Critique Super Mario Odyssey

Critique Super Mario Odyssey

Note de l'auteur

Alors que la Nintendo Switch réalise d’excellents chiffres de ventes, l’éditeur nippon ne faiblit pas et alimente sa nouvelle console de titres maisons pour ne pas reproduire les erreurs de feu la WIIU. Après avoir débuté l’année en fanfare avec le fantastique Legend of Zelda: Breath of the Wild, c’est un tout nouveau Mario en 3D qui débarque pour clore cette saison de folie. Et pas une simple resucée de niveaux classiques en trois dimensions, mais bel et bien une nouvelle aventure, dans la droite lignée de Mario 64, Sunshine et Galaxy. Bienvenue dans Super Mario Odyssey !

2 mariages et un déguisement

On va très vite expédier le pitch de cet épisode, sempiternel prétexte à justifier les agissements d’un plombier loin de ses robinets fuyants. Bowser a enlevé la princesse Peach (tiens donc) pour signer leur union un brin bizarre jusqu’à ce que la mort les sépare. Mais le lézard géant s’est dit qu’une princesse, c’était trop peu, et il s’empare au passage d’une tiare vivante et petite sœur de Cappy, une espèce de chapeau magique, qui va devoir jouer le buddy de notre moustachu préféré pour aller délivrer les demoiselles en détresse. C’est donc ce mystérieux haut-de-forme polymorphe qui est l’élément principal de cet épisode : un petit jeté de couvre-chef sur une créature, et Mario se téléporte dans l’esprit de son adversaire, voire carrément de certains objets, parfois littéralement un morceau de viande (!). Des Goombas et des Chomps à la moustache fournie ou un T-Rex aux yeux bleus, chaque transformation verra le joueur profiter de capacités spéciales, toujours utiles pour traverser moult obstacles qu’un saut poing en l’air ne suffit pas à esquiver, avec toute la meilleure volonté du monde.

Emparez-vous d’un Goomba (presque) inoffensif pour l’empiler sur ses congénères fougueux et créer une véritable tour vivante (voir même faire de l’œil à une jolie Goomba en hauteur) ou bien lancez votre casquette sur un Koopa énervé de la casserole et préparez-vous à détruire des blocs entiers avec vos ustensiles de cuisines. Certains adversaires proposent de vraies bouffées d’air frais dans le gameplay, comme ces petits oiseaux au nez pointu pouvant se planter dans le mur afin de grimper les hauteurs à la force de leur bec. Toute cette ribambelle d’ennemis, dont le design osé prouve qu’il n’y a pas que les plombiers qui sont amateurs de champis, ne servira qu’à une seule chose : dénicher les 999 Lunes planquées dans les différents mondes. Autant de trésors qu’il faudra chasser en explorant, expérimentant et en fouillant le moindre recoin des niveaux. Super Mario Odyssey devient une chasse aux Lunes, transformant le jeu entier en une succession de petites épreuves compartimentées.

Et alors que Breath of the Wild profitait du caractère nomade de la console Switch pour immerger le joueur aigri dans son petit monde plein d’aventures n’importe quand, Super Mario Odyssey veut, lui, proposer de courtes friandises en ringardisant la concurrence sur le terrain des petites bulles ludiques éphémères. Cinq à dix minutes suffisent pour dénicher deux ou trois Lunes et sourire bêtement en déchiffrant la phrase cryptique de ce perroquet donnant des indices sur l’emplacement de ces trésors convoités. Exit les épreuves ronflantes des Angry Birds et consorts, place à la diversité ludique d’un monde de plate-formes en 3D. Les niveaux deviennent de véritables terrains de jeu qui, comme Mario 64 en son temps, préfèrent laisser de côté la cohérence du level design pour se servir de ses décors comme des challenges environnementaux. Obtenir une Lune ne demande jamais beaucoup plus qu’une dizaine de minutes pour les plus ardues. Et si une tortue cruelle vous bloque le passage, rien n’empêche de docker la console sur votre écran pour bénéficier du confort adéquat et vaincre la menace comme il se doit, c’est-à-dire à coups de casquette dans le pif ou dans la peau de votre pire cauchemar.

C’est là où réside le génie de Mario Odyssey : diriger le plombier bedonnant n’est plus l’unique moyen de traverser les niveaux, même s’il accompagnera le joueur pendant la majorité de l’aventure. Mario n’est plus qu’un personnage parmi tant d’autres, un réceptacle de capacités que le joueur use à l’envie, une base épurée et solide sur laquelle on vient greffer des dizaines de variantes. En diversifiant ses approches grâce aux multiples possibilités qu’offrent ennemis et objets en tout genre, le jeu devient une vraie cour de récré festive. Et les plus tenaces trouveront toujours une petite récompense plus corsée en poussant l’exploration au prix d’un risque supplémentaire pour récupérer cette Lune qui vous faisait de l’œil. Certes, il faudra attendre la fin du premier run pour trouver un semblant de difficulté, mais le post-game vaut son pesant de cacahuètes, relançant continuellement les défis lors de votre second passage dans la quinzaine de mondes qui constitue le jeu.

