

 

 

1) Le comics Powers n’a jamais connu de succès en france. Edité une première fois chez Semic, l’éditeur a coupé court au bout de trois tomes. Panini a repris le flambeau des années plus tard mais a annulé à son tour le titre en s’arrêtant au volume 8.

 

(Powers – Sony)
1.01 – Pilot.
Série développée et showrunnée par Charlie Huston
Scénario : Charlie Huston
Réalisation : David Slade
Distribution : Sharlto Copley (Christian Walker), Susan Heyward (Deena Pilgrim), Michelle Forbes (Retro girl), Max Fowler (Krispin Stockley)


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