Dis Moi Qui Tu Suis (critique de Stalker)

Dis Moi Qui Tu Suis (critique de Stalker)

Note de l'auteur
© Richard Cartwright/CBS

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Comme dans une compétition dont les média seraient les juges, Stalker a remplacé cette année la place hégémonique tenue par Criminal Minds sur l’exploitation de la violence. Les premiers épisodes de la dernière création de Kevin Williamson démontrent une affection particulière pour la torture psychologique, puis physique, au point de devenir obscène. Déjà dans The Following, l’homme excédait dans une violence surréaliste et figurait le tueur en série à mi-chemin entre le monde ouvrier et la star académie. Il y a, dans l’oeuvre du scénariste, une récurrence du psychopathe conscient de ce qu’il est. Une dimension qui plonge dans l’idée du jeu. C’est précisément ce qui rend le résultat inconfortable.

Il existe un paradoxe dans Stalker. Un jeu d’opposition entre son sujet et sa nature. Un coup d’oeil sur Wikipédia au rayon stalking nous apprend que ce « terme est une forme de harcèlement névrotique […] et est communément utilisé pour faire référence à une attention obsessive »[1]. Obsession, le mot est lâché. Il caractérise un besoins compulsif. La récurrence, le rituel. Mais Stalker est un formula show. Et pour la grande majorité des cas, réduit l’obsession aux frontières de l’épisode. Seule l’exploitation du fil rouge permet de mesurer, du bout des doigts, l’implication du harcèlement dans une vie quotidienne. Autrement, le stalking est compressé pour en faire un objet fulgurant.

© Richard Cartwright/CBS

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Cette alliance contre nature conduit à la facilité des petits concepts. Des séries éphémères où l’espérance de vie se mesure au temps que l’idée initiale mettra à s’évaporer. Stalker joue dans cette division. Parce que de sa promesse, nous ne verrons que la conclusion. L’ultime escalade qui conduit à la violence et/ou au meurtre. La série est souvent brutale, la victime féminine. Devant l’absence de réflexion, il ne reste qu’un sensationnalisme morbide. Une mise en scène du sadisme qui conduit à la complaisance. Et aux spectateurs, d’être dans la position désagréable d’un voyeurisme passif.

Le pilote nous montrait le rituel de Beth (Maggie Q) quand elle rentrait chez elle. Celle qui fut l’objet d’un stalker organisait sa nouvelle vie (après changement de nom) selon des principes de protection. Ces gestes, proches des troubles obsessionnels compulsifs, démontraient le caractère envahissant du stalking. Quand chacun tendent à se protéger du monde extérieure. A limiter au possible la fenêtre de visibilité et promouvoir à l’intégrité du foyer. Tout l’intérêt de la série résidait dans ces moments. De la difficulté à reprendre une vie normale après ; de la fragilité psychologique dont restent victimes les personnes harcelées ; de l’impossibilité ou presque à s’ouvrir vers quelqu’un d’autre.

© Richard Cartwright/CBS

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Nous ne verrons finalement pas grand chose. Des enquêtes policières construites sur l’éternel modèle du whodunit ; un soupçon de fil rouge comme menace permanente ; et une poignée de personnages lisses et sans épaisseurs. Stalker ne raconte rien, ne propose rien. Elle accumule, empile des épisodes sans fournir de clés d’analyse. Traité comme un mal banal du XXI ème siècle, le stalking reste dans la compartimentation que soumet la série : bien refermé sur lui-même. L’hyper spécialisation ne prête pas à l’ouverture mais confine l’objet d’étude à une exploitation bassement mercantile, nourrie par une psychologie de comptoir.

Stalker contient son époque. Où les séries policières sont le plus souvent victimes de concepts paresseux. Et peinent à sortir du lot, faute d’idées audacieuses. Prisonnière d’un format fixatif, Stalker est soumise à une force qui l’étrangle. Ainsi recluse, elle finit par souffrir d’une forme d’agoraphobie : la peur d’aller au-delà de son principe fondamental et bousculer les genres auxquels elle appartient. D’un côté le policier, de l’autre le formula show. Cet étau létale a conduit la série à l’écrasement. Jusqu’à devenir insignifiante quand elle règle son fil rouge à deux épisodes du terme de la saison, pour lancer, avec l’énergie du désespoir, une nouvelle micro intrigue. Les enjeux étaient peut-être clairs au début. L’évolution de la série au cours de la saison démontre le contraire. Une navigation à vue qui a vu la série s’échouer sur les récifs et engloutie par la vague des annulations.

Stalker
Diffusé sur CBS et TF1
Créé par Kevin Williamson
Avec : Maggie Q (Lt. Beth Davis), Dylan McDermott (Dect. Jack Larsen), Mariana Klaveno (Janice Lawrence), Victor Rasuk (Ben Caldwell)

[1] : source wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Traque_furtive

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