Pilote Automatique – Point of Honor

Pilote Automatique – Point of Honor

Note de l'auteur

point of honor4L’histoire : Point of Honor est une plantation importante situé dans la Virginie du Nord, dans laquelle de nombreuses familles noires sont esclaves depuis plusieurs décennies. A leur tête, la famille Rhodes qui voit son destin bouleversé lorsque les premières semonces de la guerre de sécession s’annonce, provoquant divisions et complications internes au sein de la fratrie.

Autour de la série : L’inévitable Carlton Cuse est bien connu du petit monde télévisuel. Ex-showrunner de longue date de Lost (et de ce grand moment de télé qu’est Le flic de Shanghai) il est en charge simultanément de Bates Motel, The Strain et bientôt de l’adaptation des Revenants (The Returned), de The Colony avec Josh Holloway (Sawyer dans Lost) et de son dernier-né made in Amazon, Point of Honor.

Avis : Si le 7ème art gâte plutôt bien son public sur cette période charnière et cruciale  de l’histoire américaine, sur le petit écran, c’est autre chose. Depuis le très bon mais vieillissant Nord et Sud (avec feu Patrick Swayze) ou le récent et très réussi Hatfield and MacCoys, on a pas vu grand chose de franchement trépidant. Et Point of Honor, malgré certaines qualités plastiques agréables, ne relève pas vraiment le niveau, et à une vision bien particulière de gérer son sujet.

Pas de manière inintéressante ceci dit : On revisite la destruction d’une fratrie au milieu d’un conflit dans lequel l’arrière plan est l’esclavagisme et dans lequel une dualité originale est mise en place. D’un côté, au nord, Robert Sumner, soldat prometteur, époux de l’une des filles Rhodes, Lorelei. De l’autre côté, au Sud, John Rhodes, beau frère et meilleur ami de Robert. La guerre étant déclarée, les deux amis et frères, deviennent alors ennemis, partageant pourtant les mêmes convictions sur l’esclavage. John libère même ses propres esclaves mais n’accepte pas la volonté du Nord de s’introduire dans l’état de Virginie.

point-of-honor-amazon2

Le couillon du Nord qui se retrouve comme un con à affronter toute sa belle famille…

Et c’est là que le bât blesse : John libère les esclaves de la plantation mais se rebelle contre le Nord qui partage les mêmes convictions (!). Les autres familles sudistes n’étant pas du même avis, les Rhodes se retrouvent aussi alors en conflit avec leurs propres voisins mais aussi, bientôt sans main d’œuvre gratuite, et donc sans argent, pour subvenir à leurs besoins. Rien de bien reluisant pour leur futur, de pair avec une guerre qui est quasiment à leurs portes, et par dessus le marché, dans laquelle se bat leur beau-frère, ami de longue date de la famille et mari d’une de ses sœurs. D’accord, dans le Sud, on est conservateur jusqu’au bout des ongles mais on a quand même du mal à comprendre donc ce qui justifie les motivations de rébellion de la famille Rhodes envers le Nord au vu des conséquences et des sacrifices futurs qui s’ensuivront. Et ce n’est pas le quiproquo du cliffhanger final qui facilite l’acceptation de ces ficelles narratives minces à en pleurer. C’est d’autant plus flagrant qu’au vu du sujet, le scénario ne peut s’imposer une autre direction par une obligation morale évidente (difficile d’accepter de suivre une famille de négriers durant plusieurs saisons) et de ce fait, rend l’ensemble du pitch un brin caduque.

pointofhonor_nathanparsons_04_640x400

…face au couillon du Sud qui veut abolir l’esclavage mais qui va quand même affronter ceux qui partagent les mêmes idées que lui.

Techniquement, Point of Honor joue dans le funambulisme de pacotille. Lorsqu’elle propose de l’action, des plans d’ensemble, des scènes de bataille, la série s’en sort plutôt correctement mais quand elle parade dans ses atours vestimentaires fichtrement voyants et sa photo très clinquante, on frise parfois le grotesque. Grotesque car les costumes, tapageurs et criards donne une impression d’anachronisme si l’on s’y attarde un minimum (comme certaines coiffures d’ailleurs) sans parler des accents de certaines actrices qui verse carrément dans l’hétérogène, ce qui est foncièrement gênant quand elles sont issues de la même famille! Musicalement, c’est ronflant, (Amazing Grace sur la libération des noirs ou quand le cliché devient encore plus cliché…), parfois complètement à côté de la plaque et certains choix sont carrément inaudibles car pas du tout en adéquation avec la scène proposée. Et je ne parle même pas du générique, dégoulinant de superficialité tragique… Pourtant, le show a du cachet dans ses bons moments comme sa séquence d’ouverture, sa gestion des figurants mais pas toujours bien employé au vu d’un trop grand nombre de fautes de goût…

Point of Honor, c’est un peu la guerre de Sécession pour les nuls. On peut peut-être y trouver son compte pour son romanesque badiné d’une bonne dose de 4 filles du Docteur March et passer au-delà de la vanité du show d’être plus qu’un soap aux allures historiques. Mais on ne saurait mieux vous conseiller la mini-série Hatfield and McCoys produit par Kevin Costner : plus âpre, plus cru, plus intense et donc plus crédible. Point of Honor prétend jouer dans la cour des grands mais ne paraît pas une seule seconde crédible pour en avoir la stature. Une belle poudre aux yeux, pas forcément mauvaise comme plaisir coupable, mais qui manque cruellement de véracité et de poids narratif. Et pour un sujet de cet acabit, c’est encore moins excusable.

Episode 2 ? Pas encore validé par la grosse pieuvre Amazonesque de toute façon mais sinon, moui… Parfait comme passe-temps quand on a plus rien d’autre à regarder…

 

POINT OF HONOR – Amazon
1.01 – Pilot.
Série développée et showrunnée par Carlton Cuse
Scénario : Carlton Cuse et Randall Wallace
Réalisation : Randall Wallace
Distribution : Luke Benward (Garland Rhodes) ; Nathan Parsons (John Rhodes); Kates Rhodes (Anabelle Stephenson); Hanna Magan Lawrence (Estella Rhodes);  Riley Voelkel (Lorelei Sumner); Christopher O’Shea (Robert Sumner),

Partager