 

Koopa-Cabana

C’est dans ce second run que le joueur sera forcé d’adapter sa façon de jouer et de découvrir de toutes nouvelles méthodes de se mouvoir dans les mondes, en obligeant Mario et sa casquette magique à se sortir les doigts pour offrir un vrai balai aérien. Les courses Koopa sont l’un des meilleurs exemples, permettant de découvrir des raccourcis seulement accessibles aux plus aguerris qui réussiront à enchaîner des séquences de mouvements bien plus ardues qu’à l’accoutumée. Saut en longueur, lancer de chapeau suivi d’un plongeon et réception sur le couvre-chef, grand saut en arrière contre une paroi avant d’enchaîner sur un jeté de casquette pour grappiller quelques centimètres supplémentaires : autant d’astuces et de techniques compliquées à maîtriser mais loin d’être insurmontables pour le dieu de la plate-forme qui sommeille en vous. Super Mario Odyssey démontre une réelle progression du skill sur toute la longueur du jeu, en donnant toutes les cartes au joueur dès le début. Nintendo prouve encore une fois qu’il est le roi dans le domaine du gameplay progressif, laissant le joueur découvrir les subtilités du gameplay et apprécier le fait de ne pas être tenu par la main.

Pour arriver à cette multitude d’idées, Nintendo a tranché et fait le choix de compartimenter chacun des mondes dans un style visuel unique. Comme si les équipes de développement s’étaient réparti les tâches, chaque monde traversé sera très différent du précédent, alternant un Pays de la Forêt aux couleurs flashy capable de réduire à néant l’étalonnage de n’importe quel écran et un Pays de la Cuisine à la colorimétrie déjà bien plus chatoyante et au style très épuré. Le fameux Pays des Gratte-ciel à New Donk City vu dans les trailers devient l’apothéose de cette agression visuelle qui étonne à la première vision, offrant même des personnages humains aux proportions réalistes, mais paradoxalement l’un des meilleurs mondes du jeu, jouant à fond sur la verticalité de l’endroit. Rien n’enlève la grâce du game design et le fourmillement d’idées, mais il est dommage d’avoir un vrai manque de cohérence entre les mondes, comme on pouvait en trouver dans les autres Mario 3D. Dans les petits défauts, il faut ajouter des petits soucis de caméra parfois gênants, et un choix assez absurde de rendre certains mouvements obligatoires avec le motion control, chose qui devient problématique lorsque l’on joue en mode Tablette sur la console (mais cela concerne un très faible pourcentage de jeu).

Pour son nouveau Mario, Nintendo est donc revenu à ce qu’il fait de mieux : un épisode 3D rempli d’exploration et bourré d’idées, brisant le schéma classique pour s’adapter à son support et utiliser le phénomène de complétion des standards actuels pour en faire son cheval de bataille. Il n’est même plus question de simplement le terminer, mais bien de le retourner dans tous les sens. Quand la concurrence fait des collectibles une quête annexe redondante et peu passionnante, les équipes de Nintendo se retroussent les manches et transforment la rébarbativité d’une tâche de fond en une chasse aux trésors géante ludique où le monde entier devient un niveau à part entière. Jamais une Lune n’est pénible à récupérer, jamais une épreuve n’est trop longue à recommencer, tout est réglé à la moustache près pour que le joueur y trouve un plaisir immédiat. Les allergiques de listes à compléter ou les fans de plate-formes purement linéaires seront probablement déçus de ce violent découpage, mais c’est pour mieux gérer l’étourdissante richesse de ces moments de gameplay presque éphémères, associés à une jouabilité et une finition qui frisent la perfection, excepté ces fameux petits soucis de caméra.

Super Mario Odyssey est donc bien la second killer app de la Nintendo Switch, peut-être pas aussi fédératrice que Zelda: Breath of the Wild, la faute à un genre moins populaire (la plate-forme) que l’aventure open-world et une orientation exploration qui ne peut pas plaire à tout le monde. Mais le maître nippon en la matière parvient une nouvelle fois à prouver qu’en termes de jouabilité et de plaisir de jeu, nul besoin d’objectif et de narration complexe pour proposer l’un des meilleurs titres de cette fin d’année. Long, complet et fourmillant de concepts de gameplay qui pourraient faire des jeux entiers à eux tout seul, Super Mario Odyssey nous offre un titre aux multiples casquettes, captant parfaitement l’ère du temps et ne cessant jamais d’être ludique, créant de vraies variantes de son propre gameplay pour étoffer son jeu, et rien que le jeu. Chapeau bas.

Super Mario Odyssey
Développé et édité par Nintendo
Prix : 60 euros
Plateformes : Nintendo Switch

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