Critique : The Search de Michel Hazanavicius

Critique : The Search de Michel Hazanavicius

Note de l'auteur

The-Search-affiche1Michel Hazanavicius est toujours là où on ne l’attend pas. Après avoir fait rire son monde avec ses détournements (La Classe Américaine) et ses relectures des films d’espionnage franchouillards (OSS 117), puis l’avoir ému avec l’oscarisé The Artist, le réalisateur français revient avec un projet résolument en marge de ce qu’on pouvait attendre.

Pendant la seconde guerre de Tchétchénie, les destins d’un petit garçon tchétchène, Hadji, et de sa sœur Raïssa, d’un soldat russe nommé Kolia et d’une chargée de mission française vont être amenés à se croiser.

Ces quatre trajectoires, petites histoires dans l’Histoire, sont une porte d’entrée humaine aux tenants et aboutissants du conflit, montrant Russes et Tchétchènes, humains sacrifiés et réalités administratives. Il faut l’avouer, l’entreprise est colossale pour Hazanavicius : un remake avoué des Anges Marqués de Fred Zinnemann de 1948, mêlé aux propres recherches et voyages du réalisateur français, et à son envie de donner à voir la réalité d’un conflit pas si lointain dans un grand film choral. Et si la tâche s’annonçait ardue, l’ambition était belle.

The Search saisit d’abord. Hazanavicius nous montre définitivement qu’il sait manier l’image, et applique à son sujet une mise en scène inventive, puisant dans le meilleur de ce que peuvent offrir le film de guerre et le film documentaire, entre images iconiques et plans-séquences soignés. Et dans un premier temps, les destins en miroir du petit Hadji et du jeune Russe enrôlé dans l’armée se confrontent assez justement. Mais si visuellement le film impressionne, la même rigueur peine ensuite à s’appliquer au scénario.

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Parti sur ces bonnes bases visuelles et narratives, le film explose quand il devrait s’étendre. À mesure que les différentes histoires s’additionnent et s’entrecroisent, le réalisateur, et unique scénariste pour l’occasion, montre ses limites à gérer et à faire exister son film choral. Assez représentatif de cet état de fait, le personnage de Carole, incarné par Bérénice Béjo, apparaît bancal et friable face à ceux de Hadji, Kolia et Raïssa. Exit la puissance des images du conflit pour lesquelles Hazanavicius avait une vraie attention, The Search laisse alors place aux discussions de salon trop écrites et aux situations embarrassantes.

Dès lors, le film oscille entre deux mondes sans trouver son équilibre. Le soin apporté aux histoires des victimes prises dans cette guerre, celle du soldat Kolia en tête, avec la déconstruction lente et insidieuse de son humanité, détonne avec le manque d’ampleur criant des pérégrinations de Carole, qui étire le film et rend l’ensemble lourd et maladroit. Au grand dam de l’intérêt du spectateur.

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Qu’on se le dise, The Search est un film nécessaire. D’abord car il remet sur la carte et dans les esprits un conflit trop souvent oublié. Ensuite car Hazanavicius, par son soin et son attention documentaire aux hommes et aux histoires de son film, montre une nouvelle facette de son talent de réalisateur. Mais le film est aussi, paradoxalement, le plus faible de sa carrière, la faute à un scénario et à des personnages ratés.

On pourrait s’attrister de voir Michel Hazanavicius nous délivrer son premier long-métrage moyen. On pourrait plutôt retenir qu’un réalisateur français a encore l’ambition de projets tels que The Search.

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