Tabula Rasa (critique du 2×01 de True Detective)

Tabula Rasa (critique du 2×01 de True Detective)

Note de l'auteur
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Dimanche soir, HBO signait le grand retour de True Detective. Un an et demi après la fin d’une première saison phénomène, la série de Nic Pizzolatto débarque avec une toute nouvelle intrigue, de nouveaux personnages et déménage de la Louisianne vers la Californie. L’attente fut longue et l’auteur joue une main difficile comme la série a suscité autant d’adoration que de répulsion. L’indifférence ne sied pas à True Detective. Tous les projecteurs sont braqués sur elle, nous revenons aujourd’hui sur son season premiere.

L’anthologie permet de faire table rase. De ne pas s’embarrasser d’intrigues à rallonge, de personnages encombrants. La saison devient une étoile filante. Son éclat brille avec intensité et disparaît. Et sa valeur de se mesurer à la persistance rétinienne qui l’accompagne. Pour certains, la lueur de la première saison éblouit encore leurs rétines, d’autres n’ont vu que l’éphémère. Nic Pizzolatto peut ainsi renouveler son miracle comme réparer ses erreurs et convaincre les réfractaires, les indécis d’oublier la première saison. La série change d’ambiance, de style. Du thriller métaphysique au film noir. Et la narration ? Linéaire. Finies les boucles temporelles, le récit gigogne qui personnifiait le temps. Nic Pizzolatto choisit de revenir à des effets moins ostentatoires et plus sages. Ne pas y voir quelque couardise de la part de l’auteur mais l’intelligence de ne pas avoir transformé un geste magnifique en une franchise commerciale. Et de rappeler que l’histoire justifie la narration et non l’inverse.

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Anthologie ou non, l’auteur aime travailler des motifs. Le deuil d’une relation en principe destructeur accompagne l’un des personnages principaux comme il était au cœur de la première saison. Sous ces airs de thriller philosophico-nébuleux se terrait le simple récit d’un père incapable de survivre au décès de son enfant. Finalement, la série ne racontait pas autre chose. L’enquête labyrinthique n’avait pour but que la révélation. Le début du season premiere semble nous jouer une partition similaire : un interrogatoire, une confession, un drame. Seulement si Rust Cohl semblait être un puits insondable, le détective Ray Velcoro (Colin Farrell) possède des traits plus épais. L’épisode est dense. Mais une densité un peu sommaire et dont on devine les fils de fabrication. Personnages cassés et incomplets ; meurtre opaque ; malversation autour d’un vaste projet immobilier, les ingrédients sont communs et s’agencent avec automatisme. Ils jouent le jeu de l’introduction pure : dévoiler, présenter et susciter l’intérêt. Pour un résultat imparfait mais aux zones d’ombre séduisantes.

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À la convergence de la première saison se dessine la divergence dans cet épisode. Éclatement du récit à mesure que l’on découvre les (nombreux) personnages dans une esquisse un peu concise. Une narration fragmentée dans laquelle s’agitent des silhouettes squelettiques où l’on observe les choses de loin et dare-dare. Guère étonnant de voir les vues du ciel s’accumuler au fil de l’épisode. Justin Lin adopte la prudence jusqu’à se fondre dans une imagerie empruntée à Michael Mann pour signifier cette ambiance noire et mafieuse. Ces plans transitifs ajoutent une sorte d’attitude lasse à l’épisode mais où l’on aime à se perdre dans les déambulations mécaniques du trafic.

Voir ces lignes de bétons traverser (ou séparer) une nature indomptée figurera peut-être l’un des intérêts narratifs mais il est encore trop tôt pour invoquer le symbolisme.

True Detective, Saison 02, épisode 01 : The Western Book of Dead
Écrit par Nic Pizzolatto
Réalisé par Justin Lin
Avec : Colin Farrell (Ray Velcoro), Vince Vaughn (Frank Semyon), Rachel McAdams (Ani Bezeerides), Taylor Kitsch (Paul Woodrugh), Kelly Reilly (Jordan Semyon)

True Detective est diffusé sur HBO aux États-Unis et OCS City en France.

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